Résumé

Ernest Dupuy Revue des Deux Mondes

Mais, pas plus que Cinq-Mars, Alfred de Vigny ne démêle dans la nature ces révélations innombrables, ou, pour parler le langage de la précieuse, ce « million de mots » que la première et la deuxième génération des romantiques, — que dire de leurs successeurs ? — se flatteront d’y découvrir. Qu’est-ce pour lui que la Touraine, par exemple ? Un paysage féodal, la terre d’élection des vieux châteaux et des terres de la noblesse, l’expression persistante d’un état social qu’a détruit la Révolution, mais qui demeure l’idéal de ce romancier gentilhomme.
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Ernest Dupuy Revue des Deux Mondes

La nature, écrit-il, a dessiné dans ses formes quelque chose d’un couvent et d’une forteresse. Les murailles épaisses sont enfoncées dans les rocs et fendues de tout côté par des meurtrières qui protègent les vallons et d’où les coulevrines pouvaient balayer les avenues par un feu pareil à celui d’un bataillon carré. Une tour octogone allonge son toit d’ardoise aigu comme celui d’un clocher. A ses lianes s’attache une tourelle couronnée d’un petit dôme d’où sort une longue flèche. Les grandes salles boisées de chêne noir sculpté semblent avoir réuni à la fois des moines et des chevaliers.
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Ce goût s’accorde, en tous les cas, avec le tour d’esprit et les secrètes préférences d’Alfred de Vigny, que le monde n’embarrasse pas, mais que la solitude enchante. Et c’est ici qu’il faut chercher le premier trait ou, si l’on veut, le point de départ de cette étrange horreur qu’inspireront un jour à l’homme mûr, désabusé, la sombre verdure des champs, l’eau sournoise, l’air offensant et le sourire insidieux de la vieille, de « l’affreuse aurore. »
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