“ Stavroguine, la tête baissée, plongé dans sa méditation, marchait de long en large. — Et cette jeune personne, demanda tout à coup Tikhon, avec laquelle vous avez rompu en Suisse où est-elle maintenant ? — Ici. Il y eut un nouveau silence. — Il se peut que je vous aie menti sur mon compte, répéta en insistant Stavroguine. Je ne sais pas bien moi-même.... D’ailleurs, je provoque les gens par l’impudence de ma confession, puisque vous avez remarqué ma provocation. C’est ce qu’il faut. Ils méritent bien ça. — C’est-à-dire qu’il vous est plus facile de les haïr que d’accepter leur pitié. ”
Stavroguine
Définition et enjeux
Citations sur “Stavroguine”
“ Vous vous êtes détaché du sol, vous n’avez pas la foi. — Ecoutez, père Tikhon, je veux obtenir mon propre pardon, et c’est là mon but principal, mon but un ique, déclara tout à coup Stavroguine avec un enthousiasme sauvage. C’est alors seulement, je le sais, que la vision disparaîtra. Voilà pourquoi j’aspire à une souffrance démesurée, je la recherche moi-même. Ne m’effrayez donc pas ou bien je périrai de rage. ”
“ Stavroguine l’écouta très sérieusement. — Vous me proposez de prononcer les vœux monastiques dans ce couvent. — Vous n’avez pas besoin d’entrer au couvent ; il ne faut pas prononcer de vœux ; ne soyez qu’un novice, et en secret ; vous pouvez même continuer à vivre dans le monde. — Laissez, père Tikhon, interrompit Stavroguine avec une expression de répugnance. Il se leva ; Tikhon aussi. — Qu’avez-vous, s’écria-t-il tout à coup, fixant presque avec terreur Tikhon. Celui-ci était debout devant lui, les bras tendus en avant ; une convulsion rapide contracta son visage horrifié. ”
Fyodor Dostoyevsky,
Les possédés
“ Si Stavroguine croit, il ne croit pas qu'il croie. S'il ne croit pas, il ne croit pas qu'il ne croie pas.— Il y a autre chose encore chez Stavroguine, quelque chose d'un peu plus intelligent que cela... bougonna Pierre Stépanovitch inquiet du tour qu'avait pris la conversation et de la pâleur de Kiriloff.«Le diable m'emporte, il ne se tuera pas», songeait-il, «je l'avais toujours pressenti; c'est une extravagance cérébrale et rien de plus; quelles fripouilles que ces gens-là!» ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ Je ne puis vous arracher de mon coeur, Nicolas Stavroguine ! — Je regrette de ne pouvoir vous aimer, Chatoff, dit froidement Nicolas Vsévolodovitch. — Je sais que cela vous est impossible, vous ne mentez pas. Écoutez, je puis remédier à tout : je vous procurerai le lièvre ! Stavroguine garda le silence. — Vous êtes athée, parce que vous êtes un baritch, le dernier baritch. Vous avez perdu la distinction du bien et du mal, vous avez cessé de connaître votre peuple... ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ Jamais je n’oublierai la consternation dont la générale Stavroguine offrit alors l’image. Ses traits prirent une expression d’affolement, elle se leva à demi et étendit le bras droit devant elle comme pour se protéger. Nicolas Vsévolodovitch regarda à son tour sa mère, Lisa, l’assistance, et tout à coup un sourire d’ineffable dédain se montra sur ses lèvres ”
Fiodor Dostoïevski,
Les Démons
(1872)
“ Je le répète encore une fois : grâce aux demi-mots sans cesse chuchotés par Pierre Stépanovitch, toute la maison du gouverneur était persuadée que le jeune Stavroguine tenait par les liens les plus intimes au monde le plus mystérieux, et qu’assurément il avait été envoyé chez nous avec quelque mission. L’état des esprits était alors étrange. Dans la société régnait une légèreté extraordinaire, un certain dévergondage d’idées qui avait quelque chose de drôle, sans être toujours agréable. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ Néanmoins Nicolas Vsévolodovitch trouvait son chemin sans presque y songer. De tout autres pensées l’occupaient, et il ne fut pas peu surpris quand, sortant de sa rêverie et levant les yeux, il se vit tout à coup au milieu du pont. Pas une âme ne se montrait aux alentours. Grand fut donc l’étonnement de Stavroguine lorsqu’il s’entendit interpeller avec une familiarité polie par une voix qui semblait venir de dessous son coude. La voix, assez agréable du reste, avait ces inflexions douces qu’affectent chez nous les bourgeois trop civilisés et les élégants commis de magasin. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ IIII Sans presque dire bonjour à personne, Verkhovensky alla s’asseoir fort négligemment au haut bout de la table. Un insolent dédain se lisait sur son visage. Stavroguine s’inclina poliment. On n’attendait qu’eux ; néanmoins, comme si une consigne avait été donnée dans ce sens, tout le monde feignait de remarquer à peine leur arrivée. Dès que Nicolas Vsévolodovitch se fut assis, la maîtresse de la maison s’adressa à lui d’un ton sévère : — Stavroguine, voulez-vous du thé ? — Oui répondit-il. — Du thé à Stavroguine, ordonna madame Virguinsky. — Et vous, est-ce que vous en voulez ? ”
Marcel Jouhandeau,
La Nouvelle Revue Française
“ Cette forme même vaincra (il désigna les feuillets) , si seulement vous acceptez en toute sincérité les soufflets et les crachats. La croix la plus ignominieuse finit toujours par aboutir à la plus haute gloire, à la puissance, lorsque l’humilité est sincère. Il se peut même que vous soyez consolé dès cette vie. — Ce n’est donc que dans la forme que vous entrevoyez quelque chose de ridicule, insista Stavroguine. — Et dans le fond aussi. C’est la laideur qui tuera, murmura Tikhon en baissant les yeux. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ Allez-vous en loin de moi, Lisa, dit Nicolas Vsévolodovitch, et il rentra dans la salle. La jeune fille couvrit son visage de ses mains et sortit de la maison. Le premier mouvement de Pierre Stépanovitch fut de courir après elle, mais, se ravisant tout à coup, il alla retrouver Stavroguine. — Ainsi vous... Ainsi vous... Ainsi vous n’avez peur de rien ? hurla-t-il, l’écume aux lèvres ; sa fureur était telle qu’il pouvait à peine parler. ”
Fiodor Dostoïevski,
Les Démons
(1872)
“ Stavroguine regardait fixement les yeux égarés de son interlocuteur. — Écoutez, nous commencerons par fomenter le désordre, poursuivit avec une volubilité extraordinaire Pierre Stépanovitch, qui, à chaque instant, prenait Nicolas Vsévolodovitch par la manche gauche de son vêtement. — Je vous l’ai déjà dit : nous pénètrerons dans le peuple même. Savez-vous que déjà maintenant nous sommes terriblement forts ? Les nôtres ne sont pas seulement ceux qui égorgent, qui incendient, qui font des coups classiques ou qui mordent. Ceux-là ne sont qu’un embarras. Je ne comprends rien sans discipline. ”
Fiodor Dostoïevski,
Les Démons
(1872)
“ C’était un endroit très sombre situé à l’extrémité de l’immense parc des Stavroguine. Plus tard je suis allé exprès le visiter ; qu’il devait paraître morne par cette humide soirée d’automne ! Là commençait un ancien bois de réserve ; les énormes pins séculaires formaient des tâches noires dans l’obscurité. Celle-ci était telle qu’à deux pas on pouvait à peine se voir, mais Pierre Stépanovitch et Lipoutine arrivèrent avec des lanternes ; ensuite Erkel en apporta une aussi. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ À ces mots, le collégien se leva soudain, comme mû par un ressort. — Je voulais seulement dire, vociféra-t-il rouge de honte et sans oser regarder autour de lui, — que si vous êtes tant pressée de montrer votre esprit, c’est tout bonnement parce que M. Stavroguine vient d’arriver — voilà ! — Votre idée est ignoble et immorale, elle prouve combien vous êtes peu développé. ”
Fiodor Dostoïevski,
Les Démons
(1872)
“ — Stavroguine, vous êtes beau ! s’écria avec une sorte d’exaltation Pierre Stépanovitch, — savez-vous que vous êtes beau ? Ce qu’il y a surtout d’exquis en vous, c’est que parfois vous l’oubliez. Oh ! je vous ai bien étudié ! Souvent je vous observe du coin de l’œil, à la dérobée ! Il y a même en vous de la bonhomie. J’aime la beauté. Je suis nihiliste, mais j’aime la beauté. Est-ce que les nihilistes ne l’aiment pas ? Ce qu’ils n’aiment pas, c’est seulement les idoles ; eh bien, moi, j’aime les idoles ; vous êtes la mienne ! Vous n’offensez personne, et vous êtes universellement détesté ; ”
Fiodor Dostoïevski,
Les Démons
(1872)
“ « C’est la maîtresse de Stavroguine ! » cria quelqu’un. « Il ne leur suffit pas de tuer, ils viennent contempler leurs victimes ! » ajouta un autre. Tout à coup je vis un bras se lever derrière Lisa et s’abattre sur sa tête ; elle tomba. Poussant un cri terrible, Maurice Nikolaïévitch se précipita au secours de la malheureuse et frappa de toutes ses forces un homme qui l’empêchait d’arriver jusqu’à elle, mais au même instant le bourgeois, qui se trouvait derrière lui, le saisit à bras-le-corps. Durant quelques minutes il y eut une telle confusion que je ne pus rien distinguer nettement. ”
“ Parlez, parlez, le pressa Stavroguine. Vous êtes irrité et vous me grondez. Cela me plaît de la part d’un moine. Mais voilà ce que je vous demanderai : il y a déjà dix minutes que nous parlons depuis cela (il montra les feuillets) et bien que vous m’injuriez, je ne vois en vous aucun signe spécial de dégoût, de honte... vous n’êtes pas dégoûté et vous parlez avec moi comme avec votre égal. Il ajouta cela en baissant la voix et les mots « comme avec votre égal » parurent jaillir de ses lèvres sans qu’il y eût songé. Tikhon le regarda attentivement. ”
Fiodor Dostoïevski,
Les Démons
(1872)
“ Sans doute, il n’y a pas d’autre principe que la lutte pour l’existence, tout le monde sait cela, cependant... Mais il s’agissait bien pour Pierre Stépanovitch de dorer la pilule aux nôtres ! Lui-même était déraillé. La fuite de Stavroguine lui avait porté un coup terrible. Il avait menti en disant qu’avant de quitter notre ville Nicolas Vsévolodovitch avait vu le vice-gouverneur ; en réalité, le jeune homme était parti sans voir personne, pas même sa mère, et l’on pouvait à bon endroit s’étonner qu’il n’eût pas été inquiété. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ Stavroguine eut un brusque accès d’hilarité. — Je ris de mon singe, se hâta-t-il d’expliquer. — Ah ! vous avez deviné que je faisais le paillasse, reprit en riant aussi Pierre Stépanovitch ; — c’était pour vous égayer ! Figurez-vous, au moment où vous êtes entré ici, votre visage m’a appris que vous aviez du « malheur ». Peut-être même est-ce une déveine complète, hein ? Tenez, je parie, poursuivit-il en élevant gaiement la voix, — que pendant toute la nuit vous êtes resté assis à côté l’un de l’autre dans la salle, et que vous avez perdu un temps précieux à faire assaut de noblesse... ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ Ces mots causèrent une stupeur générale. — On vous arrêtera non seulement comme instigateurs de l’incendie, mais encore comme membres d’une société secrète. Le dénonciateur connaît toute notre mystérieuse organisation. Voilà le résultat de vos incartades ! — C’est assurément Stavroguine ! cria Lipoutine. — Comment... pourquoi Stavroguine ? reprit Pierre Stépanovitch qui, dans le premier moment, parut troublé. — Eh ! diable, c’est Chatoff ! ajouta-t-il se remettant aussitôt. — Maintenant, je crois, vous savez tous que, dans son temps, Chatoff a pris part à notre œuvre. ”
Fiodor Dostoïevski,
Les Démons
(1872)
“ Stavroguine resta impassible. Chatoff le regarda avec une expression de défi, ses yeux lançaient des flammes. — Je ne vous ai donc pas dit que je ne crois pas tout à fait ! s’écria-t-il enfin ; je ne suis qu’un pauvre et ennuyeux livre, rien de plus, pour le moment, pour le moment... Mais périsse mon nom ! Ce n’est pas de moi qu’il s’agit, c’est de vous. Moi, je suis un homme sans talent, pas autre chose ; comme tel, je ne puis donner que mon sang ; eh bien, qu’il soit versé ! ”
Fyodor Dostoyevsky,
Les possédés
“ Ses yeux noirs et ternes restaient figés sur le visage de Stavroguine, leur regard tranquille était bon et affable.Nicolas Vsévolodovitch se tut pendant trois minutes.— Sans doute je comprends qu'on se brûle la cervelle, commença-t- il ensuite en fronçant légèrement les sourcils, — parfois moi- même j'ai songé à cela, et il m'est venu une idée nouvelle: si l'on commet un crime, ou pire encore, un acte honteux, déshonorant et... ridicule, un acte destiné à vous couvrir de mépris pendant mille ans, on peut se dire: «Un coup de pistolet dans la tempe, et plus rien de tout cela n'existera.» ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ « Sans doute ce garçon-là est un écervelé », se disait- on, « mais est-ce qu’il en peut si Julie Mikhaïlovna a fait des sottises ? Au contraire, il a toujours cherché à la retenir... » Vers deux heures, le bruit se répandit soudain que Stavroguine, dont on parlait tant, était parti à l’improviste pour Pétersbourg par le train de midi. Cette nouvelle fit sensation ; plusieurs froncèrent le sourcil. À ce qu’on raconte, Pierre Stépanovitch fut si consterné qu’il changea de visage ; sa stupeur se traduisit même par une exclamation étrange : « Mais qui donc a pu le laisser partir ? » ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ Au même instant une détonation retentit, et le chapeau de castor blanc de Nicolas Vsévolodovitch roula à terre. L’ingénieur le ramassa et le tendit à son ami. Le coup n’avait pas été mal dirigé, la coiffe était percée fort près de la tête, il s’en fallait de quatre verchoks que la balle n’eût atteint le crâne. Pendant que Stavroguine examinait son chapeau avec Kiriloff, il semblait avoir oublié Artémii Pétrovitch. ”
Fiodor Dostoïevski,
Les Démons
(1872)
“ Nature franche et droite, la générale Stavroguine ne pouvait souffrir les accusations sourdes et mystérieuses ; elle leur préférait toujours la guerre ouverte. Quoi qu’il en soit, depuis cinq jours les deux dames avaient cessé de se voir. La dernière visite avait été faite par Barbara Pétrovna, qui était revenue de chez « la Drozdoff », cruellement blessée. Je crois pouvoir le dire sans crainte de me tromper, en ce moment Prascovie Ivanovna venait chez son amie, naïvement convaincue que celle-ci devait trembler devant elle ; cela se voyait sur son visage. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ Il se leva et prit son chapeau. — Je parie, dit-il, que quand je reviendrai, vous croirez en Dieu. — Pourquoi ? demanda l’ingénieur en se levant à demi. — Si vous saviez que vous croyez en Dieu, vous y croiriez, mais comme vous ne savez pas encore que vous croyez en Dieu, vous n’y croyez pas, répondit en souriant Nicolas Vsévolodovitch. — Ce n’est pas cela, reprit Kiriloff pensif, — vous avez parodié mon idée. C’est une plaisanterie d’homme du monde. Rappelez-vous que vous avez marqué dans ma vie, Stavroguine. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ Le général se tut comme s’il eût attendu une réponse. — Quoi de plus simple ? répliqua soudain en élevant la voix Julie Mikhaïlovna qui était vexée de voir tous les yeux se tourner vers elle comme par l’effet d’un mot d’ordre. — Peut-on s’étonner que Stavroguine se soit battu avec Gaganoff et qu’il ait dédaigné l’injure de l’étudiant ? Il ne pouvait pas appeler sur le terrain un homme qui avait été son serf ! ”
Fiodor Dostoïevski,
Les Démons
(1872)
“ Qu’y a-t-il dans le socialisme ? Il a ruiné les anciennes forces, mais il ne les a pas remplacées. Ici il y aura une force, une force inouïe même ! Il nous suffit d’un levier pour soulever la terre. Tout se soulèvera ! — Ainsi c’est sérieusement que vous comptiez sur moi ? fit Stavroguine avec un méchant sourire. — Pourquoi cette amère dérision ? Ne m’effrayez pas. En ce moment je suis comme un enfant, c’est assez d’un pareil sourire pour me causer une frayeur mortelle. Écoutez, je ne vous montrerai à personne : il faut que vous soyez invisible. ”
“ Tikhon le regarda interrogativement. —Et... vous le voyez réellement, demanda-t-il, je veux dire sans conserver du tout l’idée que c’est une hallucination mensongère et maladive ; voyez-vous réellement une image quelconque ? — C’est étrange que vous insistiez là-dessus, quand je vous ai déjà expliqué ce que je voyais, répondit Stavroguine dont l’irritation croissait de nouveau à chaque mot... Je vois certainement, comme je vous vois... Parfois je vois et ne suis pas sûr de voir, bien que je sache que c’est la vérité : c’est moi ou bien lui... Bêtises ! ”
