M. Reynes-Montlaur

Résumé

M. Reynes-Montlaur Revue des Deux Mondes

Vie contre vie. Tu choisiras.
Rhuys ! s’écria Gradlon au bout d’un instant. Il est à moi. Je l’ai gardé en otage. Je te l’enverrai, tu le tueras ici.
— Non, dit résolument le druide. Non, là-bas, dans une réparation aux dieux que tu as reniés et auxquels tu reviens, malgré toi-même. Là-bas, sur cette digue que, dans sa fureur, Hésus a renversée trois fois.
— Comment sais-tu ? balbutia le roi interdit.
— Tu pourras bâtir sur son sang, continua le vieillard sans l’entendre. Ton peuple sera à l’abri des flots, et ta fille sera sauvée. Ce Rhuys est-il des nôtres ?
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Et maintenant, partout où sont les moines, même cela est impossible.
— J’aime les moines sans les connaître, dit Ahès avec un frisson.
— Oui, ajouta Gradlon, moi aussi je les aime, et je n’oublie pas que je suis chrétien. Tu sais si je les protège en temps de paix. Dans la guerre, ils m’obsèdent. Tout le vieux fonds se lève et se révolte en moi. Leurs discours me sont à charge. Qu’ont à faire ces gens d’Eglise dans les combats, puisqu’ils ont peur du sang ?... Je voudrais être avec leur Dieu, ici, et dans leur temple, et quand je mourrai, pour qu’il ne me livre pas à des supplices sans fin.
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Deux fois, Ahès serra ses mains à les briser pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas ; qu’elle n’était pas, comme dans la forêt, le jouet d’une hallucination. Mais non. Elle avait les yeux grands ouverts ; elle était bien certaine d’avoir conscience d’elle-même puisqu’elle pensait : « Si Rhuys était là, il nous sauverait. » De quelque côté qu’elle se tournât, personne ne marchait à travers la lande. Aucune ombre n’avait passé dans la limpidité froide de la nuit : ni un bruit de pas, ni un souffle... Et cependant un homme était là, debout, vêtu d’une robe de moine.
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