“ Il ne demandait qu’à bénéficier des mêmes faveurs que ses camarades et il ne s’en trouvait pas plus indigne que les autres. Non seulement Stépan Arkadiévitch était aimé de tous ceux qui connaissaient son humeur bon enfant et sa parfaite affabilité, mais il y avait dans toute sa personne, dans son visage agréable et ouvert, dans ses yeux brillants, ses sourcils et ses cheveux noirs, ses joues blanches et roses, il y avait quelque chose qui incitait à la joie et à la gaîté ceux qui se trouvaient avec lui. ”
Stépan Arkadiévitch
Définition et enjeux
Citations sur “Stépan Arkadiévitch”
“ Et Stépan Arkadiévitch lui sourit. En présence d’un semblable désespoir nul n’aurait osé sourire, par crainte de paraître grossier, mais dans le sourire de Stépan Arkadiévitch il y avait tant de bonté et de tendresse féminine, que loin d’offenser il adoucissait et calmait. Ses paroles douces et apaisantes et son sourire avaient une action calmante comparable à celle de l’huile d’amandes. Anna le sentit bientôt. ”
“ C’est affreux ! dit Stépan Arkadiévitch en soupirant profondément. Je n’ai qu’une seule chose à te demander, Alexis Alexandrovitch, et je te supplie de la faire : l’action n’est pas encore engagée, comme j’ai cru le comprendre ; avant de rien commencer, vois ma femme et parle-lui. Elle aime Anna comme une sœur ; elle t’aime, toi aussi, et c’est une femme très sensée. Au nom de Dieu parle-lui ! Rends-moi ce service, je t’en supplie. Alexis Alexandrovitch devint pensif. Stépan Arkadiévitch le regarda avec sympathie sans rompre son recueillement. ”
“ Aucune des paroles de Stépan Arkadiévitch n’avait sur lui d’influence, il n’essayait même pas de leur opposer d’objections ; il ne voyait en lui que l’interprète de cette force brutale qui le guidait dans le monde et dont il se sentait l’esclave. — Toute la question se résume en ceci : Comment et sous quelles conditions consentirais-tu au divorce ? Elle ne désire rien, ne te demande rien, et s’en remet entièrement à ta bonté. « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi tout cela ? » pensa Alexis Alexandrovitch se souvenant des détails du divorce dans le cas où le mari assumait toute la responsabilité ”
“ Dans une pareille situation, toute autre femme ne saurait que faire, tandis qu’elle, tu verras comment elle a arrangé sa vie, combien elle est calme et digne. — À gauche de la petite rue, en face de l’église ! — cria Stépan Arkadiévitch au cocher en se penchant à la portière. Ouf ! qu’il fait chaud ! dit-il, ouvrant davantage sa pelisse déboutonnée, malgré douze degrés de froid. — Mais elle a une fille ; elle doit s’en occuper, dit Lévine. — Tu as l’air de te représenter la femme uniquement comme une couveuse : si elle s’occupe, ce ne peut être que des enfants, dit Stépan Arkadiévitch. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Les portes sont ouvertes d’avance. C’est très difficile d’être conducteur. — Le conducteur, c’est celui qui est debout ? demanda Stépan Arkadiévitch en souriant. — Oui. Il faut beaucoup de hardiesse et d’habileté, surtout si le train s’arrête tout d’un coup ou si quelqu’un tombe. — En effet, ce n’est pas une plaisanterie, dit Stépan Arkadiévitch, en examinant avec tristesse ses yeux animés, ceux de sa mère, qui maintenant n’étaient plus ceux d’un tout petit enfant innocent, et malgré la promesse faite à Alexis Alexandrovitch il ne put s’empêcher de parler d’Anna. ”
“ Voyons ! as-tu fait connaissance, hier, avec mon ami Lévine ? demanda Stépan Arkadiévitch. — Oui, mais il est parti très vite. — C’est un brave garçon, n’est-ce pas ? continua Oblonskï. — Je n’en sais rien, dit Vronskï. Pourquoi donc tous les Moscovites, exception faite, bien entendu, de ceux à qui je parle, dit-il d’un ton plaisant, ont-ils quelque chose de tranchant dans leur attitude ? Ils se dressent toujours sur leurs ergots et se fâchent comme s’ils voulaient vous faire la leçon. — Oui, il y en a comme cela, c’est vrai... confirma Stépan Arkadiévitch en riant gaîment. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Et comme il n’y a rien qui conduise moins à la conciliation que le désaccord dans les discussions abstraites, non seulement ils ne tombaient jamais d’accord sur un point quelconque, mais même depuis longtemps ils étaient habitués à se fâcher, à se railler l’un l’autre pour leur erreur incorrigible. Ils entraient, causant du beau temps, quand Stépan Arkadiévitch les avait joints. Dans le salon se trouvaient déjà le prince Alexandre D. Stcherbatzkï, le jeune Stcherbatzkï, Tourovtzine, Kitty, Karénine. Stépan Arkadiévitch vit aussitôt qu’en son absence au salon, cela ne marchait pas. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Je la regarde comme terminée, glapit Alexis Alexandrovitch. — Au nom de Dieu ne t’emporte pas ! supplia Stépan Arkadiévitch touchant le genou de son beau-frère. L’affaire n’est pas terminée. Si tu me permets de te le rappeler, voici comment les choses se sont passées. Quand vous vous êtes séparés, tu t’es montré aussi magnanime qu’on peut l’être ; tu lui donnais tout : la liberté, même le divorce. Elle l’a apprécié. Non, ne crois pas... elle l’a véritablement apprécié... ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Stépan Arkadiévitch racontait à sa belle-sœur son calembour sur le divorce. — Il faudrait lui arranger sa couronne, répondit-elle sans l’écouter. — Quel dommage qu’elle soit enlaidie, disait la comtesse Nordtson à madame Lvov ; et malgré cela il ne vaut pas son petit doigt, n’est-ce pas ? — Non, il me plaît beaucoup et non seulement en qualité de beau-frère, répondit madame Lvov. Et comme il a bonne tenue ! C’est si difficile en pareil cas de ne pas être ridicule. Et lui n’est pas ridicule : on sent qu’il est touché. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Voulez-vous du vin rouge ? dit Stépan Arkadiévitch. — Je n’exprime mon opinion ni pour ni contre, lui répondit Serge Ivanovitch en lui souriant avec indulgence comme il l’eût fait à un enfant, tandis qu’il lui tendait son verre, — je dis seulement que les deux partis émettent l’un et l’autre de sérieux arguments, continua-t-il s’adressant à Alexis Alexandrovitch. Par mes études, je suis un classique, mais dans cette discussion, personnellement je ne saurais me prononcer nettement. Je ne vois pas très bien pourquoi l’on donne la préférence aux études classiques plutôt qu’aux modernes. ”
“ Et sur la réponse affirmative, Stépan Arkadiévitch oubliant ce qu’il voulait demander à Lydie Ivanovna et ce qui intéressait sa sœur, se leva sur la pointe des pieds, ne désirant qu’une chose : sortir de là le plus vite possible. Comme d’une maison hantée il s’enfuit dans la rue en courant, là il causa et plaisanta avec le cocher, désirant se remettre au plus vite. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Mais s’il n’avait pas obtenu cette place par l’entremise de Karénine, alors par d’autres relations, par ses frères, sœurs, cousins, oncles ou tantes, Stépan Oblonskï l’eût obtenue, ou, à défaut de celle-ci, une analogue, d’un revenu de 6.000 roubles, traitement qui lui était nécessaire, puisque ses affaires, malgré la fortune assez importante de sa femme, étaient peu prospères. La moitié de Moscou et de Pétersbourg avait des liens de parenté ou d’amitié avec Stépan Arkadiévitch. Il était né parmi ces gens qui étaient ou devinrent les puissants de ce monde. ”
“ Si maintenant tu as la conviction que vous ne pouvez plus être heureux ensemble... — Le bonheur peut se comprendre de diverses façons. Mais supposons que je consente à tout... c’est une supposition. Qu’arrivera-t-il ? — Si tu désires connaître mon opinion — dit Stépan Arkadiévitch, avec le même sourire doux qu’il avait pendant sa conversation avec Anna, et ce sourire était si bon et si persuasif que, malgré lui, Alexis Alexandrovitch, tout en ayant conscience de sa faiblesse, subissait son influence et était prêt à croire tout ce qu’il dirait — elle ne le dira jamais elle-même... ”
“ Alors vous attendez aujourd’hui Stépan Arkadiévitch ? demanda Serge Ivanovitch, qui évidemment ne désirait pas continuer à causer de Varenka. Il est difficile de trouver deux beaux-frères aussi différents, fit-il avec un sourire malicieux : l’un, très vif, vit dans la société comme un poisson dans l’eau ; l’autre, notre Kostia, également vif, alerte, aussitôt dans le monde devient muet ou se débat comme un poisson sur la paille. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Ce souvenir le fit sourire. Stépan Arkadiévitch aimait fort la plaisanterie. — Et puis cela s’arrangera peut-être, conclut-il. Un joli mot : s’arrangera. Il faut raconter cela. — Matthieu ! s’écria-t-il. Installe le divan avec Marie pour Anna Arkadiévna. Le domestique accourut. — Bien, dit-il. Stépan Arkadiévitch revêtit sa pelisse et sortit sur le perron. — Vous ne dînerez pas à la maison ? demanda Matthieu qui l’accompagnait. — Je ne sais pas. Tiens, voici pour la dépense, dit-il en prenant dix roubles dans son portefeuille. Est-ce assez ? ”
“ Que Dieu vous aide ! dit Betsy. Stépan Arkadiévitch accompagna la princesse jusqu’au vestibule, lui baisa encore une fois la main, au-dessus du gant, à l’endroit où bat le pouls, tout en lui racontant des histoires si grivoises qu’elle ne savait au juste si elle devait en rire ou se fâcher, puis il alla chez sa sœur. Il la trouva tout en larmes. Bien qu’il fût d’humeur très joyeuse, il passa tout naturellement à ce ton compatissant et un peu sentimental qui convenait à l’état d’esprit d’Anna. Il s’informa de sa santé, et lui demanda comment elle avait passé la matinée. ”
“ Enfin, Dieu merci, tout s’arrangera bientôt ! C’est bien. À l’avenir ne juge pas sans connaître, lui dit Stépan Arkadiévitch ouvrant la portière de la voiture... Au revoir, nous ne suivons pas le même chemin. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Il n’avait dans son carnier que cinq bécasses quand il atteignit le point où Stépan Arkadiévitch devait le rejoindre. Avant d’apercevoir celui-ci il remarqua son chien. Crac, tout noir de la boue du marais, bondit par-dessus une racine d’aune et flaira Laska d’un air triomphant. Derrière Crac, dans l’ombre des aunes parut l’élégant Stépan Arkadiévitch. Il venait vers lui, rouge, en sueur, le col déboutonné, traînant la jambe. — Eh bien ! avez-vous fait bonne chasse ? demanda-t-il en souriant gaîment. — Et toi ? fit Lévine. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Il lui était arrivé ce qui arrive d’ordinaire aux hommes pris à l’improviste dans quelque situation équivoque. Il n’avait pu se préparer un visage conforme à la situation dans laquelle il se trouvait, en présence de sa femme, après la découverte de son crime. Paraître offensé, nier, se justifier, demander pardon, rester même indifférent, tout aurait été mieux que ce qu’il avait fait. Son visage, tout à fait involontairement, « par suite d’un réflexe du cerveau, » pensa Stépan Arkadiévitch qui aimait la psychologie, sourit tout à coup, de son sourire ordinaire, à la fois bon et niais. Cette attitude déplacée, il ne pouvait se la pardonner. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Vraiment ! Tu penses que c’est possible ? Non, dis-moi franchement ta pensée ! Eh bien ! et si j’essuie un refus ? Au reste, c’est là ma conviction... — Pourquoi penses-tu cela ? dit Stépan Arkadiévitch, souriant de son émotion. — C’est une idée. J’y pense souvent... Ce serait terrible pour moi et pour elle... — Oh ! en tout cas, pour la jeune fille, il n’y a rien de terrible à cela ; une jeune fille est toujours fière d’une demande en mariage. — Oui, toute autre jeune fille, mais pas elle. Stépan Arkadiévitch sourit. Il connaissait bien la pensée de Lévine ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Mais la réalité, le temps, ont montré que sa situation est pénible, impossible... — La vie d’Anna Arkadievna ne peut pas m’intéresser, interrompit Alexis Alexandrovitch en levant les sourcils. — Permets-moi de n’en rien croire, objecta doucement Stépan Arkadiévitch. Sa situation est pénible pour elle et sans aucun avantage pour n’importe qui... Tu diras qu’elle a ce qu’elle mérite... elle le sait et ne te demande rien. Elle dit franchement qu’elle n’ose rien te demander. Mais moi, mais tous ses parents, nous tous qui l’aimons, nous te supplions... Pourquoi souffre-t-elle ? ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Je te connais, dit-il, pour un homme admirable et juste ; d’autre part, je tiens Anna, excuse-moi, mais je ne puis changer l’opinion que j’ai d’elle, pour une femme bonne et supérieure, c’est pourquoi je ne puis croire ce que tu me dis. Il doit y avoir un malentendu. — Oh ! si ce n’était qu’un malentendu. — Permets, je comprends, interrompit Stépan Arkadiévitch : mais sans doute... enfin il ne faut pas se hâter... Il ne faut pas... il ne faut pas aller trop vite. ”
“ Mais il ne s’attendait nullement à ce qu’allait lui dire Stépan Arkadiévitch. — Elle n’est pas mariée et ne pense guère à se marier. Elle était très malade, les médecins l’ont envoyée à l’étranger. On craint même pour sa vie. — Que dis-tu ! exclama Lévine. Très malade ? Qu’a-t-elle ? Comment... Pendant qu’il prononçait ces paroles, Laska, en dressant les oreilles, regardait haut dans le ciel et leur jetait un regard de reproche : « Voilà, ils ont trouvé le temps de causer, pensait-elle, et les autres volent... Voilà, c’est çà !... Ils les laisseront échapper... » ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Stépan Arkadiévitch sourit. Il connaissait bien la pensée de Lévine ; il savait que pour lui les jeunes filles de l’univers se partageaient en deux groupes : l’un formé de toutes les jeunes filles autres qu’elle, avec toutes les faiblesses humaines, en un mot très ordinaires ; l’autre groupe composé d’elle seule, sans défaut et supérieure à toute créature humaine. ”
“ L’intendant, un ancien sous-officier que Stépan Arkadiévitch aimait à cause de sa belle prestance et qui avait été autrefois concierge, ne prenait aucune part aux tourments de Daria Alexandrovna. Il se contentait de dire d’un ton respectueux : « Il n’y a rien à faire ! Ces gens sont si mauvais ! » ”
“ Elle voulait dire encore que depuis le changement survenu en elle, Stépan Arkadiévitch lui était désagréable, insupportable et que sa vue seule lui suggérait des idées mauvaises et viles. — Eh bien ! oui, tout me semble laid et vil, continua-t-elle. ”
“ C’était le portrait d’Anna fait en Italie par Mikhaïlov. Pendant que Stépan Arkadiévitch contournait la jardinière et que cessait la conversation, Lévine regardait sans pouvoir s’en détacher, le portrait qui semblait sortir du cadre. Il oubliait même où il était et sans écouter ce qu’on disait, il ne pouvait détourner ses regards de cet admirable portrait. Ce n’était pas un tableau, c’était une belle créature vivante, aux cheveux noirs ondulés, les épaules et les bras nus ; un demi-sourire pensif glissait sur les lèvres ombrées d’un léger duvet ; elle le regardait d’un air triomphant. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ L’instinct ne le trompait pas. Le nouveau et terrible chef était l’homme le plus courtois du monde. Stépan Arkadiévitch déjeuna avec lui et prolongea si longtemps sa visite qu’il était plus de trois heures quand il put se rendre chez Alexis Alexandrovitch. VIII Alexis Alexandrovitch, en rentrant de l’église, passa toute la matinée chez lui. Il avait en effet, ce matin-là, deux choses à faire : premièrement, recevoir et expédier à Pétersbourg une députation des populations allogènes qui se trouvait maintenant à Moscou, et, deuxièmement, écrire à l’avocat, ainsi qu’il le lui avait promis. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Stépan Arkadiévitch ne choisissait ni la direction ni les opinions, elles venaient à lui d’elles-mêmes, de même qu’il ne choisissait pas la forme d’un chapeau ou d’un vêtement mais se conformait à la mode. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Va, va, Stiva ! cria Lévine sentant son cœur battre plus fort ; et tout d’un coup, comme si un déclanchement venait de se produire dans son ouïe tendue, tous les sons, indépendamment des distances, se mirent à le frapper ensemble. Il perçut le pas de Stépan Arkadiévitch et le prit pour un bruit lointain des chevaux ; le bruit d’une petite motte de terre qui tomba et qu’il écrasa en marchant lui sembla le bruit du vol d’une bécassine. ”
