Résumé

Portrait de Henri Delaborde Henri Delaborde De l’Art et de la Critique d’Art à propos de quelques livres récens

En général, le tort principal de la critique actuelle en matière d’art est le défaut de mesure dans l’éloge comme dans le blâme. Pour elle, point de milieu entre l’engouement et l’extrême rigueur, entre le Capitole et les Gémonies. Ce n’est pas tant sa précipitation, son inexpérience même, — bien qu’assez évidente parfois, — qui réduisent ou compromettent l’influence qu’elle devrait exercer; c’est le besoin de paraître neuve à tout prix, c’est cette volonté absolue de dire autre chose que ce que l’on a dit, de ne reculer devant aucun sophisme, si ce sophisme n’a pas eu cours encore.
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Nous ne prétendons nullement exagérer le rôle et le pouvoir de la critique; nous savons de reste qu’il ne lui appartient pas plus de faire surgir à son gré le talent qu’il ne lui appartient de l’anéantir quand il a paru. Qu’elle y consente ou qu’elle s’y refuse, un grand artiste saura bien s’imposer à l’admiration publique et conquérir de haute lutte les suffrages qu’on aura voulu d’abord lui marchander. Il ne suit pas de là toutefois que l’office de la critique se borne à s’humilier devant tous les succès, à enregistrer à des momens donnés toutes les œuvres bonnes ou mauvaises.
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L’Histoire des peintres vivans est un spécimen de ce qu’on pourrait appeler la critique ultra-biographique. L’étude sur l’École d’Anvers en 1858 est plutôt une thèse soutenue par l’amour-propre national qu’une appréciation indépendante de certaines œuvres et de certains talens; elle caractérise à ce titre la critique tout apologétique et paradoxale par excès de patriotisme. Enfin le discours sur l’Art et les artistes en Angleterre représente en quelque façon la critique négative, c’est-à-dire diserte jusqu’à la phraséologie, complaisante et facile jusqu’à l’abdication de ses droits.
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