“ L’amour de Sévère, maintenant, c’est le passé : le présent, c’est qu’elle « adore » son mari. Elle ne peut donc s’abstenir de tendre à s’unir avec lui : et c’est ainsi qu’il l’emporte après lui jusqu’à Dieu ; sa conversion est la preuve qu’elle a une claire notion de la source d’où jaillissait l’héroïsme de Polyeucte. Voilà une femme qui aime deux hommes, déplace sa préférence de l’un à l’autre, et aboutit enfin à se reposer en Dieu : c’est toute une vie morale qui tient dans une crise, et toute une âme, sentiment, raison, volonté, qui se renouvelle en souffrant. ”
Gustave Lanson
Résumé
Gustave Lanson consacre son ouvrage Corneille à une étude approfondie de l’œuvre du dramaturge classique, en mettant en évidence les thèmes universels de la tragédie, de la passion et de la volonté humaine. À travers des personnages comme Polyeucte, Sévère ou Martian, l’auteur examine la complexité morale et émotionnelle des héros, leur conflit entre raison et sentiment, ainsi que leur quête de dignité.
Lanson souligne la profondeur humaine des créations de Corneille, où l’héroïsme, l’amour et l’ambition s’entrecroisent dans une structure dramatique rigoureuse. Ce texte, publié dans un contexte de réflexion sur le théâtre français, propose une synthèse des tensions entre le destin individuel et les forces sociales ou divines.
Citations de Corneille (Gustave Lanson)
“ En ce genre le caractère de Martian est un chef-d’œuvre : ce grand vieillard qui ne peut s’empêcher d’aimer, et qui a honte d’aimer, sait du moins ne rien prétendre et ne rien dire. Il n’y a de vrai que sa peine, de visible qu’une discrète tristesse, et la volonté de s’éloigner quand la femme qu’il aime malgré lui, va épouser un plus jeune prétendant. Ce n’est pas un héros de tragédie ou de drame, ni Milhridate ni Ruy Gomez : c’est un vieillard qui aime et qui évite le ridicule par la conscience d’y être exposé. ”
“ Mais d’abord la matière de leurs actes, la matière que travaille leur volonté, c’est l’honneur et le sentiment filial, c’est le patriotisme et l’amour, c’est l’ambition affamée ou rassasiée, c’est la lassitude qui suit les désillusions, les désillusions qui suivent la possession du bien longtemps convoité, c’est l’amour de Dieu, l’amour paternel, maternel, fraternel, c’est l’orgueil, et la dignité, et l’intérêt, public ou privé : tout cela n’est-il pas profondément humain, et pris en plein courant de la vie ? ”
