Leonid Andreïev traduit par C. Gauchine

Résumé

Leonid Andreïev traduit par C. Gauchine La Revue

Nous tuerons, nous pillerons, nous incendierons. Bande joyeuse, insouciante, nous démolirons tout : leurs édifices, leurs universités, leurs musées ; gaillards joyeux, débordant d’un rire de fou, nous danserons sur les ruines. Je proclamerai la maison de santé notre patrie, et ceux qui n’ont pas encore perdu la raison, nos ennemis et fous, et lorsque grand, invincible, joyeux, je régnerai sur le monde en souverain et maître absolu, quel rire joyeux retentira par tout l’univers !
— Le rire rouge, m’écriai-je en l’interrompant. Sauvez-moi ! J’entends de nouveau le rire rouge.
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Leonid Andreïev traduit par C. Gauchine La Revue

Et je recouvrai le calme et fus comme soulagé, comme si j’eusse déjà vécu tout ce qu’il y avait de plus terrible dans la mort et dans la folie. Et, pour la première fois, j’entrai calme sans peur chez moi et j’ouvris la porte du cabinet de mon frère et restai longtemps assis à sa table. Et lorsque la nuit, réveillé en sursaut comme par un choc, j’entendis le grincement de la plume sèche sur du papier, je n’en fus pas effrayé et me dis presque en souriant :
— Travaille, frère, travaille, ta plume n’est pas sèche, elle est trempée dans du sang humain vivant.
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Leonid Andreïev traduit par C. Gauchine La Revue

Les fantômes disparaissent soudain et un calme se fait, et des morts mutilés jonchent le sol. Qui est-ce qui les a tués ? Sais-tu, frère, qui les a tués ?
Quand après deux batailles survient une accalmie, et que les ennemis sont loin, soudain au milieu d’une sombre nuit, un coup de feu isolé, craintif, retentit. Et tous sursautent, tous chargent l’obscurité et tirent longtemps, des heures entières, dans l’obscurité silencieuse, sans réponse. Que voient-ils ? Quel est cet être terrible qui leur montre son image silencieuse, respirant la terreur et la folie !
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