“ A la lueur douteuse de la lune argentée, Fitz-Harris, dans un ravissement céleste, contemploit éperdu cette pâle Ophélie; avec un saint frémissement il posoit ses lèvres amoureuses sur son front humide et renversé, et l’entraînoit sur le rivage. Là, se trouvoit une nacelle d’osier recouverte [170] de peaux de bisquain teintes en pourpre, Fitz-Harris y couchoit doucement la vierge évanouie. La richesse de ses vêtements indiquoit une damoiselle du haut parage. Fitz-Harris s’atteloit à la nacelle, et s’en alloit frapper à la porte d’un manoir voisin. ”
Fitz-Harris
Définition et enjeux
Citations sur “Fitz-Harris”
“ Ces fantaisies de Fitz-Harris pouvoient être des folies, mais dans sa situation, mais dans l’état de son esprit, c’étoit de cela, rien que de cela, que Fitz-Harris avoit besoin. Patrick, l’ayant compris de suite, auroit regardé comme une cruauté de le poursuivre davantage de ses froides représentations. Le raisonnable, tout raisonnable qu’il est, n’en est pas moins parfois très-fâcheux et tout-à-fait à éviter. ”
“ Le mal étoit devenu si violent qu’il arrachoit des plaintes à Patrick, et que Fitz-Harris pleuroit.—Tu souffres donc beaucoup, mon Harris? Ayons courage! disoit Patrick. A quoi Fitz-Harris répondoit:—Ce sont mes blessures qui me font souffrir, et puis la faim—un peu—aussi.—Ayons courage, Harris! encore quelques heures d’agonie, et le calice sera bu jusqu’à la lie; tout sera fini. On ne meurt qu’une fois; ayons courage, mon frère!—Oh! j’en ai du courage, mon Patrick; quelque cruelle qu’elle soit, j’accepte cette mort volontiers, parce que la mort est un terme. ”
Pétrus Borel,
Madame Putiphar
(1877-1878)
“ Harris, je vous accuse de trahison ! — N'avez-vous pas une épée, Patrick? — Messieurs, ceci est un cri de sa conscience : on provoque en duel qui on estime pour son égal, et non point un homme d'opprobre digne de l'échafaud qui le réclame, un assassin! Je ne me venge pas avec le fer, Fitz-Harris! ”
“ Un charme irrésistible m’entraîne, me précipite vers elle. L’amour renaît pour moi: bénit soit le sort! je vais encore mourir sous un baiser. Un charme mystérieux m’attire et m’entraîne, te dis-je; je le sens bien, je suis vaincu, il faut céder. Viens, Patrick, suis-moi; viens, avec la liberté on recouvre l’amour.A ces mots, Fitz-Harris, qui depuis vingt et un mois gisoit sur sa litière, se dressa subitement sur ses pieds, et, traversant à grands pas le caveau, il se précipita contre la muraille. ”
“ Ce sommeil extraordinaire de Fitz-Harris se prolongea bien long-temps: ce fut sans doute une léthargie, et quand il se réveilla il avoit recouvré le sentiment et la parole.—Oh! mon Dieu! Patrick, dit-il d’une voix forte, une brèche s’est faite dans la muraille de ce caveau! Vois, comme on plonge au loin; comme la vue s’égare dans l’immensité ”
“ La liberté est un besoin inexorable.L’estime que M. de Guyonnet avoit conçue pour les deux jeunes privilégiés ne s’étoit point affoiblie; l’intérêt qu’il avoit pris à leur sort ne s’éteignoit point. Le chagrin naïf de Fitz-Harris, la résignation de Patrick, le touchoient; car la pitié habitoit dans le cœur de cet homme. Touts les jours, depuis assez long-temps, comme s’il s’en fût imposé le pieux devoir, il venoit passer quelques moments auprès d’eux. Ces moments étoient consacrés au jeu ou à d’agréables causeries. Il se plaisoit à enseigner le trictrac à Fitz-Harris et les échecs à Patrick. ”
“ Enfin, une fois, le hasard ayant voulu que Fitz-Harris sommeillât à l’heure où vint le porte-clefs, Patrick saisit l’occasion, et, se jetant à genoux sous le trou d’extraction, sous la trappe:—Au nom du ciel, porte-clefs, je t’implore! s’écria-t-il; rappelle-toi que nous sommes des hommes, que nous sommes tes semblables, que nous sommes de chair et d’os comme toi, et songe à ce qu’on nous fait souffrir. ”
“ Déborah est enfermée au fort Sainte-Marguerite, et parvient à s’en échapper. Patrick et Fitz-Harris, réunis par le hasard, croupissent dans des culs-de-basses-fosses, à la Bastille ou à Vincennes. Au surplus, il y a vraiment là des pages saisissantes et effroyables. Les longues heures des deux martyrs sont comptées avec une cruauté sombre qui commence par faire sourire et qui finit par terrifier. Telle scène ou Fitz-Harris meurt en maudissant ses bourreaux, où le délire le gagne, où il revoit, moribond en extase, son comté de Kerry, Killarney la hautaine, le soleil, les arbres, les oiseaux ”
“ Fort satisfait des renseignements que lui avoit donnés Fitz-Harris, il ne l’avoit gourmandé si rudement que pour ne lui point avoir d’obligation de sa trahison, et pour faire de la dignité avec un homme qui ne savoit point mettre de frein à ses goguenarderies. ”
“ Fitz-Harris, inconsidéré, inconséquent, léger, éventé, évaporé, superficiel, brouillon, désordonné, avoit touts les défauts d’une tête qui ne se possède pas, d’un esprit naturel et transparent, et c’est justement à cause de cela, à cause de ces défauts mêmes, qu’on lui pardonnoit tout, même ce qui étoit tout-à-fait mal. Le mal fait par lui sembloit moins mal; on l’appeloit étourderie, et il trouvoit des sourires, de l’indulgence, des pardons où une âme réfléchie, grave, sage, [66] uniforme comme celle de Patrick, n’auroit trouvé que de l’indignation et du mépris. ”
Pétrus Borel,
Madame Putiphar
(1877-1878)
“ Vous êtes préoccupé de quelque sombre pensée, Patrick : quelqu'un ou quelque chose vous a blessé? Quand vous avez l'âme froissée, vous le savez, cela se lit couramment dans vos yeux. — Je suis, il est vrai, encore tout consterné d'un événement qui m'a rempli de tristesse: Fitz-Harris hier a été arrêté par lettre-de-cachet, et conduit à la Bastille. ”
Pétrus Borel,
Madame Putiphar
(1877-1878)
“ Que je suis indigne! que je suis misérable! Je doutois de vous ! Je ne pouvois croire.... L'enfer peut-il comprendre le Ciel! Pardon, pardon de tout le mal que je vous ai fait! Ma vie entière désormais ne sera consacrée qu'à me laver de mes crimes envers vous. Je ferai tout pour rentrer en votre estime; car celui qui est estimé de vous doit l'être de Dieu. Quant à votre amitié, ne me la rendez jamais, ce serait la profaner! Gardez-la pour des coeurs plus droits que le mien. Oh ! vous avez ma reconnoissance éternelle! — Fitz-Harris, point de reconnoissance. ”
“ M. de Guyonnet, qui avoit tout écouté avec une patience religieuse, qui même quelquefois n’avoit pu se défendre de sourire aux mots les plus heureux et les plus sanglants, bien qu’un peu troublé, s’efforçant de prendre légèrement la chose, [112] se mit à moraliser Fitz-Harris avec toute sa bonté et toute sa grâce habituelle.—J’étois loin, mon brave compagnon, de vous soupçonner si mauvais, lui disoit-il; mais vous êtes, tout de bon, un misanthrope redoutable; vous êtes fâché tout rouge contre l’univers. Votre infortune est grande, je l’avoue; mais elle aura un terme, mais il y a pire encore. ”
“ Sans employer le fer ni le poison, ce n’est pas chose facile que de tuer un homme, un jeune homme surtout, un brise-cou comme Fitz-Harris, né pour fournir la plus longue carrière, sain, vigoureux, et dont touts les ressorts de la vie étoient neufs et du plus pur acier. ”
“ Vers ce temps-là, Patrick, qui lui-même avoit eu plusieurs défaillances qu’il avoit cachées avec soin, prit la main de Fitz-Harris et lui dit:—Jusqu’ici je m’étois refusé à croire avec toi qu’on ait pu concevoir la pensée de nous plonger dans cet abyme pour nous y laisser périr; mais je vois bien que c’est là le sort qui nous attend; ta prévision étoit juste; et pour nous ravaler au niveau de la brute, on nous livre à la mort sans prêtre, sans conseil, sans assistance. ”
“ Oh! mon Dieu! encore une fois, que suis-je donc, qu’il faille pour l’équilibre du monde que je sois dans ce cachot. Qu’importe qu’il soit là ou ailleurs, le pauvre atôme! Allez, M. de Guyonnet, vous pouvez sans crainte me mettre dehors; le soleil ne s’obscurcira point; les morts ne sortiront point de leurs sépulcres.Ici Fitz-Harris se tut: il n’étoit pas au bout de sa colère, mais il étoit au bout de ses forces ”
“ Ce fut au bord de ce trou, dont la trappe étoit levée, et dans lequel on avoit placé d’avance une échelle, que furent amenées les deux victimes. Arrivé là, Fitz-Harris revint à lui, et, voyant que c’étoit là qu’on alloit le plonger, sa nature se révolta; il jeta un cri, fit lâcher prise aux porte-clefs, et se dressa sur ses pieds d’un seul bond. Patrick, alors, avec un phlegme sépulcral, se mit de lui-même à descendre l’échelle, en disant:—Il faut mourir, mon frère; mon frère, il faut mourir quand il plaît à Dieu! ”
“ Patrick consacroit à Déborah touts les instants, touts les loisirs que lui laissoit son service militaire: il les employoit auprès d’elle à savourer les voluptés inépuisables de l’amour, de l’amitié, de la vie domestique, de la retraite. Fitz-Harris venoit très-rarement dîner avec eux, ou passer quelques heures en leur compagnie. Depuis long-temps il s’étoit fait un grand refroidissement dans leurs rapports. [106] Les faveurs du colonel pour Patrick, et les marques publiques d’estime qu’il lui donnoit, avoient envenimé le cœur de Fitz-Harris, naturellement envieux. ”
“ M. le chevalier, qui devoit à chien et à chat, au dedans et au dehors du Donjon, à ses fournisseurs, à son boucher, à ses porte-clefs, à ses garçons de cuisine, devoit aussi au curé de la Sainte-Chapelle les honoraires de plusieurs inhumations; et ce dernier, ne pouvant arracher un sou de ce fripon, venoit, poussé à bout, de l’attaquer en justice.—Ce fut là pourquoi, ce que Patrick ignora toujours, Fitz-Harris fut enterré sans prêtre et sans obsèques, comme un chien.Les expressions me manquent; la parole n’a pas assez de ressource et de souplesse ”
Procès de M. le marquis de Fitz-James… (1834)
“ Mais j'entends ; on dit: Ce n'est pas dans ce sens naturel que M. de Fitz-James a écrit les mots : Vive Henri V! il leur a donné une signification politique; il a voulu dire : Revienne Henri V régner sur la France. Eh bien! je le veux, je le concède, M. de FitzJames aura voulu dire : Vienne Henri V; où est le crime, où est le délit? Il y a deux manières de vouloir le retour d'Henri V ; l'une, en culbutant le trône de Louis-Philippe par la guerre étrangère et par la guerre civile ; l'autre, par le rappel du peuple, par son consentement, par son voeu. ”
Procès de M. le marquis de Fitz-James… (1834)
“ Demandez à l'ambition, à la vengeance, à l'amour, à l'amour surtout ; placez un amant dans un bois, que fera-t-il? Il gravera sur l'écorce d'un arbre un chiffre chéri, un nom adoré. Eh bien ! Messieurs, Henri V, c'est le sentiment le plus profond, c'est la passion dominante de M. de Fitz-James; Henri V pour lui, et il vient de vous le dire, c'est la patrie personnifiée, c'est le bonheur de la France, c'est son espoir. ”
Septfontaines, L'année mondaine 1889 (1890)
“ Issus d'une souche royale et parés d'une noblesse qui eut pour marraines les trois plus augustes couronnes de l'Europe, les Fitz-James se sont plu à défendre le trône. Ajoutant à la devise de leur aïeul ces mots : Semper et ubique fidelis, ils les ont intercalés entre les dates de 1689 et de 1789, qui rappellent les deux grandes Révolutions où ils témoignèrent d'un inaltérable dévouement à la monarchie. La duchesse a laissé quatre enfants; le duc de FitzJames, la duchesse Salviati, la comtesse de Biron et le comte Charles de Fitz-James ”
Vie populaire de Henri de France… (1849)
“ Le Journal des Débats mit LE ROI DE FRANCE. — 96 - « Vous parlerez du passé pour qu'on évite les écueils, « et votre génie montrera de loin l'avenir. « Recevez les hommages de ces Français restés fidèles à « la patrie; et moi, Monsieur, le fils de votre ancien ami, « permettez-moi de regarder comme le plus grand hon« neur d'avoir été choisi par ces messieurs pour être leur « interprète auprès de vous. » A peine M. de Fitz-James avait-il fini de parler, que la porte s'ouvrit. HENRI avait voulu saisir cette occasion de se trouver au milieu des Français qu'il avait vus pendant ces deux jours. ”
Paul Duplessis,
Le Tigre de Tanger
“ Tu te tais, Fitzgerald, et tu ne m’interroges plus. Sais-tu pourquoi tout cela arrivera ? C’est parce que demain, avant midi, le major-général sera chassé outrageusement de chez sir Charles Murray. — Il n’y a que moi au monde qui ai le pouvoir de le faire chasser. — Aussi, est ce sur toi que je compte. — Tu as tort, Suzanne, tu as tort de compter sur moi ; je n’obéirai jamais à un aussi étrange caprice ; je ne changerai jamais pour une vengeance aussi mesquine. — Il n’y a là ni caprice, ni vengeance, Fitzgerald ; il y a expiation ! dit la jeune fille d’une voix solennelle. ”
Grace Kennedy, Dunallan, ou Ne jugez pas sans connaître… (1843)
“ Quoique marié à une femme aimable, il abandonne elle et ses enfants pour suivre en tous lieux lady Fitz Henry ; il luiprodigue les attentions les plus assidues, il l'environne de ses soins, en un mot il est à ses pieds. Lord Fitz Henry, de son côté, ne prend nul souci de la réputation de sa femme, qui ne sort jamais qu'escortée de sir Henry Monitor. Sous le point de vue de l'instruction , lady Fitz Henry est une personne accomplie, douée de tous les agréments de l'esprit et de talents distingués. ”
E.-D. Forgues,
Jaune ou Bleu, souvenirs d’une double brigue dans les élections anglaises
“ A un homme aussi complet, comment ne pas tout permettre ? — C’était du moins mon avis, et peut-être aussi l’avis de lady Frisette. Cette aimable personne, le jeudi venu, et quand Fitz alla prendre congé d’elle, inonda de larmes le gentil boudoir capitonné de soie rose où elle aurait voulu le garder, pur de toute ambition politique ; mais j’ai tout lieu de penser que ces pleurs amers étaient déjà séchés au moment où nous montions dans le train express du Pottleshire, après avoir installé dans leurs compartimens l’agile Rumpunch et sa nouvelle compagne. ”
Un membre du parlement, Revue des Deux Mondes
“ L’étonnement augmenta, lorsque, au lieu de suivre dans ce débat la ligne du chef de l’opposition, Sheridan vint prononcer un long panégyrique étudié de mistriss Fitz-Herbert, conçu en des termes si ambigus, qu’il rendit à la plupart de ceux qui l’entendirent la conviction qu’avait presque détruite le discours de Fox. Que mistriss Fitz-Herbert eût été réellement unie avec le prince, au moins par la cérémonie religieuse, c’est ce qu’il n’est plus permis aujourd’hui de révoquer en doute. Au moyen de quelles subtilités Fox se justifia-t-il à ses propres yeux ? Il est difficile de le deviner. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Œuvres de Goethe
“ Ils parvinrent enfin à une place assez unie, et ils avançaient lentement, quand tout à coup une détonation se fit entendre tout près ; en même temps, deux grilles de fer, qu’ils n’avaient pas vues, se fermèrent et leur interceptèrent le passage des deux côtés. Ils n’étaient pas pris tous trois, mais seulement Wilhelm et Félix : car, au moment où le coup était parti, Fitz avait reculé d’un bond, et la grille, en se fermant, n’avait pris que sa large manche ; mais lui, ôtant vite sa jaquette, il s’était enfui sans tarder un moment. ”
E.-D. Forgues,
Jaune ou Bleu, souvenirs d’une double brigue dans les élections anglaises
“ Le général Salter, M. Fitzhardinge, lord Verdant et un M. Smith... Le Hoop Smith, veux-je dire. — Parmi ces messieurs, vous avez peut-être quelque préférence ? — Pas un, que je sache, n’a droit à de vives sympathies... Le seul à qui on accorde quelque esprit est M. Fitzhardinge ; mais on est généralement d’avis qu’il n’est pas bon à grand’chose. — En ce cas, dit Fitz, passant la main dans la toison crépue du petit animal pour se donner une contenance, ce n’est peut-être pas tout à fait l’idéal d’un candidat au parlement... Et que lui reproche-t-on en particulier ? ”
Madame de Staël,
Considérations sur … la Révolution Française
“ Tant de fermeté dans un homme depuis si long-temps fidèle à la même cause, tant d’amour conjugal et filial dans sa famille, devoient intéresser le pays où ces vertus sont natives. Le général Fitz-Patrick demanda donc que le ministère anglois intercédât auprès de ses alliés pour en obtenir la liberté du général la Fayette. M. Fox plaida cette cause ”
