“ En apercevant la sévère et haute stature d’Alexis Alexandrovitch, ce Pétersbourgeois au visage frais, en chapeau rond, le dos légèrement voûté, il eût conscience de son existence et éprouva une sensation désagréable, semblable à celle qu’éprouverait un homme tourmenté par la soif qui, arrivé enfin près d’une source, y trouverait un chien, un mouton ou un porc en train de boire et de troubler l’eau. La démarche d’Alexis Alexandrovitch, avec son léger déhanchement et ses jambes courtes, impressionna surtout Vronskï. Il ne reconnaissait qu’à lui-même le droit d’aimer Anna. ”
Alexis Alexandrovitch
Définition et enjeux
Citations sur “Alexis Alexandrovitch”
“ En sortant de la tribune, Alexis Alexandrovitch parla comme d’habitude avec ceux qu’il rencontra, et Anna dut comme toujours répondre et parler, mais elle ne comprenait rien et marchait dans un rêve au bras de son mari. « Est-il tué ou non ? Est-ce vrai ? Viendra-t-il ou non ? Le verrai-je aujourd’hui ? » pensait-elle. En silence elle s’assit dans la voiture d’Alexis Alexandrovitch, et sans dire une parole elle sortit de la foule des voitures. Malgré tout ce qu’il voyait, Alexis Alexandrovitch ne se permettait pas de penser à la vraie situation de sa femme. ”
“ Alexis Alexandrovitch prit la main de Vronskï, l’écarta et découvrit son visage déformé par la souffrance et la honte. — Tends-lui la main, pardonne-lui. Alexis Alexandrovitch lui tendit la main, sans retenir les larmes qui coulaient abondamment de ses yeux. — Dieu soit loué ! Dieu soit loué ! dit-elle. Maintenant, tout est fini... Seulement un peu allonger les jambes. Voilà, comme ça, c’est très bien... Comme ces fleurs sont peintes sans goût ! dit-elle en désignant le papier de la chambre ; elles ne ressemblent pas du tout à des violettes. Mon Dieu ! Mon Dieu ! ”
“ Mais si Alexis Alexandrovitch avait oublié la comtesse Lydie Ivanovna, celle-ci pensait à lui. Elle arriva chez lui au moment le plus pénible de son désespoir solitaire et entra dans son cabinet sans se faire annoncer. Elle le trouva assis, la tête entre les mains. — J’ai forcé la consigne, dit-elle, entrant à pas rapides, essoufflée par l’émotion et l’agitation. Je sais tout ! Alexis Alexandrovitch, mon ami ! continua-t-elle, serrant fortement sa main entre les siennes et le regardant de ses beaux yeux pensifs. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1873-1877)
“ Et Alexis Alexandrovitch serra ses mains l’une contre l’autre en faisant craquer les jointures de ses doigts. Ce geste, une mauvaise habitude, le calmait et l’aidait à reprendre l’équilibre moral dont il avait si grand besoin. Un bruit de voiture se fit entendre devant la maison, et Alexis Alexandrovitch s’arrêta au milieu de la salle à manger. Des pas de femme montaient l’escalier. Son discours tout prêt, il resta là, debout, serrant ses doigts pour les faire craquer encore : une jointure craqua. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Alexis Alexandrovitch vêtu de son uniforme, était évidemment prêt à sortir ; il se tenait assis devant une petite table sur laquelle il appuyait ses bras et regardait tristement devant lui. Il ne la vit pas tout d’abord, Anna comprit qu’il pensait à elle. Quand il la vit, il voulut se lever, mais se ravisa ; une vive rougeur envahit son visage, chose que chez lui Anna n’avait jamais vue ; se levant alors rapidement, il s’avança au-devant d’elle, fixant des yeux, afin d’éviter son regard, son front et sa coiffure. ”
“ Alexis Alexandrovitch s’assit sur une chaise, et l’air triste et abattu, observa la bonne qui marchait de long en large. Une fois que l’enfant fut calmée, la bonne la posa dans son berceau et, après avoir arrangé ses oreillers, s’éloigna ; Alexis Alexandrovitch se leva alors, et marchant avec précaution sur la pointe des pieds, s’approcha à son tour. Pendant une minute, il regarda l’enfant en silence du même air abattu, puis tout à coup, un sourire déplissa son front et, avec les mêmes précautions, il sortit de la chambre. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Alexis Alexandrovitch n’avait jamais aimé le comte Anitchkine avec lequel, en diverses circonstances, il s’était souvent trouvé en désaccord ; à l’heure actuelle il ne pouvait se défendre d’une certaine animosité à son égard, sentiment assez compréhensible d’ailleurs, de la part d’un fonctionnaire qui a subi un échec dans sa carrière, envers un homme qui a reçu de l’avancement. — Eh bien ! l’as-tu vu ? dit Alexis Alexandrovitch avec un sourire venimeux. — Oui. Hier il est venu à la chancellerie. Il a l’air de bien connaître son affaire et d’être très actif. ”
graf Leo Tolstoy, Anna Karénine, Tome I
“ Je le croîs inutile et même dangereux, commença Alexis Alexandrovitch; en creusant trop profondément dans nos âmes, nous risquons d'y toucher à ce qui pourrait passer inaperçu. Tes sentiments regardent ta conscience; mais je suis obligé vis-à-vis de toi, de moi, de Dieu, de te rappeler tes devoirs. Nos vies sont unies, non par les hommes, mais par Dieu. Un crime seul peut rompre ce lien, et un crime semblable entraîne après lui sa punition.—Je n'y comprends rien, et bon Dieu que j'ai sommeil, pour mon malheur! dit Anna en continuant à défaire ses cheveux et à retirer les dernières épingles. ”
“ Parce qu’Alexis, je parle d’Alexis Alexandrovitch. (Quelle destinée étrange et terrible que tous deux s’appellent Alexis, n’est-ce pas ?) Alexis ne me refuserait pas... J’oublierais ; lui, pardonnerait... Mais pourquoi ne vient-il pas ?... Il est bon... Il ne sait pas lui-même combien il est bon. Ah ! mon Dieu ! quelle angoisse ! ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1873-1877)
“ Alexis Alexandrovitch, si fort quand il s’agissait des affaires de l’État, se sentait ici impuissant. Il attendait le coup final, tête baissée et résigné comme un bœuf à l’abattoir. Lorsque ces pensées lui revenaient, il se disait qu’il fallait essayer encore une fois ce que la bonté, la tendresse, le raisonnement pourraient pour sauver Anna et la ramener ; chaque jour il se proposait de lui parler ”
“ Alexis Alexandrovitch voulut dire quelque chose mais les larmes l’en empêchèrent. — C’est un malheur fatal ; mais il est accompli et je tâche de vous en épargner à tous deux le choc, dit Oblonskï. Quand Stépan Arkadiévitch sortit du cabinet de son beau-frère, il était ému, mais cela ne l’empêchait pas d’être content du résultat obtenu, car il était convaincu qu’Alexis Alexandrovitch ne reprendrait pas sa parole. À ce plaisir s’en mêlait un autre : cette affaire de divorce venait de lui suggérer l’idée d’un jeu de mots qu’il se proposait de placer à la première occasion [1] . ”
“ Depuis qu’Alexis Alexandrovitch avait quitté la maison avec l’intention de n’y pas retourner, depuis qu’il avait consulté l’avocat, qu’il avait confié à un homme ses intentions, depuis, surtout, qu’il avait transformé cette affaire de la vie en affaire de paperasses, il s’habituait de plus en plus à cette résolution et voyait clairement la possibilité de la réaliser. Il cachetait l’enveloppe adressée à son avocat quand il entendit retentir la voix forte de Stépan Arkadiévitch. ”
“ Vous ne vous êtes pas trompé. Je suis, et ne puis ne pas être désespérée. Je vous écoute, et je pense à lui. Je l’aime, je suis sa maîtresse. Je ne puis vous supporter, j’ai peur de vous. Je vous hais... Faites de moi ce que vous voudrez. Et, en se rejetant dans le fond de la voiture, elle éclata en sanglots, et cacha son visage dans ses mains. Alexis Alexandrovitch ne bougea pas et ne changea pas la direction de son regard, mais son visage prit soudain l’immobilité solennelle d’un mort, et cette expression ne le quitta plus jusqu’à la villa. ”
“ Il était d’autant plus atteint qu’il avait la conviction d’être seul avec son malheur. Non seulement à Pétersbourg il n’avait personne à qui confier sa peine, personne qui pût compatir à ses chagrins, plaindre en lui non pas le fonctionnaire supérieur, ni l’homme du monde mais tout simplement l’homme malheureux, mais encore il se rendait compte que nulle part il ne trouverait de consolation. Alexis Alexandrovitch était resté très jeune orphelin, avec un frère. ”
“ Alexis Alexandrovitch soupira et se tut ; Anna jouait nerveusement avec la cordelière de sa robe de chambre et le regardait de temps en temps avec ce sentiment de répulsion physique dont elle s’accusait, sans pouvoir le vaincre. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1873-1877)
“ Alexis Alexandrovitch n’avait rien trouvé d’inconvenant à ce que sa femme se fût entretenue avec Wronsky en tête-à-tête d’une façon un peu animée ; mais il lui sembla que d’autres personnes avaient paru étonnées, et il résolut d’en faire l’observation à Anna. ”
“ C’est affreux ! dit Stépan Arkadiévitch en soupirant profondément. Je n’ai qu’une seule chose à te demander, Alexis Alexandrovitch, et je te supplie de la faire : l’action n’est pas encore engagée, comme j’ai cru le comprendre ; avant de rien commencer, vois ma femme et parle-lui. Elle aime Anna comme une sœur ; elle t’aime, toi aussi, et c’est une femme très sensée. Au nom de Dieu parle-lui ! Rends-moi ce service, je t’en supplie. Alexis Alexandrovitch devint pensif. Stépan Arkadiévitch le regarda avec sympathie sans rompre son recueillement. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ La comtesse Lydia Ivanovna lui avait laissé entendre que c’était la meilleure solution à apporter à sa situation, et les derniers temps, la pratique du divorce s’était tellement perfectionnée qu’Alexis Alexandrovitch entrevoyait la possibilité de vaincre les principales difficultés de forme. Mais un malheur n’arrive jamais seul ; l’affaire des populations allogènes et celle de l’épandage des champs de la province de Zaraïsk avaient occasionné tant de désagréments de service à Alexis Alexandrovitch, que depuis quelque temps il était dans un état d’irritation extrême. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ — Aimez ceux qui vous haïssent, murmura Daria Alexandrovna. Alexis Alexandrovitch eut un sourire de mépris. Il connaissait cette parole depuis longtemps, mais elle ne pouvait s’appliquer à son cas. — On peut aimer ceux qui vous haïssent, oui, mais non ceux qu’on hait. Excusez-moi de vous avoir dérangée ; à chacun sa peine ! Et, se maîtrisant, Alexis Alexandrovitch salua d’un air calme et partit. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ L’influence des camarades est très bonne pour lui ; il se porte à merveille et travaille très bien, dit Alexis Alexandrovitch. — Quel gaillard il est devenu ! C est vrai, ce n’est plus Sérioja, mais Serge Alexiévitch ! fit Stépan Alexandrovitch en souriant et regardant ce beau garçon large d’épaules, vêtu d’un veston bleu et d’un pantalon. ”
graf Leo Tolstoy, Anna Karénine, Tome I
“ Alexis Alexandrovitch en était là. Il avait éprouvé une souffrance étrange, terrible, mais c'était fini: il pourrait dorénavant avoir d'autre pensée que celle de sa femme.«C'est une femme perdue, sans honneur, sans coeur, sans religion. Je l'ai toujours senti, et c'est par pitié pour elle que j'ai cherché à me faire illusion.» Et c'était sincèrement qu'il croyait avoir été perspicace; il se remémorait divers détails du passé, jadis innocents à ses yeux, qui lui paraissaient maintenant autant de preuves de la corruption d'Anna. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ En entrant dans le vestibule Alexis Alexandrovitch sembla tirer du coin le plus lointain de son cerveau sa décision qui se résumait ainsi : «Si c’est un mensonge, je conserverai le calme le plus méprisant et je partirai ; si c’est la vérité, alors j’observerai les convenances. » Le concierge ouvrit la porte avant même qu’Alexis Alexandrovitch eût sonné. Cet homme, nommé Pétrov, ou Capitonitch, avait un air étrange, il était vêtu d’une vieille redingote, n’avait pas de cravate, et était chaussé de pantoufles. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1873-1877)
“ Les paroles d’Anna avaient confirmé ses pires soupçons, et le mal qu’elle lui avait fait et qu’aggravaient ses larmes, était cruel. Cependant, resté seul en voiture, Alexis Alexandrovitch se sentit soulagé d’un grand poids. Il lui sembla qu’il était débarrassé de ses doutes, de sa jalousie, de sa pitié. Il éprouvait la même sensation qu’un homme souffrant d’un violent mal de dents, auquel on vient d’arracher sa dent malade ; la douleur est terrible, l’impression d’un corps énorme, plus gros que la tête, qu’on enlève de la mâchoire, affreuse, mais c’est à peine si le patient croit à son bonheur ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Il a grandi ! Vraiment, il devient un homme ! Bonjour, jeune homme ! Et il tendit sa main à Serge effrayé. L’enfant avait toujours été timide avec son père, mais depuis qu’Alexis Alexandrovitch l’appelait « jeune homme », et qu’il cherchait à savoir si Vronskï était son ami ou son ennemi, il s’éloignait de lui et comme dernière défense regardait sa mère. Avec sa mère seule, il se sentait à l’aise. À ce moment Alexis Alexandrovitch en causant avec la gouvernante tenait son fils par l’épaule et Sérioja était si gêné et si mal à l’aise qu’Anna remarqua qu’il était prêt à pleurer. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1873-1877)
“ Lorsque, en revenant des courses, Anna lui eut avoué sa liaison avec Wronsky et, se couvrant le visage de ses mains, eut éclaté en sanglots, Alexis Alexandrovitch, quelque haine qu’il éprouvât pour sa femme, ne put se défendre d’un trouble profond. Pour éviter toute marque extérieure incompatible avec la situation, il chercha à s’interdire jusqu’à l’apparence de l’émotion, et resta immobile sans la regarder, avec une rigidité mortelle qui frappa vivement Anna. ”
“ Après la rencontre avec Wronsky, Alexis Alexandrovitch, comme c’était son projet, s’était rendu à l’Opéra-Italien ; il y entendit deux actes, parla à tous ceux à qui il devait parler, et, en rentrant chez lui, alla droit à sa chambre, après avoir constaté l’absence de tout paletot d’uniforme dans le vestibule. Contre son habitude, au lieu de se coucher, il marcha de long en large jusqu’à trois heures du matin ; la colère le tenait éveillé, car il ne pouvait pardonner à sa femme de n’avoir pas rempli la seule condition qu’il lui eût imposée, celle de ne pas recevoir son amant chez elle. ”
“ Ce qui le rendait profondément malheureux, c’était la pensée de perdre Anna pour toujours ! Sa passion un moment refroidie s’était réveillée plus violente que jamais. Pendant sa maladie il avait appris à la mieux connaître, et il croyait ne l’avoir encore jamais aimée ; il faudrait la perdre maintenant qu’il la connaissait et l’aimait réellement, la perdre en lui laissant le souvenir le plus humiliant ! Il se rappelait avec horreur le moment ridicule et odieux où Alexis Alexandrovitch lui avait découvert le visage, tandis qu’il le cachait de ses mains. ”
graf Leo Tolstoy, Anna Karénine, Tome I
“ Plus tard, parvenu à une haute position sociale, ces impressions s'effacèrent; mais l'habitude de redouter sa propre lâcheté était si forte, qu'en ce moment Alexis Alexandrovitch resta longtemps en délibération avec lui-même, envisageant la perspective d'un duel, et l'examinant sous toutes ses faces, malgré la conviction intime qu'il ne se battrait en aucun cas.«L'état de notre société est encore si sauvage que bien des gens approuveraient un duel: ce n'est pas comme en Angleterre.» ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1873-1877)
“ Le trait caractéristique d’Alexis Alexandrovitch, celui qui le distinguait spécialement, et avait contribué à son succès au moins autant que sa modération, sa probité, sa confiance en lui-même et son amour-propre excessif, était un mépris absolu de la paperasserie officielle et la ferme volonté de diminuer autant que possible les écritures inutiles, pour prendre les affaires corps à corps, et les expédier rapidement et économiquement. ”
“ Elle l’accusait de tout ce qu’il y avait de pénible en sa situation : les jours d’attente à Moscou, la lenteur et l’indécision d’Alexis Alexandrovitch, son isolement. S’il l’aimait, il comprendrait combien cette situation était pénible et l’en tirerait. Le seul fait qu’ils vivaient à Moscou au lieu d’être à la campagne, lui était encore un grief contre lui : il ne pouvait s’enterrer à la campagne comme elle l’eût voulu ; il avait besoin de société et la mettait dans cette situation épouvantable dont il ne voulait pas comprendre le tourment. ”
