“ Denissow, assis par terre dans la pièce d’entrée, les jambes croisées, la pipe à la bouche, écoutait le rapport du maréchal des logis. À la vue de Rostow, il fit une grimace, en lui indiquant du doigt par-dessus son épaule, avec une expression de dégoût, la chambre où était Télianine : « Je n’aime pas ce garçon-là, » dit-il sans s’inquiéter de la présence de son subordonné. ”
Denissow
Définition et enjeux
Citations sur “Denissow”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ Il n'y a rien à comprendre! s'écriait Natacha avec une obstination volontaire, il est méchant, il n'a pas de cœur! Quant à ton Denissow, je l'aime! C'est un mauvais sujet, c'est possible, et pourtant je l'aime!... C'est pour te dire que je comprends! Tout est calculé chez l'autre, et c'est ce que je n'aime pas!—Oh! Denissow, c'est autre chose, répondit Rostow en ayant l'air de donner à entendre que celui-là ne pouvait être comparé à Dologhow.—Son âme si belle!... Il faut le voir avec sa mère... quel cœur! ”
“ Mais cela ne nous est pas indifférent à nous, que l’on dise qu’il y a des voleurs dans le régiment de Pavlograd ; n’est-ce pas, Denissow ? » Denissow, silencieux et immobile, lançait de temps en temps un coup d’œil à Rostow. « Nous autres vieux soldats, qui avons grandi avec le régiment et qui espérons y mourir, son honneur nous tient au cœur, et Bogdanitch le sait bien. C’est mal, c’est mal ; fâchez-vous si vous voulez, je n’ai jamais mâché la vérité à personne. — Il a raison, que diable, s’écria Denissow... eh bien, Rostow, eh bien !... » ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ Tous s'écartèrent, et il s'élança à son cou. Elle tomba dans ses bras en sanglotant; sans avoir la force de relever la tête, elle se serrait contre lui, sa figure appuyée contre les froids brandebourgs de son uniforme. Denissow, qui était entré sans être remarqué, les regardait et s'essuyait les yeux. ”
“ Les grands feux du bivouac pétillaient encore plus gaiement que la veille, et les chants des soldats remplissaient l’air. Denissow fêtait son avancement au rang de major, et Rostow, légèrement gris à la fin du souper, proposa de porter la santé de Sa Majesté, non pas la santé officielle de l’Empereur comme souverain, mais la santé de l’Empereur comme homme plein de cœur et de charme... ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome III
“ «Maintenant, mon ami, dit-il à Pétia, allons nous sécher.»En approchant de la maison du garde, Denissow s'arrêta, et plongea son regard dans la forêt. Il vit venir à lui entre les arbres, marchant à grandes enjambées, un homme juché sur de longues jambes, les bras ballants, en jaquette courte, en chaussure de tille, en bonnet tatare, un fusil sur l'épaule et une hache à la ceinture; à sa vue, cet homme jeta avec précipitation quelque chose dans le fourré, et, ôtant son bonnet mouillé, s'approcha de lui: c'était Tikhone. ”
“ « Eh bien, est-ce prêt ? » demanda Denissow. On lui amena les chevaux, et, après avoir gourmandé son cosaque pour n’avoir pas assez serré les sangles, il se mit en selle. Pétia posa le pied sur l’étrier, tandis que son cheval tentait, comme toujours, de lui attraper la jambe, et, s’élançant sur sa monture, léger comme un oiseau, il se retourna pour voir s’ébranler la file des hussards. ”
“ Voyons, devine !... Qui est-ce qui nous affame ? s’écria Denissow, en frappant la table de son bras malade avec une telle violence que la planche vacilla et que les verres s’entrechoquèrent... Télianine ! ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ Oui, donne-le et promptement.»Dix minutes plus tard, Lavrouchka apportait le café:«Il vient, il vient! gare la bombe!»Rostow aperçut effectivement Denissow qui rentrait. C'était un petit homme, à la figure enluminée, aux yeux noirs et brillants, aux cheveux noirs et à la moustache en désordre. Son dolman était dégrafé, son large pantalon tenait à peine et son shako froissé descendait sur sa nuque. Sombre et soucieux, il s'approchait la tête basse. ”
“ Denissow exposait le plus rarement possible son ami au danger, et l’accueillait avec une joie expansive, lorsqu’il le voyait revenir sain et sauf. Dans une des reconnaissances où Rostow avait été envoyé pour chercher des vivres, il trouva dans un village voisin un vieux Polonais avec sa fille qui allaitait un enfant. À moitié nus, mourant de faim et de froid, ils n’avaient aucun moyen de s’éloigner. ”
“ « Il n’y a pas à dire, un fouet ne peut briser une hache, » dit-il en remettant à Rostow une grande enveloppe. C’était sa supplique à l’Empereur, dans laquelle, sans parler de ses griefs contre l’intendance, il demandait sa grâce pure et simple : « Tu la remettras à qui de droit ; on voit bien... » Il n’acheva pas, un sourire douloureux et forcé contracta ses lèvres. XIX Revenu au régiment, Rostow, ayant mis le colonel au courant de la situation de Denissow, partit aussitôt pour Tilsitt, avec la supplique de Denissow dans sa poche. ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ «Lavrouchka! s'écria-t-il avec colère et en grasseyant. Voyons, idiot, ôte-moi cela.—Mais puisque je vous l'ôte!—Ah! te voilà levé! dit Denissow, en entrant dans la chambre.—Il y a beau temps... j'ai déjà été au fourrage et j'ai vu Fräulein Mathilde.—Ah! Ah! Et moi, mon cher, je me suis enfoncé, comme une triple buse.... Une mauvaise chance du diable! Elle a commencé après ton départ.... Hé! du thé!» cria-t-il d'un air renfrogné.Puis, grimaçant un sourire qui laissa voir ses dents petites et fortes, il passa ses doigts dans ses cheveux en broussailles. ”
“ « Allons donc, mon cher, le « Tugendbund » est bon pour les mangeurs de saucisses ; quant à moi, je ne le comprends pas, s’écria Denissow d’une voix haute et ferme. Tout va à la diable, c’est vrai ! mais le « Tugendbund » n’est pas de ma compétence ! Vous êtes mécontent ? Eh bien, va alors pour une révolte [3] , c’est autre chose, et là je suis votre homme !!! » Pierre et Natacha sourirent, mais Rostow, sérieusement fâché, essaya de prouver qu’il n’y avait aucun danger à prévoir, et que l’imagination de Pierre était seule coupable. ”
“ Koutouzow croisa ses mains sur son ventre d’un air de mauvaise humeur, et répéta nonchalamment : « Pour le bien de la patrie, dis-tu ? Qu’est-ce que ça peut être ?... Parle ! » Denissow rougit comme une jeune fille ; cette rougeur forma un étrange contraste avec son épaisse moustache et son visage aviné et vieilli. Il n’en entama pas moins, sans broncher, l’exposition de son plan, dont le but était de couper la ligne de l’ennemi entre Smolensk et Viazma : il connaissait la localité sur le bout du doigt, car il l’habitait ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ S'il est vrai que M. Denissow t'ait fait une déclaration, tu lui diras de ma part que c'est un imbécile.—Mais non, ce n'est pas un imbécile.—Eh bien, alors que veux-tu? Vous avez toutes la tête tournée. Si tu en es éprise, épouse-le, et que Dieu te bénisse!—Mais non, maman, je ne suis pas éprise de lui! Je vous jure qu'il me semble que je ne le suis pas.—Eh! bien alors, va le lui dire toi-même.—Ah! maman, vous vous fâchez? Ne vous fâchez pas, chère petite maman!... Voyons, est-ce ma faute? ”
“ Eh bien, explique-nous ce que tu comptes faire ? dit Denissow sans lâcher sa pipe. — Des chimères, toujours des chimères ! murmura Rostow. — Voici ce qui en est, voici la situation telle qu’elle est à Pétersbourg, reprit Pierre avec vivacité et en accompagnant son entrée en matière de gestes énergiques... l’Empereur ne se mêle plus de rien : il s’est adonné au mysticisme, il cherche le repos à tout prix, et il ne saurait se procurer ce repos que par l’activité d’hommes sans foi ni loi, qui persécutent et qui oppriment à l’envi. ”
“ Ils ne savent rien ! Où me cacher ! » pensait-il, et il rentra dans la salle où Sonia, assise au piano, venait de commencer le prélude de la barcarolle. Natacha allait chanter, et Denissow fixait sur elle des regards enflammés. Nicolas se mit à marcher en long et en large : « Voilà une belle idée de la faire chanter !... Que peut-elle chanter ? que trouvent-ils donc là de si gai ? » ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ Qu'on prenne les pistolets, et qu'on se porte en avant au mot «trois!»«Une! deux! trois!» compta Denissow d'une voix sourde, en se reculant. Les combattants s'avancèrent sur le sentier frayé, et chacun d'eux voyait peu à peu émerger du brouillard la figure de son adversaire. Ils avaient le droit de tirer à volonté en marchant. Dologhow s'avançait sans se hâter et sans lever son pistolet: ses yeux bleus brillaient et regardaient fixement Pierre; sa bouche se plissait en un semblant de sourire.Au mot: «trois!» Pierre marcha rapidement; s'écartant du sentier battu, il s'enfonça dans la neige. ”
“ « Non, mon ami, j’ai moi-même bec et ongles, » se dit Denissow en lisant leurs lettres, et il répondit à l’Allemand que, malgré tout désir de servir sous les ordres d’un chef aussi célèbre et aussi brave, il se voyait privé de cet honneur, parce qu’il s’était déjà engagé à se réunir au général polonais ; et à ce dernier, qu’il avait promis son concours au général allemand. Denissow était donc décidé à s’emparer du convoi avec l’aide de Dologhow, sans faire son rapport aux autorités supérieures. ”
“ « Voilà qui est singulier, dit Véra, profitant d’un moment de silence général : Sonia et Nicolas se disent « vous, » comme des étrangers. » Elle avait dit juste comme toujours, mais comme toujours aussi elle avait parlé mal à propos, et chacun, sans en excepter la vieille comtesse, qui voyait dans cet amour un obstacle à un brillant mariage pour son fils, rougit d’un air embarrassé. Denissow entra au même moment, vêtu d’un nouvel uniforme, pommadé, parfumé, frisé comme un jour de bataille, et son amabilité inusitée avec les dames causa à Rostow une profonde surprise. ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ Eh! là-bas du fourgon... attends... ou je vous sabre tous!...»Alors il tira son sabre, et exécuta un moulinet. Les soldats effrayés se serrèrent, et Denissow put rejoindre Nesvitsky.»«Tu n'es donc pas gris aujourd'hui? lui demanda ce dernier.—Est-ce qu'on me donne le temps de boire; toute la journée on traîne le régiment de droite et de gauche.... S'il faut se battre, eh bien, qu'on se batte; sans cela, le diable sait ce qu'on fait!—Tu es d'une élégance!» dit Nesvitsky, en regardant son dolman et la housse de son cheval. ”
“ Les hommes se tenaient immobiles, les bras serrés contre le corps, pour empêcher, autant que possible, un nouveau courant de s’infiltrer sous leurs vêtements ; au milieu d’eux, deux fourgons, attelés de chevaux français portant des selles cosaques, tressautaient sur les branches sèches et les racines, et clapotaient dans l’eau des ornières. Le cheval de Denissow se porta de côté pour éviter une mare, et Denissow se heurta le genou contre un arbre. ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome II
“ Denissow lui avait dit des choses sensées et sages, le général de service lui en disait d'autres encore plus sensées et encore plus sages, mais Koutouzow dédaignait le savoir et l'intelligence: ce n'était pas là, à son avis, ce qui trancherait le noeud de la situation, c'était quelque chose d'autre, complètement en dehors de ces deux qualités. Le prince André suivait attentivement l'expression de sa physionomie, qui marqua d'abord l'ennui, puis la curiosité éveillée par le frou-frou de la robe, et enfin le désir d'observer les convenances. ”
“ Et Denissow, laissant tomber le feu de sa pipe, la jeta avec violence sur le plancher, où elle se brisa en mille morceaux. Après avoir réfléchi une demi-seconde en regardant gaiement Rostow de ses yeux noirs et brillants : « Si au moins il y avait des femmes, passe encore, mais il n’y a rien à faire, excepté boire !... Quand donc se battra-t-on ?... Hé, qui est là ? ajouta-t-il, en entendant derrière la porte un bruit de grosses bottes et d’éperons, accompagné d’une petite toux respectueuse. — Le maréchal des logis ! » annonça Lavrouchka. ”
“ Pour Denissow aussi, le nom de Bolkonsky évoquait un passé lointain et poétique, la soirée où, après le souper et la romance de Natacha, il avait, sans savoir comment, fait une déclaration à cette fillette de quinze ans. Il sourit en songeant à son roman et à son amour, et reprit aussitôt le thème qui seul l’intéressait et le passionnait aujourd’hui : c’était un plan de campagne que, durant la retraite, il avait composé, étant de service aux avant-postes. Il l’avait présenté à Barclay de Tolly, et comptait le soumettre également à Koutouzow. ”
“ Quant aux cosaques et aux paysans qui parvenaient à se faufiler jusqu’au milieu des troupes ennemies, ils croyaient tout possible. Le 23 octobre, Denissow, tout entier à sa passion pour la guerre de partisans, se trouvait en marche avec son détachement. Il suivait depuis la veille, sans s’éloigner de la forêt qui longeait la grand’route, un convoi considérable de bagages de cavalerie et de prisonniers russes se dirigeant sous bonne escorte vers Smolensk, comme le lui avaient rapporté les espions. ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ Quoique Ioghel n'acceptât pas la mazurka comme une danse classique, tous étaient enthousiasmés de la façon dont Denissow l'avait dansée; on venait le choisir à chaque instant, et les vieilles gens, le suivant du coin de l'œil, parlaient de la Pologne et du bon vieux temps. Denissow, échauffé par la mazurka, s'essuya le front, et s'assit à côté de Natacha, qu'il ne quitta plus de toute la soirée. ”
“ Nesvitsky, ayant trouvé le colonel, lui transmit l’ordre dont il était porteur et retourna sur ses pas. La route une fois balayée, Denissow se campa à l’entrée du pont : retenant négligemment son étalon qui frappait du pied avec impatience, il regardait défiler son escadron, les officiers en avant, sur quatre hommes de front. L’escadron s’y développa pour gagner la rive opposée. Les fantassins, arrêtés et massés dans la boue, examinaient les hussards fiers et élégants, de cet air ironique et malveillant particulier aux soldats de différentes armes lorsqu’ils se rencontrent. ”
“ « Dmitri, dit Rostow en s’adressant au laquais assis près du cocher, est-ce bien chez nous cette lumière ? — Oh ! que oui, c’est dans le cabinet de votre père. — Ils ne seront pas encore couchés ? Hein, qu’en penses-tu ?... À propos, n’oublie pas de déballer aussitôt mon nouvel uniforme, — et il passa la main sur sa jeune moustache... — Eh bien donc, en avant ! Réveille-toi donc, Vasia... ! Mais Denissow s’était de nouveau endormi. « Marche ! marche ! Trois roubles de pourboire ! » s’écria Rostow, qui, à quelques pas de chez lui, croyait ne jamais arriver. ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ Denissow, se retournant sur sa selle, murmura:«Hein! celui-là trouve toujours à redire à tout.»Pendant ce temps, Nesvitsky, Gerkow et l'officier d'état-major, placés hors de portée du tir de l'ennemi, observaient tantôt ce petit groupe d'hommes en vestes à brandebourgs, d'un vert foncé, en shakos jaunes, en pantalons gros bleu, qui s'agitaient près du pont, et tantôt, de l'autre côté, les capotes bleues qui s'avançaient, suivies de chevaux, qu'on reconnaissait facilement pour les chevaux de l'artillerie. ”
“ Le premier que remarqua Rostow fut un petit homme maigre avec un bras de moins, en bonnet de coton, une pipe à la bouche, arpentant de long en large la première pièce. Il essaya de se rappeler où il l’avait déjà vu. « Voilà comme on se retrouve, dit le petit homme. C’est moi, Tonschine, celui qui vous a ramené là-bas à Schöngraben, et vous voyez, ajouta-t-il en montrant sa manche flottante, on m’a enlevé un petit morceau !... Vous cherchez Denissow... c’est mon compagnon !... Venez par ici, » et il l’emmena dans la chambre voisine, où l’on entendait rire aux éclats. ”
