“ Un nouvel office de saint Yves, ses hymnes que les vieillards n’avaient pas encore oubliés, le concours empressé de toutes les paroisses du canton ; la cathédrale de Tréguier cachant les pierres rongées de ses vieux murs, sous des flots de bannières et de verdure, sa belle sonnerie annonçant à toutes les riches campagnes de Minihy et de la Presqu’île, la joie de ses habitants et l’approche de la grande fête, c’est Tréguier sortant de son long sommeil ! C’est saint Yves apparaissant plus radieux que jamais à nos jours mauvais. ”
Citations sur “Saint Yves”
“ Saint Yves, que la solennité que Nous préparons à vos vertus, Nous puisse, par vos mérites, apporter ce fruit ! Que nous ayons les miettes des grâces que le Saint-Esprit vous a départies ! Votre vie est une règle de bonnes mœurs, et votre mort est la porte de la vie. Faites-nous participants de ces dons, et obtenez de Dieu qu’il éloigne de nos cœurs les ténèbres des erreurs et des vices, afin qu’en quittant cette vie, nous soyons admis dans la compagnie des bienheureux avec lesquels nous vous honorons et bénissons. ”
“ L’homme disparaît devant le saint ! C’est la mémoire du saint qui couvre d’une brillante auréole tout le pays de Tréguier. Elle projette ses glorieux reflets sur la France tout entière, et la capitale du monde chrétien compte, parmi ses beaux monuments, l’église élevée par la piété des bretons, en l’honneur de saint Yves, non loin de celle de saint Louis, son illustre contemporain. ”
“ Nons avons parlé de Charles de Blois, duc de Bretagne, et de son double pèlerinage au tombeau de saint Yves. C’est ce prince qui se rendit à Avignon, près de Clément VI, pour presser le Souverain Pontife de procéder à la canonisation du saint prêtre. Il semblait pressentir sa fin prochaine et ne voulait pas cependant quitter la vie avant d’avoir vu honorer, sur les autels, son saint de prédilection. Par un effet de la Providence, les saints se connaissent et s’aiment d’un amour tout particulier dont le rayonnement est en Dieu. Qui était plus à même d’apprécier saint Yves que Charles de Blois ? ”
“ Oraison. O Dieu, qui avez donné saint Yves, votre confesseur, pour père aux pauvres, pour avocat aux veuves, pour tuteur aux orphelins ; accordez-nous, par son intercession, la grâce d’être enflammés d’une charité semblable, et de préférer aux biens temporels qui passent promptement, la perle précieuse de l’éternité. Nous vous le demandons par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il. ”
“ Le jeune Yves de Kermartin aimait à lire et à entendre chanter les guerz de ces bienheureux. Plus tard il aura voulu écrire lui-même leurs saintes vies. Ce recueil qui portait le titre de Fleurs de la Vie des Saints, aura été égaré avec tant d’autres documents sur lesquels a passé l’oubli des siècles. Est-il étonnant qu’au sein de cette atmosphère de piété, Aude du Quenquis se soit appliquée à en inspirer toute la ferveur à son fils, en lui disant chaque jour : Vivez, mon fils, de façon à devenir un saint ! Tel est le cadre brillant où Dieu plaça l’enfance de saint Yves. ”
“ Saint Yves allait être désormais pour elle ce qu’était le roi Arthur pour nos ancêtres, le protecteur et l’espoir du peuple et la gloire éternelle de la nation. Le corps du saint avait payé son tribut à la nature : il était retourné en poussière à l’exception des ossements qui étaient parfaitement conservés. On les exposa pendant plusieurs jours à la vénération des fidèles et l’on fut témoin, dit le Propre de Tréguier, de plusieurs prodiges merveilleux : une vertu miraculeuse sortait du corps du saint et plusieurs malades furent guéris ! ”
“ « Grand saint Yves, s’écria-t-elle, il sera donc dit que vous n’aurez pas pu guérir une pauvre femme comme moi ! Que dirai-je dans mon pays quand on parlera de votre puissance. Oh ! que je voudrais vous devoir ma guérison ! » Comme elle disait ces mots, elle se vit environnée d’une grande lumière ; une chaleur bienfaisante se répandit dans ses membres engourdis : c’était la guérison. La pauvre femme descendit seule de cheval et retourna à pied de Pontlosquet à Tréguier, pour rendre grâces au bienheureux et prier sur son tombeau. ”
“ Allons donc, mes braves gens de Goëllo, allons voir saint Yves, une fois encore. Il nous aime aussi, comme personne ne nous aime. Hélas ! on a beau travailler, le monde est dans la souffrance. Il ne peut en être autrement : Dieu est oublié ! Allons cette année au pardon pour voir la tombe nouvelle : pauvres et riches nous avons tous contribué à ériger ce monument de notre piété. Allons avec notre nouvel Evêque, allons jusqu’à Tréguier. Comme notre cœur débordera de joie au retour de cette fête ! ”
“ Dieu tout admirable dans vos saints, qui nous avez montré saint Yves comme un modèle de piété, faites que, comme il était plein de ferveur pour recevoir le sacrement de votre amour, nous qui sommes rassasiés du même pain céleste, nous sentions nos cœurs remplis de la même ferveur et du plus grand amour pour vous, et que notre vie demeure en vous et repose en vous, qui vivez et règnez pendant les siècles des siècles. ”
“ Que de fois n’avons-nous pas rencontré ces pieux habitants, s’en retournant, après avoir salué une dernière fois la croix de saint Yves, ou Crolaz ar salut, sur la lande de Pleumeur ! Partis le matin avec un morceau de pain sec en poche, la gaule de saule épluché dans une main, et le chapelet dans l’autre, ils ont bu de l’eau de la fontaine de saint Yves, fait à genoux le tour de son sanctuaire vénéré et baisé ses reliques ; et ils s’en retournent harassés de fatigue, mais remplis d’une sainte joie et pleins de confiance. ”
“ Quelquefois c’est une fête qui aura été célébrée avec plus d’éclat que de coutume, et qu’un chant bien rimé transmettra désormais à la postérité ; car chez nous, on ne retient guère que ce qui se chante ! Honneur à la pléiade des bardes qui se réunissent autour du tombeau de saint Yves pour célébrer sa gloire, comme les Pifferari, ces musiciens ambulants, qui s’arrêtent à Rome, devant chaque madone, pour jouer en son honneur les plus beaux airs de leur modeste répertoire ! ”
“ Ce fut aussi constamment la maxime de notre saint Yves, et il nous donne la mesure du modèle le plus achevé de la charité ; il donnait tout ce qu’il avait, puis invoquait la puissance de Dieu pour opérer le reste. Quand il passait dans les rues, il marchait la tête modestement baissée, saluait tout le monde avec bienveillance, mais, si c’était un pauvre, il y mettait plus de respect encore. Sa société ordinaire était celle des pauvres, et il fuyait autant qu’il le pouvait la compagnie des riches et des puissants. ”
“ Tréguier ne fut pas la seule ville bretonne à se montrer dévote à saint Yves, on peut même affirmer qu’il n’y a pas une seule église paroissiale, si modeste qu’elle soit, qui n’ait un autel ou du moins une image consacrée à la mémoire de ce grand saint, et un grand nombre de chapelles s’élevèrent bientôt en son honneur. Il y a peu de familles en Bretagne où son nom ne soit pas transmis de génération en génération, comme un héritage sacré, à l’un de ses nombreux enfants ; et, dans toutes les villes, une place publique, une rue au moins garde cette dénomination patriotique. ”
“ Et pour les pauvres si dignes de pitié et pour tous ceux qui souffrent où trouverait-on un meilleur patron que saint Yves ! Il n’est point une chapelle dans toute la Basse-Bretagne qui soit aussi élégante que sa chapelle. Si vous voulez prier, mais prier comme il faut, allez à Minihy-Tréguier, pour obtenir votre vœu. Comme il est doux de prier, quand on est dans la peine, là où pria autrefois ce grand saint ! Comme on est heureux de visiter le manoir béni où est né le plus grand saint de la Basse-Bretagne. ”
Charles Le Goffic,
Le Crucifié de Keraliès
(1892)
“ Ce saint Yves, c’est notre saint national à nous autres Bretons. De plus grand saint que lui, il n’y en a pas dans le ciel, dit un cantique, et, s’il n’est pas le bon Dieu, c’est sans doute qu’il ne l’a pas voulu. La justice humaine est sujette à faillir : celle de saint Yves jamais. ”
Ernest Renan,
Souvenirs d’enfance (E. Renan)
“ Saint Yves était l’objet d’un culte encore plus populaire. Le digne patron des avocats est né dans le minihi de Tréguier, et sa petite église y est entourée d’une grande vénération. Ce défenseur des pauvres, des veuves, des orphelins, est devenu dans le pays le grand justicier, le redresseur de torts. En l’adjurant avec certaines formules, dans sa mystérieuse chapelle de Saint-Yves de la Vérité, contre un ennemi dont on est victime, en lui disant : « Tu étais juste de ton vivant, montre que tu l’es encore, » on est sûr que l’ennemi mourra dans l’année. ”
“ Yves, dit-il, consacra tout son travail à la charité ; il ne lui faut pas d’autre récompense que le mérite de l’avoir pratiquée, surtout à l’égard des pauvres. Il s’en déclara le tuteur et l’avocat, et sans rien attendre d’eux, mais leur remettant tout ce qu’il aurait pu en exiger, il s’estime assez payé de ses soins, par le seul plaisir de relever les faibles qu’on opprime, et d’en être la ressource. Prenez garde, ajouta-t-il, en se tournant vers les juges, que saint Yves, au lieu d’être votre patron, ne soit un jour votre accusateur ”
“ Saint Yves, notre très doux défenseur et patron, p. p. n. Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous. Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous. Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous. Antienne. Ses bonnes œuvres sont affermies devant le Seigneur. Et toute l’assemblée des saints racontera ses aumônes. v. Heureux celui qui secourt l’indigent et le pauvre. R, Le Seigneur le délivrera au jour de l’affliction. Autre Ant. Saint Yves jugea en faveur de l’orphelin, il secourut l’opprimé, il défendit la veuve. ”
“ Tout cela ne nous donnerait pas encore le vrai type de saint Yves, mais nous pourrions au moins nous mettre ainsi en communication d’idées avec tous ceux qui ont honoré avant nous l’illustre saint qui fait la gloire de notre pays. Il y a certaines choses qu’il ne faut jamais omettre, sous peine de n’être pas compris : sa liasse de papier, son bréviaire pendu au bras, la bourse de ses aumônes et sa barrette à quatre angles [2] . Avec ces signes caractéristiques, le paysan breton comprendra toujours saint Yves. ”
“ L’Enquête de la canonisation ne le dit pas ; mais il faut bien le savoir et le dire une fois pour toutes, cette Enquête n’a pas la prétention de faire l’histoire de saint Yves. Les témoins qui se présentent ont pour but de faire ressortir la sainteté et la puissance, auprès de Dieu, du bienheureux Yves Héloury, et ne parlent qu’incidemment des faits se rapportant à l’histoire de sa vie. Souvent même ils avouent n’être pas bien sûrs de l’époque ni du lieu, ni du nom des personnes. ”
“ La cathédrale de Tréguier a reproduit, dans une splendide statue adossée au maitre-autel, le soi-disant portrait de saint Yves, peint sur une antique bannière, portée autrefois par les congréganistes, et qui était copié sur une miniature conservée dans la Bibliothèque nationale, à Paris. Dans la chapelle du Corre en Loquivy-Plougras, un bas-relief curieux représente notre saint en aube, distribuant du blé à une foule de pauvres habillés à la Henri IV. On les voit arriver avec leurs sacs vides et repartir ayant peine à porter leurs charges. ”
“ On y chante les hymnes et les cantiques composés en l’honneur du saint : et le discours du pardonneur, — ainsi s’appelle celui qui préside à la fête — a pour sujet quelqu’une des vertus du saint pasteur qui a évangélisé ce pays. Ce jour, on ne parle que de saint Yves, on ne prie que lui, et chacun des habitants en rentrant le soir dans son foyer, est heureux de pouvoir dire qu’il est sous la garde de ce grand patron. On doit à M. l’abbé Le Moine, le zélé recteur de Louannec, d’avoir fait revivre, d’une manière plus solennelle, le culte de saint Yves dans sa paroisse. ”
“ Il y avait cependant des prêtres séculiers, ordonnés le plus souvent comme bénéficiers au titre d’une paroisse, et généralement ils exerçaient le saint ministère pendant les premières années, au lieu de leur naissance. Ce n’était pas encore ce que l’on peut appeler le clergé paroissial, attaché à son clocher, vivant dans son presbytère, et dépendant de son évêque. C’est le moment que Dieu choisit, pour susciter en Bretagne un prêtre qui parut au milieu de son siècle avec la triple auréole de la sainteté, de la noblesse et du savoir. Nous avons nommé saint Yves de Kermartin ! ”
“ Son successeur, Alain Héloury, n’attendit pas la décision du pape qui tardait tant, au gré des Bretons ; il permit de rendre un culte public à saint Yves, dans toutes les paroisses de son diocèse. Au synode de 1354, il ordonna d’en faire l’office solennel, tous les lundi de l’année, quand la rubrique ne s’y opposerait pas. Ce culte que les Bretons purent ainsi rendre à leur illustre compatriote, les combla de bonheur, et ils se résignèrent à attendre avec patience le moment où l’Eglise prononcerait elle-même sur la sainteté de celui que tant de miracles signalaient à la vénération des fidèles. ”
“ Un homme est renversé sous la roue d’un moulin, on l’invoque, la chute rapide de l’eau s’arrête ; on retire le malheureux et il n’a reçu aucun mal. Le Souverain Pontife est affligé d’une fièvre ardente, et l’on croit qu’il va mourir. On invoque saint Yves pour lui et il recouvre subitement la santé. Le démon est chassé ; la peste qui infectait l’air est repoussée. La fureur de l’ennemi est apaisée et les ravages de la guerre sont arrêtés. Tout ce qui est demandé par l’intercession de saint Yves est accordé ; les grâces du ciel sont répandues avec abondance sur tous les pécheurs. ”
“ Si l’on veut faire une représentation des traits de saint Yves, il faut avoir égard à ces considérations, ainsi qu’à l’époque de sa vie que l’on aura en vue. Avocat, il était encore jeune, une trentaine d’années au plus. Official ou recteur, on doit lui donner une figure un peu plus âgée, mais jamais décrépite. À cinquante ans les bretons sont encore pleins de vigueur, et les macérations ne défigurent pas en général. Daniel et ses compagnons avaient aussi bonne mine dans le palais du roi de Perse que les jeunes gens de leur âge, élevés dans le raffinement du luxe et de la bonne chère. ”
Robert Louis Stevenson,
Saint-Yves : Aventures d’un prisonnier français en Angleterre
“ Mais que l’on imagine ma stupéfaction lorsque, parmi ces aristocratiques distributeurs de chansons, je reconnus mon misérable cousin, le vicomte de Saint-Yves ! Il marchait fièrement de groupe en groupe, dans la foule, offrant à chacun, du bout de ses doigts gantés de blanc, son ignoble papier, et criant, plus haut que les autres : « Vive le roi ! Vivent les Bourbons ! À bas le sabot corse ! » Au moment où il s’était approché de l’endroit où je me tenais, nos yeux se rencontrèrent. ”
“ De là on a une magnifique vue de Tréguier, penché en amphithéâtre jusqu’au beau port qui termine ce paysage. Mais hélas, c’était l’occasion d’un culte superstitieux, auquel se prêtait le quartier du voisinage, avec une complaisance trop coupable, « culte parasite, dit M. Ropartz, enté sur la sainte pratique d’un culte vrai. » Le chrétien instruit, au moment où se discutent devant les tribunaux son honneur, sa fortune et sa vie, invoque saint Yves avec confiance et attend avec plus de calme les décisions de la justice. ”
