“ Dieu tout admirable dans vos saints, qui nous avez montré saint Yves comme un modèle de piété, faites que, comme il était plein de ferveur pour recevoir le sacrement de votre amour, nous qui sommes rassasiés du même pain céleste, nous sentions nos cœurs remplis de la même ferveur et du plus grand amour pour vous, et que notre vie demeure en vous et repose en vous, qui vivez et règnez pendant les siècles des siècles. ”
Yves
Définition et enjeux
Le thème de « Yves » se rattache principalement à saint Yves, figure religieuse admirée pour sa charité et sa dévotion. Pierre France, à travers ses écrits, souligne son rôle de modèle spirituel et de défenseur des plus pauvres, tandis que Robert Louis Stevenson, dans Saint-Yves, le présente comme un personnage complexe, témoin d’un contexte historique mouvementé.
Ces visions divergentes, mêlant foi et récit littéraire, mettent en lumière une pluralité d’interprétations autour de cette figure, illustrée par des textes combinant prières et récits narratifs.
Citations sur “Yves”
“ Oraison. O Dieu, qui avez donné saint Yves, votre confesseur, pour père aux pauvres, pour avocat aux veuves, pour tuteur aux orphelins ; accordez-nous, par son intercession, la grâce d’être enflammés d’une charité semblable, et de préférer aux biens temporels qui passent promptement, la perle précieuse de l’éternité. Nous vous le demandons par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il. ”
“ Saint Yves, que la solennité que Nous préparons à vos vertus, Nous puisse, par vos mérites, apporter ce fruit ! Que nous ayons les miettes des grâces que le Saint-Esprit vous a départies ! Votre vie est une règle de bonnes mœurs, et votre mort est la porte de la vie. Faites-nous participants de ces dons, et obtenez de Dieu qu’il éloigne de nos cœurs les ténèbres des erreurs et des vices, afin qu’en quittant cette vie, nous soyons admis dans la compagnie des bienheureux avec lesquels nous vous honorons et bénissons. ”
“ Un nouvel office de saint Yves, ses hymnes que les vieillards n’avaient pas encore oubliés, le concours empressé de toutes les paroisses du canton ; la cathédrale de Tréguier cachant les pierres rongées de ses vieux murs, sous des flots de bannières et de verdure, sa belle sonnerie annonçant à toutes les riches campagnes de Minihy et de la Presqu’île, la joie de ses habitants et l’approche de la grande fête, c’est Tréguier sortant de son long sommeil ! C’est saint Yves apparaissant plus radieux que jamais à nos jours mauvais. ”
Robert Louis Stevenson,
Saint-Yves : Aventures d’un prisonnier français en Angleterre
“ Mais que l’on imagine ma stupéfaction lorsque, parmi ces aristocratiques distributeurs de chansons, je reconnus mon misérable cousin, le vicomte de Saint-Yves ! Il marchait fièrement de groupe en groupe, dans la foule, offrant à chacun, du bout de ses doigts gantés de blanc, son ignoble papier, et criant, plus haut que les autres : « Vive le roi ! Vivent les Bourbons ! À bas le sabot corse ! » Au moment où il s’était approché de l’endroit où je me tenais, nos yeux se rencontrèrent. ”
“ « Grand saint Yves, s’écria-t-elle, il sera donc dit que vous n’aurez pas pu guérir une pauvre femme comme moi ! Que dirai-je dans mon pays quand on parlera de votre puissance. Oh ! que je voudrais vous devoir ma guérison ! » Comme elle disait ces mots, elle se vit environnée d’une grande lumière ; une chaleur bienfaisante se répandit dans ses membres engourdis : c’était la guérison. La pauvre femme descendit seule de cheval et retourna à pied de Pontlosquet à Tréguier, pour rendre grâces au bienheureux et prier sur son tombeau. ”
“ Que de fois n’avons-nous pas rencontré ces pieux habitants, s’en retournant, après avoir salué une dernière fois la croix de saint Yves, ou Crolaz ar salut, sur la lande de Pleumeur ! Partis le matin avec un morceau de pain sec en poche, la gaule de saule épluché dans une main, et le chapelet dans l’autre, ils ont bu de l’eau de la fontaine de saint Yves, fait à genoux le tour de son sanctuaire vénéré et baisé ses reliques ; et ils s’en retournent harassés de fatigue, mais remplis d’une sainte joie et pleins de confiance. ”
“ Saint Yves allait être désormais pour elle ce qu’était le roi Arthur pour nos ancêtres, le protecteur et l’espoir du peuple et la gloire éternelle de la nation. Le corps du saint avait payé son tribut à la nature : il était retourné en poussière à l’exception des ossements qui étaient parfaitement conservés. On les exposa pendant plusieurs jours à la vénération des fidèles et l’on fut témoin, dit le Propre de Tréguier, de plusieurs prodiges merveilleux : une vertu miraculeuse sortait du corps du saint et plusieurs malades furent guéris ! ”
Pierre Loti,
Mon frère Yves
(1883)
“ Yves, qui entendit son cri rauque, vola à son secours, mais trop tard. Il redescendit de la hune, rapportant dans sa main sa pauvre perruche morte, aplatie, n’ayant plus forme d’oiseau, un mélange de sang et de plumes grises, au-dessus duquel remuait encore une pauvre patte crispée. Yves avait du chagrin, je le voyais bien dans ses yeux. Mais il se contenta de me la montrer sans rien dire, en mordant sa lèvre dédaigneuse. Puis il la lança à la mer, et le requin qui nous suivait la croqua comme une ablette. ”
“ Quelquefois c’est une fête qui aura été célébrée avec plus d’éclat que de coutume, et qu’un chant bien rimé transmettra désormais à la postérité ; car chez nous, on ne retient guère que ce qui se chante ! Honneur à la pléiade des bardes qui se réunissent autour du tombeau de saint Yves pour célébrer sa gloire, comme les Pifferari, ces musiciens ambulants, qui s’arrêtent à Rome, devant chaque madone, pour jouer en son honneur les plus beaux airs de leur modeste répertoire ! ”
“ Allons donc, mes braves gens de Goëllo, allons voir saint Yves, une fois encore. Il nous aime aussi, comme personne ne nous aime. Hélas ! on a beau travailler, le monde est dans la souffrance. Il ne peut en être autrement : Dieu est oublié ! Allons cette année au pardon pour voir la tombe nouvelle : pauvres et riches nous avons tous contribué à ériger ce monument de notre piété. Allons avec notre nouvel Evêque, allons jusqu’à Tréguier. Comme notre cœur débordera de joie au retour de cette fête ! ”
“ De même qu’un ruisselet bien-aimé de tous, donne à tous son eau limpide ; pour le salut du peuple, qu’il nous donne une voix pour chanter les éloges de sa vie ! Yves s’appliquait à l’étude, surpassait ses compagnons d’école par l’éclat de son esprit. Il les surpassait encore dans les sciences de la terre, et parut au monde avec une auréole d’une incomparable perfection. Les pauvres, les pupilles, les orphelins et tous les malheureux, étaient l’objet de ses prédilections ; et, en avocat distingué, il poursuivait gratuitement leurs causes pour les défendre. ”
“ La mer de Corail ! — C’est aux antipodes de notre vieux monde. — Rien que le bleu immense. — Autour du navire qui file doucement, l’infini bleu déploie son cercle parfait. L’étendue brille et miroite sous le soleil éternel. Yves est là, seul, porté très haut dans l’air, par quelque chose qui oscille légèrement ; il passe, dans sa hune. Il regarde, sans voir, le cercle sans limite ; il est comme fatigué d’espace et de lumière. Ses yeux atones s’arrêtent au hasard, car, partout, tout est pareil. ”
“ Il a loué notre saint Yves avec des accents dignes du plus grand orateur chrétien du grand siècle ; il a célébré, pour servir d’exemple au nôtre « le grand justicier et le grand serviteur des pauvres, dont la mémoire s’est enracinée si profondément dans l’esprit du peuple » ”
“ Nons avons parlé de Charles de Blois, duc de Bretagne, et de son double pèlerinage au tombeau de saint Yves. C’est ce prince qui se rendit à Avignon, près de Clément VI, pour presser le Souverain Pontife de procéder à la canonisation du saint prêtre. Il semblait pressentir sa fin prochaine et ne voulait pas cependant quitter la vie avant d’avoir vu honorer, sur les autels, son saint de prédilection. Par un effet de la Providence, les saints se connaissent et s’aiment d’un amour tout particulier dont le rayonnement est en Dieu. Qui était plus à même d’apprécier saint Yves que Charles de Blois ? ”
“ Tout cela ne nous donnerait pas encore le vrai type de saint Yves, mais nous pourrions au moins nous mettre ainsi en communication d’idées avec tous ceux qui ont honoré avant nous l’illustre saint qui fait la gloire de notre pays. Il y a certaines choses qu’il ne faut jamais omettre, sous peine de n’être pas compris : sa liasse de papier, son bréviaire pendu au bras, la bourse de ses aumônes et sa barrette à quatre angles [2] . Avec ces signes caractéristiques, le paysan breton comprendra toujours saint Yves. ”
“ Yves, dit-il, consacra tout son travail à la charité ; il ne lui faut pas d’autre récompense que le mérite de l’avoir pratiquée, surtout à l’égard des pauvres. Il s’en déclara le tuteur et l’avocat, et sans rien attendre d’eux, mais leur remettant tout ce qu’il aurait pu en exiger, il s’estime assez payé de ses soins, par le seul plaisir de relever les faibles qu’on opprime, et d’en être la ressource. Prenez garde, ajouta-t-il, en se tournant vers les juges, que saint Yves, au lieu d’être votre patron, ne soit un jour votre accusateur ”
“ Ce fut aussi constamment la maxime de notre saint Yves, et il nous donne la mesure du modèle le plus achevé de la charité ; il donnait tout ce qu’il avait, puis invoquait la puissance de Dieu pour opérer le reste. Quand il passait dans les rues, il marchait la tête modestement baissée, saluait tout le monde avec bienveillance, mais, si c’était un pauvre, il y mettait plus de respect encore. Sa société ordinaire était celle des pauvres, et il fuyait autant qu’il le pouvait la compagnie des riches et des puissants. ”
Robert Louis Stevenson,
Saint-Yves : Aventures d’un prisonnier français en Angleterre
“ « Vite, vite, Saint-Yves ! Coupez par le sentier de la carrière ! Nous ferons notre possible pour retarder ces gens-là ! — Je vous remercie mille fois, mon cher ami ; mais il m’est venu une autre idée. Flora, dis-je ensuite en prenant la main de ma bien aimée, nous allons nous séparer ! Les cinq minutes qui vont suivre auront pour moi une importance décisive. Soyez brave, mon trésor ! Et que vos pensées m’accompagnent jusqu’à ce que je revienne ! — Où que vous soyez, je penserai à vous ! Quoi qu’il vous arrive, je vous aimerai ! Courez, Anne, et que Dieu vous protège ! » ”
“ Le jeune Yves de Kermartin aimait à lire et à entendre chanter les guerz de ces bienheureux. Plus tard il aura voulu écrire lui-même leurs saintes vies. Ce recueil qui portait le titre de Fleurs de la Vie des Saints, aura été égaré avec tant d’autres documents sur lesquels a passé l’oubli des siècles. Est-il étonnant qu’au sein de cette atmosphère de piété, Aude du Quenquis se soit appliquée à en inspirer toute la ferveur à son fils, en lui disant chaque jour : Vivez, mon fils, de façon à devenir un saint ! Tel est le cadre brillant où Dieu plaça l’enfance de saint Yves. ”
“ C’est une grande et pieuse manifestation, à laquelle personne ne veut rester étranger ; et ceux qui ne peuvent assister à cette belle fête, y sont au moins présents par la pensée et le cœur ! Le marin qui voit de loin le clocher de son église, se découvre et le prie ; l’humble batelier qui descend ou remonte le large estuaire du Jaudy, commence à réciter, tout haut, la prière du soir ou du matin, dès qu’il entend l’Angelus de saint Yves, et ses compagnons lui répondent avec une touchante piété et un entrain admirable ! ”
Charles Le Goffic,
Le Crucifié de Keraliès
(1892)
“ Ce saint Yves, c’est notre saint national à nous autres Bretons. De plus grand saint que lui, il n’y en a pas dans le ciel, dit un cantique, et, s’il n’est pas le bon Dieu, c’est sans doute qu’il ne l’a pas voulu. La justice humaine est sujette à faillir : celle de saint Yves jamais. ”
Eugène Le Roy,
Au pays des pierres
“ Quelquefois ses yeux restaient obstinément fixés sur le bord des rochers d’où son amant avait surgi, la figure et les mains en sang, comme si elle eût cru le voir encore apparaître. « Ô Yves ! Yves, où es-tu ? » murmurait-elle en baisant la bague où leurs initiales étaient entrelacées. ”
“ Ils ont dû se faire bien des visites à Beauport et à Kermartin ! C’est cet Abbé qui l’assista à ses derniers moments. Il mourut lui-même un an après, à un âge très avancé. Rien ne frappe plus vivement l’âme de l’enfant que les premières impressions de sa vie. Les chants de l’Eglise, ses augustes cérémonies, les riches décorations de l’autel, l’harmonie de l’orgue, le son des cloches, tout cela se grave profondément et ne s’oublie jamais. Yves aimait à assister aux belles fêtes de Tréguier, comme aux simples messes qui se disaient à Notre-Dame de Coatcolvézou. ”
“ Yves, revêtu de son long manteau de bure blanche, pratiquant la pénitence à un degré qui nous effraie, fleurissant dans le monde, sans la protection du désert, sans l’abri du cloître, c’est bien, semble-t-il, l’idéal de la perfection à laquelle on ne parvient pas sans gloire ”
“ Dieu, par un miracle que le saint homme dissimulait de son mieux, lui rendait quelquefois les vètements dont il s’était dépouillé, et remplissait de blé le coffre ou arche qu’il venait de vider pour nourrir les malheureux. Aussi, plein de confiance dans cette bonté infinie, dont la providence s’étend jusqu’aux moindres créatures, Yves donnait toujours et donnait largement. Il n’y avait pas que les pauvres à lui demander l’hospitalité, les religieux mendiants aimaient aussi à descendre chez lui. ”
Pierre Loti,
Mon frère Yves
(1883)
“ Oui, répondit Yves d’une toute petite voix, devenue presque enfantine, et qui était drôle par contraste avec sa manière de tout à l’heure. À deux, ils le déshabillèrent, lui se laissant câliner comme un enfant. On essuya bien sa poitrine, ses épaules et ses bras, on lui mit des vêtements secs et on le recoucha en plaçant sous sa tête un sac pour qu’il pût mieux dormir. Quand il leur dit merci, un bon sourire, le premier, vint changer toute sa figure. C’était la fin ; son cœur était amolli et redevenu lui-même. ”
Pierre Loti,
Mon frère Yves
(1883)
“ Oui, je me rappelle que c’est là la terre d’Yves, le sol qui l’attend ; quand il est loin sur la mer, dans la nuit, dans le danger, c’est cette sépulture qu’il rêve. — Yves, mon frère, nous sommes de grands enfants, je t’assure. Souvent très gais quand il ne faudrait pas, nous voilà tristes et divaguant tout à fait pour un moment de paix et de bonheur qui par hasard nous est arrivé ; c’est tout au plus si le manque d’habitude nous excuse. ”
“ Si l’on veut faire une représentation des traits de saint Yves, il faut avoir égard à ces considérations, ainsi qu’à l’époque de sa vie que l’on aura en vue. Avocat, il était encore jeune, une trentaine d’années au plus. Official ou recteur, on doit lui donner une figure un peu plus âgée, mais jamais décrépite. À cinquante ans les bretons sont encore pleins de vigueur, et les macérations ne défigurent pas en général. Daniel et ses compagnons avaient aussi bonne mine dans le palais du roi de Perse que les jeunes gens de leur âge, élevés dans le raffinement du luxe et de la bonne chère. ”
Nadar,
Le Miroir aux alouettes, par Nadar
(1859)
“ Très-volontiers, monsieur Yves ! Ce devait être ensuite le tour d'Annette. Elle tendit gracieusement ses deux joues. Yves, rouge comme le feu, l'embrassa. S'il n'eût pas eu l'idée pourtant d'embrasser mademoiselle Parfait la première, il serait resté là sur ses pieds jusqu'au lendemain. Il venait, ô l'habile homme ! de résoudre ce problème, que la ligne courbe est le plus court chemin d'un point à un autre. ”
Pierre Loti,
Mon frère Yves
(1883)
“ Yves, à cette époque, était un petit garçon qu’on eût dit sérieux et sage, un petit novice breton, à la figure très douce, qui habitait le vaisseau d’à côté, la Bretagne, le voisin et le compagnon du Borda. Nous étions des enfants, alors, — aujourd’hui des hommes faits, — demain... la vieillesse, — après-demain, mourir. ”
“ XI. — Quam labor difficilis. (Autre prose de la messe de saint Yves, XVIe siècle) . Quel difficile labeur, quel poids formidable que celui du ministère des âmes ! Tout en s’abstenant des vanités de ce monde, il porte ce lourd fardeau sur ses épaules, fortifié par la grâce qui lui vient d’en haut. Yves, pasteur infatigable, se garde avec un soin assidu contre les dangers de la mer immense. ”
