“ Le coeur de l'homme est un livre que j'ai appris à estimer.Non imparfait, non déchu, l'homme n'est plus le grand mystère.Je ne permets à personne, pas même à Elohim, de douter de ma sincérité.Nous sommes libres de faire le bien.Le jugement est infaillible.Nous ne sommes pas libres de faire le mal.L'homme est le vainqueur des chimères, la nouveauté de demain, la régularité dont gémit le chaos, le sujet de la conciliation. Il juge de toutes choses. Il n'est pas imbécile. Il n'est pas ver de terre. C'est le dépositaire du vrai, l'amas de certitude, la gloire, non le rebut de l'univers. ”
Résumé
“Poésies”, est une œuvre de Comte de Lautréamont. Des thèmes tels que mal, Elohim ou la poésie y sont abordés.
Citations de Poésies (Comte de Lautréamont)
“ Pour un homme qui se perd, comme un autre pour une pièce de cent sous, il semble parfois qu’on tuerait un livre. Lamartine a cru que la chute d’un ange deviendrait l’Elévation d’un Homme. Il a eu tort de le croire. Pour faire servir le mal à la cause du bien, je dirai que l’intention du premier est mauvaise. Une vérité banale renferme plus de génie que les ouvrages de Dickens, de Gustave Aymard, de Victor Hugo, de Landelle. Avec les derniers, un enfant, survivant à l’univers, ne pourrait pas reconstruire l’âme humaine. ”
“ Rien n’est faux qui soit vrai ; rien n’est vrai qui soit faux. Tout est le contraire de songe, de mensonge. Il ne faut pas croire que ce que la nature a fait aimable soit vicieux. Il n’y a pas de siècle, de peuple qui ait établi des vertus, des vices imaginaires. On ne peut juger de la beauté de la vie que par celle de la mort. Un dramaturge peut donner au mot passion une signification d’utilité. Ce n’est plus un dramaturge. Un moraliste donne à n’importe quel mot une signification d’utilité. C’est encore le moraliste ! ”
“ Le divertissement, qu’il regarde comme son plus grand bien, est son plus infime mal. Il le rapproche plus que toutes choses de chercher le remède à ses maux. L’un et l’autre sont une contre-preuve de la misère, de la corruption de l’homme, hormis de sa grandeur. L’homme s’ennuie, cherche cette multitude d’occupations. Il a l’idée du bonheur qu’il a gagné ; lequel trouvant en soi, il le cherche, dans les choses extérieures. Il se contente. Le malheur n’est ni dans nous, ni dans les créatures. Il est en Elohim. ”
“ C’est une ignorance savante, qui se connaît. Ceux d’entre eux qui, étant sortis de la première ignorance, n’ont pu arriver à l’autre, ont quelque teinture de cette science suffisante, font les entendus. Ceux-là ne troublent pas le monde, ne jugent pas plus mal de tout que les autres. Le peuple, les habiles composent le train d’une nation. Les autres, qui la respectent, n’en sont pas moins respectés. Pour savoir les choses, il ne faut pas en savoir le détail. Comme il est fini, nos connaissances sont solides. L’amour ne se confond pas avec la poésie. ”
“ Il ne faut pas confondre la bonté d’Elohim avec la trivialité. Chacun est vraisemblable. La familiarité engendre le mépris ; la vénération engendre le contraire. Le travail détruit l’abus des sentiments. Nul raisonneur ne croit contre sa raison. La foi est une vertu naturelle par laquelle nous acceptons les vérités qu’Elohim nous révèle par la conscience. Je ne connais pas d’autre grâce que celle d’être né. Un esprit impartial la trouve complète. Le bien est la victoire sur le mal, la négation du mal. Si l’on chante le bien, le mal est éliminé par cet acte congru. ”
“ Rien n’est plus naturel que de lire le Discours de la Méthode après avoir lu Bérénice. Rien n’est moins naturel que de lire le Traité de l’Induction de Biéchy, le Problème du Mal de Naville, après avoir lu les Feuilles d’Automne, les Contemplations. La transition se perd. L’esprit regimbe contre la ferraille, la mystagogie. Le cœur est ahuri devant ces pages qu’un fantoche griffonna. Cette violence l’éclaire. Il ferme le livre. Il verse une larme à la mémoire des auteurs sauvages. Les poètes contemporains ont abusé de leur intelligence. Les philosophes n’ont pas abusé de la leur. ”
“ La mission de la poésie est difficile. Et elle ne se mêle pas aux événements de la politique, à la manière dont on gouverne un peuple, ne fait pas allusion aux périodes historiques, aux coups d’État, aux régicides, aux intrigues des cours. Elle ne parle pas des luttes que l’homme engage, par exception, avec lui-même, avec ses passions. Elle découvre les lois qui font vivre la politique théorique, la paix universelle, les réfutations de Machiavel, les cornets dont se composent les ouvrages de Proudhon, la psychologie de l’humanité. Un poète doit être plus utile qu’aucun citoyen de sa tribu. ”
“ L’homme est un sujet vide d’erreurs. Tout lui montre la vérité. Rien ne l’abuse. Les deux principes de la vérité, raison, sens, outre qu’ils ne manquent pas de sincérité, s’éclaircissent l’un l’autre. Les sens éclaircissent la raison par des apparences vraies. Ce même service qu’ils lui font, ils la reçoivent d’elle. Chacun prend sa revanche. Les phénomènes de l’âme pacifient les sens, leur font des impressions que je ne garantis pas fâcheuses. Ils ne mentent pas. Ils ne se trompent pas à l’envie. La poésie doit être faite par tous. Non par un. Pauvre Hugo ! ”
“ L’écrivain qui se laisse tromper par les sentiments ne doit pas être mis en ligne de compte avec l’écrivain qui ne se laisse tromper ni par les sentiments, ni par lui-même. La jeunesse se propose des élucubrations sentimentales. L’âge mur commence à raisonner sans trouble. Il ne faisait que sentir, il pense. Il laissait vagabonder ses sensations : voici qu’il leur donne un pilote. Si je considère l’humanité comme une femme, je ne développerai pas que sa jeunesse est à son déclin, que son âge mur s’approche. Son esprit change dans le sens du mieux. L’idéal de sa poésie changera. ”
“ Les expériences scientifiques, comme les tragédies, les stances à ma sœur, le galimatias des infortunes n’ont rien à faire ici-bas. Toutes les lois ne sont pas bonne à dire. Étudier le mal, pour faire sortir le bien, n’est pas étudier le bien en lui-même. Un phénomène bon étant donné, je chercherai sa cause. Jusqu’à présent, l’on a décrit le malheur, pour inspirer la terreur, la pitié. Je décrirai le bonheur pour inspirer leurs contraires. Une logique existe pour la poésie. Ce n’est pas la même que celle de la philosophie. Les philosophes ne sont pas autant que les poètes. ”
“ L’analyse des sentiments apprend à le faire connaître, augmente la vigueur des sentiments. Avec les premiers, tout est incertitude. Ils sont l’expression du bonheur, de la douleur, deux extrêmes. Avec la dernière, tout est certitude. Elle est l’expression de ce bonheur qui résulte, à un moment donné, de savoir se retenir, au milieu des passions bonnes ou mauvaises. Elle emploie son calme à fondre la description de ces passions dans un principe qui circule à travers les pages : la non-existence du mal. Les sentiments pleurent quand il le leur faut, comme quand il ne le leur faut pas. ”
“ Si l’on se rappelle la vérité d’où découlent toutes les autres, la bonté absolue de Dieu et son ignorance absolue du mal, les sophismes s’effondreront d’eux-mêmes. S’effondrera, dans un temps pareil, la littérature peu poétiques qui s’est appuyée sur eux. Toute littérature qui discute les axiomes éternels est condamnée à ne vivre que d’elle-même. Elle est injuste. Elle se dévore le foie. Les novissima Verba font sourire superbement les gosses sans mouchoir de la quatrième. Nous n’avons pas le droit d’interroger le Créateur sur quoi que ce soit. ”
“ L’homme est un chêne. La nature n’en compte pas de plus robuste. Il ne faut pas que l’univers s’arme pour le défendre. Une goutte d’eau ne suffit pas à sa préservation. Même quand l’univers le défendrait, il ne serait pas plus déshonoré que ce qui ne le préserve pas. L’homme sait que son règne n’a pas de mort, que l’univers possède un commencement. L’univers ne sait rien : c’est, tout au plus, un roseau pensant. Je me figure Élohim plutôt froid que sentimental. ”
“ La modération des grands hommes ne borne que leurs vertus.C'est offenser les humains que de leur donner des louanges qui élargissent les bornes de leur mérite. Beaucoup de gens sont assez modestes pour souffrir sans peine qu'on les apprécie.Il faut tout attendre, rien craindre du temps, des hommes.Si le mérite, la gloire ne rendent pas les hommes malheureux; ce qu'on appelle malheur ne mérite pas leurs regrets. Une âme daigne accepter la fortune, le repos, s'il leur faut superposer la vigueur de ses sentiments, l'essor de son génie. ”
“ La modestie est si naturelle dans le cœur de l’homme, qu’un ouvrier a soin de ne pas se vanter, veut avoir ses admirateurs. Les philosophes en veulent. Les poètes surtout ! Ceux qui écrivent en faveur de la gloire veulent avoir la gloire d’avoir bien écrit. Ceux qui le lisent veulent avoir la gloire de l’avoir lu. Moi, qui écris ceci, je me vante d’avoir cette envie. Ceux qui le liront se vanteront de même. Les inventions des hommes vont en augmentant. La bonté, la malice du monde en général ne reste pas la même. ”
“ Les hommes, ayant pu guérir de la mort, de la misère, de l'ignorance, se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser. C'est tout ce qu'ils ont pu inventer pour se consoler de si peu de maux. Consolation richissime. Elle ne va pas à guérir le mal. Elle le cache pour un peu de temps. En le cachant, elle fait qu'on pense à le guérir. Par un légitime renversement de la nature de l'homme, il ne se trouve pas que l'ennui, qui est son mal le plus sensible, soit son plus grand bien. Il peut contribuer plus que toutes choses à lui faire chercher sa guérison. ”
“ Le désespoir, se nourrissant avec un parti pris, de ses fantasmagories, conduit imperturbablement le littérateur à l’abrogation en masse des lois divines et sociales, et à la méchanceté théorique et pratique. En un mot, fait prédominer le derrière humain dans les raisonnements. Allez, et passez-moi le mot ! L’on devient méchant, je le répète, et les yeux prennent la teinte des condamnés à mort. Je ne retirerai pas ce que j’avance. Je veux que ma poésie puisse être lue par une jeune fille de quatorze ans. ”
“ L'homme qui ne vivrait pas pour conserver sa vertu serait infâme.Malgré la vue de nos grandeurs, qui nous tient à la gorge, nous avons un instinct qui nous corrige, que nous ne pouvons réprimer, qui nous élève!La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image d'Elohim, des défauts pour montrer qu'elle n'en est pas moins que l'image.Il est bon qu'on obéisse aux lois. Le peuple comprend ce qui les rend justes. On ne les quitte pas. Quand on fait dépendre leur justice d'autre chose, il est aisé de la rendre douteuse. Les peuples ne sont pas sujets à se révolter. ”
“ Le prétexte de ceux qui font le bonheur des autres est qu’ils veulent leur bien. La générosité jouit des félicités d’autrui, comme si elle en était responsable. L ordre domine dans le genre humain. La raison, la vertu n’y sont pas les plus fortes. Les princes font peu d’ingrats. Ils donnent tout ce qu’ils peuvent. On peut aimer de tout son cœur ceux en qui on reconnaît de grands défauts. Il y aurait de l’impertinence à croire que l’imperfection a seule le droit de nous plaire. Nos faiblesses nous attachent les uns aux autres autant que pourrait le faire ce qui n’est pas la vertu. ”
“ La maxime n’a pas besoin d’elle pour se prouver. Un raisonnement demande un raisonnement. La maxime est une loi qui renferme un ensemble de raisonnements. Un raisonnement se complète à mesure qu’il s’approche de la maxime. Devenu maxime, sa perfection rejette les preuves de la métamorphose. Le doute est un hommage rendu à l’espoir. Ce n’est pas un hommage volontaire. L’espoir ne consentirait pas à n’être qu’un hommage. Le mal s’insurge contre le bien. Il ne peut pas faire moins. ”
“ Quoique plus grand que les génies ordinaires, s’il s’était trouvé de son temps un autre poète, doué, comme lui, à doses semblables, d’une intelligence exceptionnelle, et capable de se présenter comme son rival, il aurait avoué, le premier, l’inutilité de ses efforts pour produire des malédictions disparates ; et que, le bien exclusif est, seul, déclaré digne, de par la voix de tous les mondes, de s’approprier notre estime. ”
“ Ne faites pas comme ces explorateurs sans pudeur, magnifiques, à leurs yeux, de mélancolie, qui trouvent des choses inconnues dans leur esprit et dans leur corps ! La mélancolie et la tristesse sont déjà le commencement du doute ; le doute est le commencement du désespoir ; le désespoir est le commencement cruel des différents degrés de la méchanceté. Pour vous en convaincre, lisez la Confession d’un enfant du siècle. La pente est fatale, une fois qu’on s’y engage. Il est certain qu’on arrive à la méchanceté. ”
“ Les premiers élèvent l’âme, dépendamment de l’espace, de la durée, jusqu’à la conception de l’humanité, considérée en elle-même, dans ses membres illustres. La dernière élève l’âme, indépendamment de la durée, de l’espace, jusqu’à la conception de l’humanité, considérée dans son expression la plus haute, la volonté ! Les premiers s’occupent des vices, des vertus ; la dernière ne s’occupe que des vertus. Les sentiments ne connaissent pas l’ordre de leur marche. ”
“ Il est ridicule d’adresser la parole à Elohim, comme ont fait les Job, les Jérémie, les David, les Salomon, les Turquéty. La prière est un acte faux. La meilleure manière de lui plaire est indirecte, plus conforme à notre force. Elle consiste à rendre notre race heureuse. Il n’y a pas deux manières de plaire à Elohim. L’idée du bien est une. Ce qui est le bien en moins l’étant en plus, je permets que l’on me cite l’exemple de la maternité. Pour plaire à sa mère, un fils ne lui criera pas qu’elle est sage, radieuse, qu’il se conduira de façon à mériter la plupart de ses éloges. ”
“ La vraie douleur est incompatible avec l’espoir. Pour si grande que soit cette douleur, l’espoir, de cent coudées, s’élève plus haut encore. Donc, laissez-moi tranquille avec les chercheurs. À bas, les pattes, à bas, chiennes cocasses, faiseurs d’embarras, poseurs ! Ce qui souffre, ce qui dissèque les mystères qui nous entourent, n’espère pas. La poésie qui discute les vérités nécessaires est moins belle que celle qui ne les discute pas. Indécisions à outrance, talent mal employé, perte du temps : rien ne sera plus facile à vérifier. ”
“ La philosophie pourra se passer de la poésie. Racine n’est pas capable de condenser ses tragédies dans des préceptes. Une tragédie n’est pas un précepte. Pour un même esprit, un précepte est une action plus intelligente qu’une tragédie. Mettez une plume d’oie dans la main d’un moraliste qui soit écrivain de premier ordre. Il sera supérieur aux poètes. L’amour de la justice n’est, en la plupart des hommes, que le courage de souffrir l’injustice. Cache-toi, guerre. Les sentiments expriment le bonheur, font sourire. L’analyse des sentiments exprime le bonheur, toute personnalité mise à part ”
“ Le régulateur de l’âme n’est pas le régulateur d’une âme. Le régulateur d’une âme est le régulateur de l’âme, lorsque ces deux espèces d’âmes sont assez confondues pour pouvoir affirmer qu’un régulateur n’est une régulatrice que dans l’imagination d’un fou qui plaisante. Le phénomène passe. Je cherche les lois. Il y a des hommes qui ne sont pas des types. Les types ne sont pas des hommes. Il ne faut pas se laisser dominer par l’accidentel. Les jugements sur la poésie ont plus de valeur que la poésie. Ils sont la philosophie de la poésie. La philosophie, ainsi comprise, englobe la poésie. ”
Termes fréquents
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