“ Dolokhov qui, cette année, était réapparu à Moscou après un séjour et des aventures en Perse, et qui menait la vie luxueuse du jeu et de la débauche, se rapprocha de son vieux camarade Kouraguine et profita de lui pour ses débuts. Anatole aimait sincèrement Dolokhov pour son esprit et sa bravoure. Dolokhov avait besoin du nom et des relations d’Anatole Kouraguine pour attirer dans sa société de jeu les jeunes gens riches, et, sans le lui faire sentir, il profitait et s’amusait de Kouraguine. ”
Citations sur “Anatole Kuragin”
“ Anatole se leva et entra dans la salle à manger. Balaga était un cocher de troïka, très réputé dans son métier, et qui leur avait constamment fourni des chevaux. Depuis six ans qu’il connaissait les deux amis, que de fois ne l’avait-il pas mené au petit jour de Tver à Moscou et ramené de Moscou à Tver la nuit suivante, lorsque Anatole y était en garnison ! Que de fois ne les avait-il pas conduits en nombreuse compagnie de bohémiennes et de petites dames ! ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ Il jouait à tous les jeux, gagnait toujours et buvait énormément, sans jamais perdre sa liberté d'esprit. Kouraguine et lui étaient alors des célébrités dans le monde des mauvais sujets et des viveurs de Pétersbourg.On apporta une bouteille de rhum; deux laquais, visiblement ahuris par les cris et les ordres qu'on ne cessait de leur donner, se dépêchaient à démolir le châssis qui empêchait de s'asseoir sur le rebord extérieur de la croisée.Anatole s'en approcha avec son air conquérant. ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ En achevant ces mots, il sentit tressaillir le bras de Valentine. Surpris de ce mouvement, il regarde ce qui peut l’avoir occasionné, et ses yeux rencontrent ceux d’Anatole. Il le voit saluer respectueusement madame de Saverny ; puis s’approchant de lui, Anatole lui serre la main en levant les yeux au ciel, comme pour lui dire : Que vous êtes heureux ! Sans faire la moindre réflexion sur l’émotion qu’il avait remarquée, le commandeur proposa à Valentine de s’asseoir dans un endroit échauffé par le soleil ; elle y consentit d’autant mieux qu’elle avait assez de peine à se soutenir. ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ L’émotion de Valentine ne lui permet pas de répondre ; elle se laisse conduire par le commandeur sans voir où il l’entraîne. Bientôt Anatole est à ses pieds. Une femme, baignée de pleurs, la presse sur son sein ; à ses traits, aux transports de sa reconnaissance, Valentine devine qu’elle embrasse la mère d’Anatole, et son cœur éprouve tout ce que le ciel a voulu attacher de divin au plaisir de faire des heureux. ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ Le plus grand des inconvénients de l’amour n’est pas dans les peines qu’il cause, mais dans l’habitude de ces mêmes agitations dont le cœur ne peut plus se passer. Ces longues journées, passées sans l’espérance de recevoir une lettre ou de rencontrer un regard d’Anatole, paraissaient à Valentine une éternité à franchir. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ Il y a çà et là dans ses vers un sentiment douloureux de la destruction irréparable des belles formes et comme une poésie des ruines. Il sent l’écoulement des choses et nous en donne une impression plus profonde peut-être que celle qu’il a lui-même ressentie. ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ Il serre sur son cœur le voile encore humide des larmes qu’elle vient de verser en pensant à lui. L’expression de son visage, son attitude suppliante, semblent la conjurer de lui laisser ce gage de réconciliation ; et Valentine, succombant à son émotion, n’ose ni l’accorder ni le reprendre. Son silence paraît un consentement à Anatole. La joie et la reconnaissance brillent dans ses yeux. Il porte le voile à ses lèvres, et disparaît. L’espace d’un moment suffit à tant de sensations différentes ; et Valentine était seule, lorsqu’Isaure vint la rejoindre, après avoir achevé sa prière. ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ Quoique peu de paroles eussent été échangées entre Anatole et Mlle Bourrienne, ils s'étaient parfaitement compris; quant à la partie du roman qui précédait l'apparition de «ma pauvre mère», ils sentaient qu'ils avaient beaucoup de choses à se dire en secret; aussi, dès le lendemain matin, cherchèrent-il les occasions d'un tête-à-tête, et ils se rencontrèrent inopinément dans le jardin d'hiver, pendant que la princesse Marie descendait, plus morte que vive, pour se rendre chez son père à l'heure habituelle. ”
Anatole France,
Les dieux ont soif
(1912)
“ Évariste Gamelin, artiste froid et savant, ne reconnaissait de beauté qu’à l’antique, et la beauté lui inspirait moins de trouble que de respect. Son goût classique avait de telles sévérités qu’il trouvait rarement une femme à son gré ; il était insensible aux charmes d’un joli visage autant qu’à la couleur de Fragonard et aux formes de Boucher. Il n’avait jamais connu le désir que dans l’amour profond. ”
Anatole de Ségur,
Témoignages et souvenirs
“ On voyait l’amour qui le dévorait intérieurement, cet amour de Dieu et des hommes, plus fort que la mort elle-même, palpiter dans son cœur, s’en échapper comme un torrent de feu et s’épancher sur toutes ces âmes, rachetées par le sang de Jésus-Christ. ”
Anatole Le Braz,
Au pays des pardons
“ Nulle fête n’est comparable à celle de la Palude, et celui-là ne sait point ce que c’est qu’un pardon, qui n’a pas assisté, sous la splendeur du soleil béni, aux merveilles sans égales du pardon de la Mer. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ J’aime encore les arbres ! Le ciel a eu pitié de moi, en me laissant au moins ce goût. Je fais à tous la meilleure mine que je peux, mais je ne peux pas grand’chose, parce que je souffre dans le fond de mon âme. ”
Anatole France,
Thaïs
(1890)
“ Une voix impitoyable lui criait : « Tu vieilliras, Thaïs, tu vieilliras ! » Et la sueur de l’épouvante lui glaçait le front. Puis, se regardant de nouveau dans le miroir avec une tendresse infinie, elle se trouvait belle encore et digne d’être aimée. Se souriant à elle-même, elle murmurait : « Il n’y a pas dans Alexandrie une seule femme qui puisse lutter avec moi pour la souplesse de la taille, la grâce des mouvements et la magnificence des bras, et les bras, ô mon miroir, ce sont les vraies chaînes de l’amour ! » ”
Anatole de Ségur,
Témoignages et souvenirs
“ Ce serait l’amour sans tache et plein, si de l’enfant au père il y avait le retour égal de l’ami à l’ami et de l’épouse à l’époux. Mais il n’en est rien. Quand nous étions enfants, on nous aimait plus que nous n’aimions, et, devenus vieux, nous aimons notre tour plus que nous ne sommes aimés. ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ Je sais comme vous de combien d’éléments divins le ciel a composé l’âme de Valentine ; mais, plus elle est supérieure à tout ce qu’on admire, plus elle a le droit d’exiger de celui qui aspire à lui plaire. ”
“ Nul frisson n’a troublé son manteau militaire, Mais un sourire doux, sur son visage austère, S’achève lentement plus étrange et plus froid. Tout s’efface. Bientôt Cécile, revenue De la silencieuse et fatale entrevue, Va s’éveiller devant le parc tranquille et noir, Mais rapportant du sein des magiques abîmes Un écrin merveilleux d’épouvantes intimes Qui dans son cœur ému s’ouvrira chaque soir. ”
Anatole-Henri-Philippe de Ségur,
Oeuvres poétiques : Sainte Cécile…
(1899)
“ Son nom comme son coeur est fondu dans le mien. Nos enfants, dont la troupe en riant l'environne, Lui refont un printemps, et la maternité Sur son front rayronnant a mis une couronne Dont chaque jour qui passe accroît la majesté. Notre amour a connu les grâces de l'aurore : Il garde le reflet des feux de son Midi, Et près de l'horizon qu'il illumine encore, Son orbe en s'inclinant semble s'être agrandi. La mort ne mettra pas de terme à sa durée, Et planant au-dessus des choses d'ici-bas, Nous irons boire ensemble à la source sacrée De l'éternel amour qui ne s'épuise pas ! ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ Le silence, habitant de ces voûtes gothiques, semble inviter l’enfant qui les parcourt, comme le vieillard qui vient y prier, à n’en point troubler le repos. Une sainte terreur s’empara de l’âme de Valentine, lorsqu’elle se vit, pour ainsi dire, seule entre ces trois puissances, la divinité, les grandeurs et la mort. ”
Anatole France,
Histoire comique
“ Il fallut, à la suite du cercueil agile, du prêtre et des enfants de chœur, s'éparpiller, enjamber les pierres couchées et se couler entre les cippes et les stèles. On perdait, on retrouvait le mort. Nanteuil mettait de l'ardeur à le poursuivre, inquiète, brusque, son livre à la main, tirant sa jupe accrochée aux grilles, et frôlant les couronnes sèches qui laissaient sur sa robe des têtes d'immortelles. ”
Anatole Le Braz,
Au pays des pardons
“ Ahès a la démarche onduleuse, la chevelure longue et flottante, tantôt couleur du soleil, tantôt couleur de la lune, les yeux changeants et fascinateurs. Elle habite un palais immense dont les vitraux resplendissent ainsi que de gigantesques émeraudes. Elle a des passions tumultueuses, une rage inassouvie d’amour. Sa préférence va aux hommes du peuple, aux gars solides et frustes. ”
Anatole-Henri-Philippe de Ségur,
Oeuvres poétiques : Sainte Cécile…
(1899)
“ Voilà vingt ans passés que, sans nom, sans couleurs, Gît sous un froid tombeau ta poussière oubliée, Et le monde, ô Rachel, ne donne plus de pleurs A ta dépouille humiliée ! Parmi ceux que la gloire attachait à tes pas, Et qui couvraient de fleurs ta tête couronnée, Combien en reste-t-il, ô grande abandonnée, Qui te nomment, même tout bas ? Hélas ! un soir suffit à balayer la trace Des plus grands ici-bas et des plus adulés. Le temps marche, le vent soupire, et l'amour passe Comme un fleuve aux flots écoulés. ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ Puisque le ciel me condamne, ajoutait-il, à ne jamais goûter le bonheur de ceux qui vous entourent, ne me privez pas du plaisir de vous peindre des sentiments dignes de vous. Ils sont sans danger pour votre repos ; et votre cœur fût-il libre, vous n’y sauriez répondre. ”
Anatole Le Braz,
Au pays des pardons
“ La fumée des feux de bivouac tournoie lentement dans l’air épaissi. La poussière flotte par grands nuages aux teintes de cuivre. On dirait que les baraques de toile oscillent sur le vaste roulis humain. ”
Anatole de La Forge,
La peinture contemporaine en France
(1856)
“ C'est là-bas, bien loin au delà des Alpes, sous les couronnes de pins sylvestres, dans ces contrées embaumées de fleurs, rafraîchies par les brises de la mer, réchauffées par les rayons du soleil, qu'un artiste se sent vivre et peut travailler et grandir ! ”
Anatole France,
Les dieux ont soif
(1912)
“ Faite pour goûter de paisibles jouissances, Élodie depuis plus d’un jour s’effrayait de mêler, sous les baisers d’un amant tragique, aux impressions voluptueuses des images sanglantes : elle ne répondit rien. Évariste but comme un calice amer le silence de la jeune femme. — Tu le vois bien, Élodie : nous sommes précipités ; notre œuvre nous dévore. Nos jours, nos heures sont des années. J’aurai bientôt vécu un siècle. Vois ce front ! Est-il d’un amant ? ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ Ma haine s'est changée en un amour profond: Voici croître en mon coeur guéri de ses chimères L'ennui des voluptés dont on touche le fond Et le morne dédain des choses éphémères. Vivre dans l'instant n'est que trembler et souffrir. ”
Anatole France,
La Révolte des anges
(1914)
“ En attendant l’heure de délivrer les cieux, il méditait le salut de l’humanité renouvelée et avait hâte de consommer la ruine de ce monde mauvais, pour élever sur ses cendres, aux sons de la lyre, la cité radieuse de joie et d’amour. ”
Anatole France,
Monsieur Bergeret à Paris
“ Et tu ne veux pas être juste. Tu regardes comme une figure étrangère la face blanche de la Justice, divinité nouvelle, et tu rampes devant les vieux dieux, noirs comme toi, de la violence et de la peur. ”
Anatole de Ségur,
Témoignages et souvenirs
“ Qui ne trouverait son courage timide à côté de votre courage, son dévouement égoïste, ses sacrifices intéressés ? Qui ne sentirait son amour de Dieu et des hommes tiède et languissant auprès de votre amour ? ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ En vain la plus célèbre danseuse captive l’attention du public, Valentine profite de ce moment pour se livrer au plaisir de revoir Anatole, mais l’expression d’un bonheur dont il ne se croit pas la cause, lui devient bientôt insupportable. Son désespoir s’en irrite, il veut fuir pour en cacher l’excès. Déjà il n’a plus qu’un pas à faire pour être à jamais séparé de celle qu’il adore. ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ Les chagrins, les obstacles, tout disparaît devant l’idée d’être aimée ; on croit sincèrement que l’amour a borné son ambition à cet excès de félicité, et l’on défie le malheur. Heureuse illusion, dont rien ne remplace la perte ! Absorbée dans sa douce rêverie, Valentine se demandait comment Anatole pouvait avoir conçu pour elle un sentiment aussi vif, sans la connaître. À cette question fort raisonnable, son cœur répondait par un retour sur lui-même qui lui expliquait mieux ce mystère que n’auraient pu le faire tous les calculs de son esprit. ”
Anatole de La Forge,
La peinture contemporaine en France
(1856)
“ Chacun trouve dans le contenu de ce modeste cadre un reflet de quelque souvenir intime, une douce réminiscence des premières impressions de la jeunesse et de ses heures trop rapides, emportées par le courant de la vie comme les feuilles de rose par le souffle du vent. ”
Anatole de La Forge,
La peinture contemporaine en France
(1856)
“ En résumé le Massacre de Scia est un témoignage de la civilisation contre la barbarie ; c'est la cause d'une grande nation devenue la proie des exterminateurs. On ne sent pas seulement là le savoir-faire d'un grand peintre, on sent encore l'élan généreux d'un grand cœur. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ Il nous avertit de ne point mettre notre espoir en elle : « Ne vous appuyez point sur un roseau qu’agite le vent, et n’y mettez pas votre confiance, car toute chair est comme l’herbe, et sa gloire passe comme la fleur des champs. » ”
Anatole Le Braz,
La terre du passé
“ Ciel lumineux; mer calme, zébrée de grandes moires, toute pailletée d'argent clair; brise intermittente et lourde, tel qu'un air chaud remué par un éventail. A notre droite, défilent tour à tour l'arête du môle, les pentes arides et tourmentées des dunes de Trez-Cadek, puis la longue traînée de roches abruptes que domine le sémaphore de l'Hervilly... Nous sommes au large. L'azur glauque des eaux s'est épaissi; les remous se font plus sonores à l'avant de la barque, et le vent bruit d'un souffle plus ample. ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ La malignité fit bientôt l’application de ces paroles à madame de Saverny. Les chuchotements des femmes et cet empressement à mettre leur éventail devant leur visage pour cacher un rire moqueur que décelait leur attitude, apprirent sans peine à la marquise le succès qu’obtenait la fatuité du comte. ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ Ô vous, que de funestes passions égareront peut-être un jour, que ne pouvez-vous contempler leur hideux effet sur le cœur et les traits de cette femme jeune et belle ! La pâleur de la mort couvre son visage ; son regard éteint ne se ranime que lorsqu’un projet de vengeance vient flatter son imagination. Cette bouche qu’embellissait l’expression d’une gaieté piquante, ne sourit plus qu’à l’idée de punir l’innocence du crime d’être aimée ”
Anatole Le Braz,
Au pays des pardons
“ C’est comme un défilé d’ombres dans la nuit. Les vieilles citadines, aux délicieuses cornettes d’autrefois, étouffent leurs pas menus dans des chaussons de ouate, les mains dissimulées sous l’ampleur des manches, à la façon des nonnes. ”
Anatole Le Braz,
Au pays des pardons
“ Le tintamarre des cuivres bouleverse l’harmonie de son rêve intérieur qu’elle ose à peine se murmurer à elle-même. Pour moi, tout ce bruit me choquait d’autant plus, en cette circonstance, que je savais de quelle réserve délicate s’enveloppe au pays de Tréguier le culte de saint Yves. ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ Peut-être avait-il prévu qu’en mettant son esprit à l’abri des dangers de la séduction, elle n’en aurait encore que trop à vaincre pour son cœur. Une longue habitude du monde avait démontré à M. de Saverny que le plus grand malheur d’une femme n’est pas de succomber au sentiment qu’elle éprouve, mais au caprice qu’elle inspire ; et sa tendresse vraiment paternelle pour Valentine, avait voulu la préserver du malheur si commun d’être dupe de la vanité d’un fat ou de la légèreté d’un étourdi. ”
Sophie Gay,
Anatole
(1815)
“ « Quoi ! ce délire enchanteur dont je vois partout les traces, ce feu qui anima le Tasse et Pétrarque, cette reconnaissance divine qui naît des faveurs d’un sentiment partagé ; enfin, tous ces bienfaits de l’amour, je ne les connaîtrai jamais : réduit au misérable avantage de profiter d’un instant de caprice ou des calculs de l’intérêt, je dois mourir sans rencontrer un cœur qui réponde jamais aux battements du mien. » La duchesse, affligée de le voir se livrer ainsi aux idées d’un malheur sans espoir, imagina de distraire Anatole par un voyage à Paris. ”
