“ « Ses yeux ressemblent à deux étoiles, ses cheveux ont la couleur de l’or, son cou et ses deux seins sont aussi blancs que la neige, sa voix mélodieuse charme et endort. Les marins du pays, quand ils l’entendent, se disent avec frayeur : « Éloignons-nous, Ahès est sortie de son palais, le mauvais temps est proche, et si nous tardons, nous serons jetés sur les rochers, pour dormir d’un sommeil éternel. » ”
Ahès
Définition et enjeux
Citations sur “Ahès”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ La nuit était tout à fait venue. Malgré le froid, Ahès avait laissé les fenêtres grandes ouvertes sur le large. A l’imitation des villas romaines, de légers treillis, en s’écartant, donnaient beaucoup d’air et de jour. Anxieusement, elle regardait dans les ténèbres ; elle attendait. Il lui semblait que cette attente ne finissait pas. Enfin elle entendit des cris d’oiseaux, un froissement d’ailes. Une mouette entrait en tournoyant, s’abattait sur le sol. Ahès eut un cri de joie. Elle étendit la main pour la saisir et l’embrasser ; mais d’un brusque mouvement de recul, elle la rejeta. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Elles parlaient à Rhuys, comme autrefois, dans un murmure. Mais pour l’homme qui allait mourir, toutes ces voix n’avaient qu’un son ; toutes les belles Gauloises laissaient flotter sur les vagues les mêmes chevelures fauves ; tous ces yeux n’avaient qu’un regard, le regard vert aux reflets changeans, que les paupières voilaient à demi pour en garder le mystère. Etait-ce Ahès, vraiment ? Ou plutôt, Ahès n’était-elle pas l’incarnation de cette mer attirante dont les fées chantaient, toutes les nuits, le cantique de douleur ? ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Que faire ? Ahès était sans armes, et déjà trop loin pour appeler à l’aide. Les loups arrivaient en une course rapide et muette : ils étaient nombreux, étendus en un demi-cercle menaçant. Déjà ils touchaient presque les brebis qui, tremblantes, effarées, s’échappaient à droite et à gauche. Instinctivement, Ahès se baissa pour saisir une pierre, au hasard... Alors le petit pâtre eut un cri incompréhensible : « Gwennolé, père, au secours ! au secours ! » Ahès connaissait, pour l’avoir entendu prononcer par de rares chrétiens, le nom du saint le plus populaire de l’Armorique. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Et Ahès n’était-elle pas l’une d’entre elles, dans sa pâleur tragique, dans sa robe de pourpre qu’une blessure invisible semblait teindre toujours ? Et ainsi, comme hors de lui-même, flottant, à demi inconscient entre la réalité et le songe, il reprit : — Tu pourrais dire : « Pars ! » Et moi, quand je serai libre ; quand la terre s’ouvrira devant mes pas ; quand, de nouveau, je me sentirai assez vivant, assez fort, pour braver même la chute des cieux sur ma tête... ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Dans cette race, où si longtemps les femmes étaient consultées, dans les assemblées, et décidaient du sort des peuples, leur influence morale s’était toujours maintenue, quoique sous une forme différente. Ahès sentait bien que Rhuys la considérait comme un être à part, d’une essence plus pure et plus haute, et que, dans l’esprit du Celte, elle se mêlait aux déesses et aux fées, et à ces belles mortes qui passaient, immatérielles et blanches, par les nuits d’étoiles. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Absorbée dans ses pensées, Ahès ne s’était pas aperçue que les dernières notes du chant mélancolique restaient en suspens. Elle avançait toujours. Maintenant elle surplombait le pli de terrain où s’abritait le troupeau, lorsqu’un cri d’effroi l’arracha à elle-même. Là, à quelques pas, le jeune pâtre courait en appelant ses brebis. Et tout à coup, les chiens hurlèrent de terreur. Une bande de loups se ruaient vers eux à travers la plaine. ”
Gabriel Vicaire,
Au pays des ajoncs
“ À cheval, sauve-toi ! Le moment est venu. — Et Gralon, hors de lui, grelottant, presque nu, Pleure et crie : — Oh ! ma pauvre ville sans défense ! Tous deux partent sous les éclairs, au son des glas. Ils vont, ils vont vers le salut, vers la campagne. La voix terrible de la mer les accompagne ; Il leur faut enjamber des morts à chaque pas. Et juste à la même heure, au milieu des décombres De ces mille palais qui n’ont plus de vivants, Ahès errait à droite, à gauche, à tous les vents, Belle en son désespoir, comme l’esprit des ombres. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Ker Is était bâtie dans une situation délicieuse, tout au bord des flots, blottie dans les arbres et dans les fleurs comme un nid dans les haies. Le climat y était plus doux ; les bardes y chantaient ; la vie s’amollissait, là, pour une population moins rude ; et enfin, et surtout, Ahès, la fille bien-aimée de Gradlon, y demeurait de préférence. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Deux fois, Ahès serra ses mains à les briser pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas ; qu’elle n’était pas, comme dans la forêt, le jouet d’une hallucination. Mais non. Elle avait les yeux grands ouverts ; elle était bien certaine d’avoir conscience d’elle-même puisqu’elle pensait : « Si Rhuys était là, il nous sauverait. » De quelque côté qu’elle se tournât, personne ne marchait à travers la lande. Aucune ombre n’avait passé dans la limpidité froide de la nuit : ni un bruit de pas, ni un souffle... Et cependant un homme était là, debout, vêtu d’une robe de moine. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Ahès avait la passion de sa terre où flottaient les brumes, des forêts antiques aux ombres vertes, du chant de cristal des sources, et du silence des landes arides. Plus que tout au monde elle aimait le triste, le sauvage Océan. Gradlon, pour lui plaire, avait fait bâtir son palais au sommet d’une roche battue des vagues, et, par la fantaisie de cette enfant, Ker Is s’était groupée à ses pieds, en un jour, comme une ville de rêve, en dépit de la menace constante des flots. ”
Gabriel Vicaire,
Au pays des ajoncs
“ Ô douce de mon âme, ô toi qui me rends fou, J’ai grand désir de voir la clef de vos écluses ! Tu l’as sûrement. — Las ! mon amour, tu t’abuses. C’est le vieillard Gralon qui le porte à son cou. En sa chambre de moine, à cette heure, il repose. Comment faire ? — Vraiment, trembles-tu pour si peu ? Et dans les yeux d’Ahès il met ses yeux de feu ; Il baise sa main blanche et ses lèvres de rose. Gracieux comme un ange au clair du firmament, Tant la vieillesse avec l’innocence a de charmes, Le roi dormait, le cœur dolent et tout en larmes. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Le mot sembla éveiller dans la vieille forêt des échos endormis. Un frisson passa dans les veines du roi comme, la veille, au rêve d’Ahès. Cet homme était le fils de ceux qui résumaient en eux toute l’antique sagesse, qui tenaient dans leurs mains le présent, et l’avenir... — Maître, dit Gradlon d’une voix changée, est-ce qu’ils t’apprenaient les choses que nous ne savons plus ? — J’ai recueilli sur leurs lèvres les vingt mille vers qui renfermaient toute la science humaine. J’ai tout appris. J’ai tout oublié. Il y a en moi comme un vaste ossuaire, et mon âme me semble morte comme mes dieux. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Le druide lui dit quelques mots à voix basse. Quand le premier rayon du soleil tomberait sur les vagues, alors... Elle déferlait, encore voilée de brume, la mer sauvage. Rhuys la regarda d’un regard suprême. Dans son âme vide, aucune consolation ne se levait ; aucun appel au dieu lointain dont il n’approcherait jamais, même par ce sacrifice sanglant. Il allait vers une autre vie, mais quelle vie ? L’ombre d’Hésus glaçait jusqu’à sa foi en l’immortalité. Alors, dans le besoin instinctif de se rattacher à quelque chose, les mots d’Ahès retentirent dans son cœur désert. ”
Gabriel Vicaire,
Au pays des ajoncs
“ Se signe, et frappe Ahès qui roule au premier flot. D’un brusque mouvement toute la mer recule. Elle écrase Kéris de son linceul croulant. À l’horizon des bois se lève un jour sanglant, Et cette aurore a des reflets de crépuscule. Gralon chevauche près du saint, l’œil égaré. Ses mains tremblent de peur et sa vieille âme souffre. Il a vu son enfant s’abîmer dans le gouffre ; Il entendra toujours son cri désespéré. Mais voici qu’au sommet de la plus haute vague S’allume on ne sait quoi qui scintille en dansant. Au ras des flots s’égrène un rire éblouissant. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Les Celtes revenaient toujours à l’endroit où une mort violente les avait saisis... Il ne reviendrait pas, lui. Elle lui dirait : « Cherche l’endroit où l’on t’a tué. Je l’ai effacé de la terre. » Elle grandissait de toutes ces pensées sauvages, jusqu’à n’être plus qu’une incarnation de la race. Mais l’âme farouche de ses pères demeurait naïve jusque dans ses fureurs. Ces êtres passionnés et mobiles abandonnaient souvent leurs projets cruels. On avait vu des haines vivaces s’arrêter devant les larmes d’un enfant... Ahès ne songeait même pas à ces reviremens possibles. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Je n’ai peur d’aucune lutte. On vit quand on veut vivre. Et à ce moment, dans un frisson, elle revit le présage qu’elle implorait la veille ! La mouette qui lui avait laissé aux mains des taches rouges, et qui mourait haletante, levant et laissant retomber sa tête fine en saccades brusques, en appels désespérés à la vie. VI Vous, célèbres par la connaissance des choses cachées, si, comme vos pères, vous lisez dans les ténèbres, vous, druides... LUCAIN. Le lendemain de grand matin, comme elle l’avait dit à Rhuys, Ahès partait avec son père et une suite nombreuse. ”
Anatole Le Braz,
Le gardien du feu
“ Le reflet du secteur vert, en passant sur elle, l’enveloppa d’une lumineuse buée glauque. Elle me parut Ahès en personne, Ahès, la Messaline des ondes, tout à coup surgie des gouffres du Raz pour son éternelle besogne d’incantation, de luxure et de mort ! ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Ahès songeait : « Est-ce mon rêve qui le frôle en passant ? » Elle dit tout haut : — Pour me conformer aux conseils que donnent les moines, je vais voir les prisonniers de temps en temps. Ils ne-regrettent que leur liberté. Ils ne se plaignent jamais de vous, père. Vous ne les torturez pas, vous ne Unir faites souffrir ni la faim ni la soif. Et les Saxons sont si cruels pour leurs captifs ! Mais vous êtes chrétien... — Ce n’est pas à cause des moines que j’agis ainsi, dit impatiemment Gradlon. Un prisonnier de guerre reste un compagnon d’armes. ”
Paul Féval, Les tribunaux secrets : ouvrage historique… (1864)
“ Nous irons. nous irons tous, et que tout lâche soit châtié comme il le mérite. Un nouveau silence se fit, pendant lequel tous les regards se tournèrent vers Ahès. Allés seule n'avait encore rien dit. Elle semblait réfléchir. - Sa main vacillante tenait sa coupe à demi vide. - Soit ! dit-elle enfin. l'idée n'est pas de moi. je neveux plus que mon seigneur Owen puisse dire qu'il n'a pas de pouvoir dans le palais d'Ahès. Nous affronterons les prétresses de l'île de Sein. mais prenez garde!. Et malheur à celui qui reculera! Elle présente sa coupe à Owen Dyarm qui la remplit jusqu'aux bords. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Mais au moment où Arzel mettait le pied dans la barque du soldat, elle tomba percée de flèches. — Et il ne sut pas la défendre ! Il ne sut pas les tuer toutes ? — C’était la déesse qui tirait les flèches, dit Ahès avec ferveur. On ne peut rien contre les dieux. Un autre chef, dans des temps plus proches de nous, aborda de nuit l’île de Sein. Il voulait enlever une femme qui s’était enchaînée là pour le fuir. Elle le laissa s’approcher et lui planta un poignard dans le cœur d’une main si sûre qu’il tomba mort, sans un cri. — Tu aurais fait cela ? demanda Rhuys. ”
Hyacinthe Langlois, Itinéraire complet du royaume de France… (1822)
“ Les négocians de Tours et Falaise y portent leurs draperies. Cette ancienne ville est située au centre du Finisterre, sur une montagne élevée , dont l'accès est facile à défendre. Carhaix, Kcraës ou Ker-Ahès, est un des points sur lesquels l'érudition bretonne s'est le plus essayée. On a prétendu quelle - tirait son nom de la princesse Ahès, fille de Conan Mériadec, ou du roi Gralon ; elle la fit bâtir, l'enrichit surtout de chemins superbes; l'un d'eux conduisait à Brest, et l'autre menait à Nantes; on en voit encore des vestiges nommés en langue des habitans Kend-Ahcs, chemin d'Ahès. ”
Édouard d' Anglemont, Nouvelles légendes françaises… (1833)
“ La tradition ajoute que la princesse Ahès, livrée à d'infâmes liaisons avec un ennemi de son père, s'était engagée à donner la couronne à son amant ; qu'afin d'accomplir cette criminelle entreprise , elle se rendit dans la ville d'Is, accabla son père de caresses, de soins, et lui déroba la clef d'or d'où dépendaient les destinées d'un peuple ; que , peu d'instans après, la mer roula sur la cité ; que la princesse fut engloutie par les flots ; et que Grallon vint à Quimper pleurer sa fille et la ville d'Is. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Ronan laissa le sentier à la lisière de la forêt et s’engagea sous les chênes. Gradlon arrêta son cheval jusqu’à ce qu’il l’eût vu disparaître... Alors le roi se sentit seul, et il eut froid. IV La femme apporte le sommeil à la douleur. LIWARC’H-HEN. Longtemps, accoudée à la fenêtre, Ahès avait suivi des yeux le roi qui s’éloignait ; et il fallut le froid piquant de novembre pour la rappeler à elle-même et l’obliger à rentrer. Elle avait un besoin absolu de silence et de solitude. ”
M. Reynes-Montlaur, Revue des Deux Mondes
“ Il mourrait devant tout le peuple : ce peuple apprendrait alors ce que valaient leurs ennemis. Rhuys ne demanda même pas pourquoi le caprice cruel. Et il écouta vaguement les explications incohérentes du druide ; les dieux l’appelaient ; les dieux voulaient une victime, ou ils menaçaient de perdre Ker Is tout entière sous les flots. Il apprit aussi que le roi serait absent par la terreur de déplaire à des prêtres nouveaux, ennemis des rites sanglans ; Ahès serait absente aussi. Elle ignorerait cette mort, — cette fête, — car les dieux d’abord l’avaient demandée ”
Anonyme, Le roman d'Aquin ou La conquête de la Bretaigne par le Roy Charlemaigne
“ V. 2823. — Sire, ms. sires. V. 2825. — ....Le grant chemin ferré Que fist la femme Ohès le veil barbé. Ce chemin ferré se trouve, d’après la chanson elle-même, entre Corseul et Carhaix. L’auteur d’Aquin paraît ignorer les autres hent-aës, notamment celui que l’armée de Carlemagne va suivre de Carhaix à la mer et qui coupe la base de la presqu’île de Crozon. Cf. v. 872. La dame qui crée les chemins n’est dans la chanson que la « famme Ohès », l’auteur paraît avoir inventé le seigneur Ohès pour placer l’histoire de la Groarc’h Ahès. Le nom même d’Ahès ne se trouve pas dans la chanson. ”
Livre d’Ésaïe, Ancien Testament
“ Ésaïe 7 Il arriva, du temps d’Achaz, fils de Jotham, fils d’Ozias, roi de Juda, que Retsin, roi de Syrie, monta avec Pékach, fils de Remalia, roi d’Israël, contre Jérusalem, pour l’assiéger ; mais il ne put l’assiéger. On vint dire à la maison de David : Les Syriens sont campés en Éphraïm. Et le cœur d’Achaz et le cœur de son peuple furent agités, comme les arbres de la forêt sont agités par le vent. Alors l’Éternel dit à Ésaïe : Va à la rencontre d’Achaz, toi et Schear-Jaschub, ton fils, vers l’extrémité de l’aqueduc de l’étang supérieur, sur la route du champ du foulon. ”
Joseph Morey, La vigne de la Motte de Vesoul… (1867)
“ Il conduisait avec lui, au pays d'outre-mer, six écuyers et vingt archers, tous de sa terre. Les deux archers les plus habiles étaient, l'un de Franchevelle, nommé Thierry, l'autre de Quers, nommé Guillaume. Je leur avais recommandé en secret de veiller toujours sur le cher sire, et de conserver de tout leur pouvoir une vie aussi précieuse. Ils se sont bien acquittés de leur devoir et sont devenus des martyrs que Dieu a reçus dans son saint paradis. Arrivé en Palestine, Aymes fit bientôt sentir aux Sarrasins la force de son bras. ”
Victor Duruy,
Abrégé d'histoire ancienne : avec des cartes géographiques…
(1862)
“ Achaz, qui abandonna la religion nationale pour les superstitions idolâtriques des nations étrangères, vit s'unir contre lui Razin, roi de Damas, et Pliacée, roi d'Israël. « Son cœur trembla, comme dans les forêts tremble la cime des arbres que bat la tempête. » Cependant les deux rois furent contraints de lever le siège de Jérusalem; on a vu que Achaz n'en appela pas moins à son aide le roi d'Assyrie Théglat-Phalasar, qui réduisit * royaume d'Israël aux plus dures extrémités, renversa celui de Syrie, et exigea du roi de Juda un tribut avec l'abandon du port d'Élath sur la mer Rouge. ”
