“ Enfin l’un des deux cerfs, celui que la Nature Arma trop faiblement pour la lutte future, S’abat, le ventre ouvert, écumant et sanglant. L’œil terne, il a léché sa mâchoire brisée ; Et la mort vient déjà, dans l’aube et la rosée, Apaiser par degrés son poitrail pantelant. Douce aux destins nouveaux, son âme végétale Se disperse aisément dans la forêt natale ; L’universelle vie accueille ses esprits : Il redonne à la terre, aux vents aromatiques, Aux chênes, aux sapins, ses nourriciers antiques, Aux fontaines, aux fleurs, tout ce qu’il leur a pris. ”
Anatole France
Résumé
Poésie, recueil d’Anatole France, explore les thèmes de la nature, de la mort et de l’immortalité à travers des images symboliques et des réflexions existentielles. Des figures comme Daphné, les Dieux ou les Démons apparaissent dans des scènes lyriques où l’argile, l’ambroisie ou l’aube deviennent des métaphores de l’âme.
Les citations révèlent une tension entre le temporel et l’éternel, illustrée par des personnages tels que Tannhæser ou Hippias. Publié dans un contexte littéraire marqué par le Parnasse contemporain, ce recueil mêle poésie descriptive et spiritualité, inscrivant l’individu dans un cosmos où vie et mort s’équilibrent.
Citations de ''Poésie'' (Anatole France)
“ Réveille-toi, maîtresse ! O femmes, qu'on la porte En sa litière. Hélas ! voyez-vous sa pâleur ? Cette méchante enfant l'a tuée, ô douleur ! DAPHNE. Qu'on apporte l'anneau, le voile et la couronne ! Jésus, prince jaloux, prends celle qu'on te donne. Rends la vie et l'espoir, mère, à ton front pâli ; Mère, rassure-toi, ton vœu sera rempli. Les femmes esclaves ont emporté Kallista. SCÈNE VSCÈNE V DAPHNE. Cher Hippias, un vœu t'a pris ta fiancée ! Nous n'achèverons pas l'union commencée. Oh ! trois fois malheureux parce que je te plus, Ne reviens plus jamais ici, ne reviens plus ! ”
“ Sous les branches de saule en la vase baignées Un peuple impur se tait, glacé dans sa torpeur, Tandis qu’on voit sur l’eau de grêles araignées Fuir vers les nymphéas que voile une vapeur. Mais, planant sur ce monde où la vie apaisée Dort d’un sommeil sans joie et presque sans réveil, Des êtres qui ne sont que lumière et rosée Seuls agitent leur âme éphémère au sommeil. Un jour que je voyais ces sveltes demoiselles, Comme nous les nommons, orgueil des calmes eaux, Réjouissant l’air pur de l’éclat de leurs ailes, Se fuir et se chercher par-dessus les roseaux, Un enfant, l’œil en feu, vint jusque dans la vase ”
