“ La barque contourne le Nerroch, un petit îlot, amas d’énormes rochers que la mer couvre d’écume, et y laisse par les chaleurs, dans les interstices de la pierre, le sel le plus fin. Cet îlot contourné, vous entrez de suite dans un bassin d’eau plus calme, et vous êtes étonné de trouver à l’ancre un vapeur ; c’est le Porstrein, bateau des Ponts-et-Chaussées ; quelques chasse-marée chargés de bois ou en relâche à l’Île ; des bateaux-viviers pleins de langoustes et de homards ; des canots se balançant à la lame ; des bateaux de pêche non armés. ”
Lucien Boulain
Résumé
Lucien Boulain, dans Raz de Sein, plonge le lecteur dans l’univers rude et magnifique des côtes bretonnes, entre les rochers de l’Île, les tempêtes du Raz et les mers déchaînées. À travers des descriptions détaillées des phares, des bateaux et des naufragés, l’auteur aborde les défis de la vie maritime, la force des marins et la vulnérabilité humaine face aux éléments.
Les habitants de l’Île, soumis aux caprices de la mer, incarnent une bataille quotidienne pour la survie, tandis que le phare de l’Armen devient un symbole de sécurité et de solidarité. Ce récit, ancré dans la réalité des côtes bretonnes, mêle poésie des paysages et dureté de la vie.
Citations de Raz de Sein (Lucien Boulain)
“ Tout ce que je viens de dire n’est pas pour effrayer le voyageur qui se rend à l’Île. Bien que vous soyez entré dans le Raz, ne craignez rien ; les marins qui vous conduisent sont habiles et la barque solide, vous arriverez sûrement à bon port. Dans tous ces courants, affirment les pilotes, c’est l’oreille qui guide, et ils tiennent la barre d’une main ferme. Ne redoutez pas le mal de mer : on n’est malade que parce que l’on se dit par avance qu’on le sera. Cette traversée est la terreur des femmes de l’Île qui, plus que les autres, paient ce tribut à la mer. ”
“ De là, la vue s’étend au loin, on domine toute l’Île, le Raz, la baie des Trépassés, les côtes de Cléden-Cap-Sizun, la Chaussée de Sein, le large en un mot. Quelquefois apparaissent les îles de l’archipel d’Eussa, du moins l’île Molène. Le jour et le soir, passent à proximité des steamers de toute nationalité. Quand, la nuit, ils poursuivent leur marche, leur route éclairée par leurs feux, blanc et rouge, en dansant sur les flots, ils semblent vous saluer. De tous les phares qui vous environnent, le plus rapproché est le phare de l’Armen. ”
