“ La barque contourne le Nerroch, un petit îlot, amas d’énormes rochers que la mer couvre d’écume, et y laisse par les chaleurs, dans les interstices de la pierre, le sel le plus fin. Cet îlot contourné, vous entrez de suite dans un bassin d’eau plus calme, et vous êtes étonné de trouver à l’ancre un vapeur ; c’est le Porstrein, bateau des Ponts-et-Chaussées ; quelques chasse-marée chargés de bois ou en relâche à l’Île ; des bateaux-viviers pleins de langoustes et de homards ; des canots se balançant à la lame ; des bateaux de pêche non armés. ”
Lucien Boulain
Élements biographiques
Lucien Boulain (1837-1950), écrivain français dont l’œuvre s’ancre dans les paysages et les récits de la Bretagne, explore avec précision les dynamiques maritimes, les légendes locales et les conflits historiques.
À travers Raz de Sein et La Fontenelle, Vie du partisan ligueur, il dépeint une région à la fois hostile et mystérieuse, où la mer et les traditions populaires coexistent avec les tensions de l’histoire régionale. Son style, à la fois descriptif et narratif, célèbre les forces de la nature tout en interrogeant les enjeux humains, révélant un profond attachement à la géographie et à l’identité bretonne.
Citations de Lucien Boulain
“ Tout ce que je viens de dire n’est pas pour effrayer le voyageur qui se rend à l’Île. Bien que vous soyez entré dans le Raz, ne craignez rien ; les marins qui vous conduisent sont habiles et la barque solide, vous arriverez sûrement à bon port. Dans tous ces courants, affirment les pilotes, c’est l’oreille qui guide, et ils tiennent la barre d’une main ferme. Ne redoutez pas le mal de mer : on n’est malade que parce que l’on se dit par avance qu’on le sera. Cette traversée est la terreur des femmes de l’Île qui, plus que les autres, paient ce tribut à la mer. ”
Lucien Boulain, Souvenirs de la Basse Cornouaille…
“ Partout au-dessous de vous, ce sont des précipices profonds. Voici ce qu’en dit un écrivain qui a longtemps habité le pays et que nous avons tous connu. Soudain on domine un abîme effrayant dont les murs noirs comme s’ils portaient le deuil, rouges comme s’ils étaient éclaboussés de sang, vous renvoient le bruit curieux du combat marin qui se livre constamment au fond de ce trou si bien nommé l’Enfer... Voilà ce que dit M. Octave Mirbeau, encore ne parle-t-il pas des jours de tempête, où vous croyez entendre des nuées de diables enchainés, hurlant, se débattant... ”
