“ Richelieu hurle en vain, point d’extradition ! — Puis, voilà son anneau, car je suis fiancée. Maintenant j’ai tout dit, sans arrière-pensée. M’épanchant dans ton sein, j’ai mis mon cœur à jour. Si je fais tout cela, c’est filial amour, Et souffre autant que toi. Connaissant de ton âme La force et la beauté je n’attendais nul blâme. N’est-ce pas, mon ami, que tu m’aurais dicté Ce que j’ai fait sans toi ?... Viens donc a mon côté. Pourquoi cet œil jaloux, muet ?... mon sacrifice Est-il moins que le tien ? crois-tu que mon supplice Puisse être plus affreux ? ”
Pétrus Borel
Résumé
Rapsodies, de Petrus Borel, est un recueil poétique marqué par une forte émotion et des thèmes récurrents de révolte, d’amour et de sacrifice. Publié dans un contexte où la France traverse des bouleversements politiques, l’œuvre mêle récits lyriques et dialogues dramatiques, où des personnages comme Adrien ou Agarite incarnent des conflits intérieurs et des luttes contre l’oppression.
À travers des images fortes — le « bon poignard », le « cœur » exposé, les « esclaves » —, Borel explore la tension entre le désir de liberté et les chaînes du pouvoir, en mêlant une langue vibrant de passion à des réflexions sur l’identité nationale. Le poème « Dors, mon bon poignard » symbolise ainsi une quête de justice, tandis que d’autres fragments célèbrent l’union amoureuse ou la solitude du créateur.
Citations de Rapsodies (Pétrus Borel)
“ Pars, va-t-en, il est tard ! — Non, non, ce ne peut être, Car mon être embrasé veut avoir un autre être ; Car longtemps j’attendis ; ne dis plus a demain. Tu me livres ton front, ton beau col et ta main, Puis il faut que, le cœur plein d’ardeur et de joie, Je caresse en enfant cette robe de soie : Non, ce n’est plus assez, non, je voudrais ton corps, Je le voudrais entier !... Vainement tu me mords. Point de cris, point de pleurs. — Monstre ! — Belle maîtresse : Rien que des pleurs de joie et des râles d’ivresse !... ”
“ C’est bonheur de frapper un tyran ? et, de joie Crier entre ses os, d’y clouer le trépas ! Dors, mon bon poignard, dors, vieux compagnon fidèle, Dors ! bercé dans ma main, patriote trésor ! Tu dois être bien las ? sur toi le sang ruissèle, Et du choc de cent coups ta lame vibre encor ! La mort d’un oppresseur, va, ne peut être un crime : On m’enchaîna petit, grand j’ai rompu mes fers. Le peuple a son réveil ; malheur à qui l’opprime ! Il mesure sa haine au joug, aux maux soufferts. Dors, mon bon poignard, dors, vieux compagnon fidèle, Dors, bercé dans ma main, patriote trésor ! ”
