“ II « J’ai l’honneur, si je ne me trompe, de parler au comte Besoukhow ? » dit l’inconnu à haute voix et sans se hâter. Pierre le regarda d’un air interrogateur par-dessus ses lunettes. « J’ai entendu parler de vous, continua son interlocuteur, du malheur qui vous est arrivé !... » En soulignant le mot« malheur », il semblait dire : « Vous avez beau donner à la chose le nom que vous voudrez, c’est « un malheur » ... « Je le regrette infiniment pour vous, monsieur. » Pierre rougit, posa ses pieds à terre et se pencha, intimidé et souriant, vers le vieillard. ”
Pierre Bezukhov
Définition et enjeux
Le comte Pierre Bézoukhov, personnage central de Guerre et Paix de Léon Tolstoï, incarne l'évolution spirituelle et morale d'un homme en quête de sens. Fils illégitime d'un noble russe, il passe des illusions de jeunesse à une maturité marquée par les épreuves de la guerre, les déceptions amoureuses et les rencontres décisives.
Tolstoï le présente comme un reflet de ses propres interrogations, tandis qu’André Suarès souligne son passage de la vanité mondaine à une lucidité sur ses propres limites. Eugène-Melchior de Vogüé le décrit comme un "bon seigneur russe" aux émotions naïves, et Adolphe Badin met en avant ses qualités humaines malgré ses faiblesses. Ce personnage, lié à la révolution décabriste et à l'idéalisme de sa génération, incarne la tension entre le désir de transformation et les réalités de l'existence.
Citations sur “Pierre Bezukhov”
“ Pierre Bésoukhow, dans la Guerre et la Paix, sacrifie encore, jusqu’à la trentième année, à la vanité mondaine. Mais il se guérit bientôt de l’ambition, et de jouer un rôle : il sent à merveille qu’il y a, en lui, un élément — force ou faiblesse — qui s’opposera toujours à son succès dans le monde. Il ne peut pas plus être un employé correct de l’État qu’il n’a pu se pousser à la dignité « d’homme comme il faut ». Bésoukhow prend part à la guerre de 1812, et la voit de ces yeux, qui ont suivi le siège de Sébastopol, avec une attention si profonde. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Quelque chose l’attirait toujours vers les hommes plus forts ou plus riches que lui et il était doué de ce talent rare de saisir précisément ce moment où il pouvait et où il fallait profiter d’eux. Pierre, tout à fait à l’improviste, était devenu richissime et comte Bezoukhov et après sa solitude récente et son insouciance, tout à coup il se sentait à un tel point entouré, occupé, que c’était seulement au lit qu’il parvenait à rester seul avec soi-même. ”
