Résumé

Anonyme - Léon Blum ? Nouvelles Conversations avec Eckermann

Oui, dit Goethe, j’aimerais aussi mourir dans la maison de mon père, mais je veux vous dire dans quelle pensée. J’aimerais que ma vie retrouvât ses origines, que ma vieillesse se terminât où s’est écoulée mon enfance, que mon existence s’achevât et vînt rejoindre la vie universelle au même point où elle s’en est détachée. Mais je ne connais pas cette piété familiale qui attache tant d’hommes à une maison. C’est une cause de faiblesse pour l’humanité entière ; c’est le grand obstacle aux changements nécessaires dans l’humanité.
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C’est pourquoi je préfère mourir ici, dans la patrie que je me suis choisie, dans la maison que j’ai bâtie, au milieu des tableaux et des gravures que j’ai choisis moi-même, et non pas un aïeul plein de goût. Je mourrai fier de n’avoir jamais déposé dans le monde une pensée qui ne fût entièrement la mienne, et une vérité que je n’aie conçue de toute mon âme comme ma vérité. J’ai aimé le passé, j’ai cherché à le connaître et à le comprendre ; mais si la Nature est harmonieuse et régulière, elle veut enrichir toujours ses fins.
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Je ne suis pas surpris que Barrès se soit exprimé ainsi, dit Goethe, mais, à mes yeux, le traditionalisme n’est même plus une solution provisoire et incomplète. Ce qui est vrai, c’est que nous sommes dans un moment de l’histoire où la vie est si dure, si injuste, que, par comparaison, tous les états antérieurs peuvent sembler moins détestables. Aussi fortement que l’avenir, le passé pourrait humilier le présent. Je ne doute pas que dans la vie féodale on n’ait été plus sûr, plus tranquille qu’aujourd’hui. Mais chaque siècle a sa tâche dont les autres ne sauraient s’acquitter pour lui.
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