“ Bien que Ioguel n’eût pas admis cette mazurka pour la vraie, tous étaient ravis de l’art de Denissov, et on le choisissait sans cesse ; les vieux, en souriant, commençaient à parler de la Pologne et du bon vieux temps. Denissov, rouge de la mazurka, en s’essuyant avec son mouchoir, s’assit près de Natacha et de tout le bal ne s’éloigna plus d’elle. ”
Citations sur “Denissov”
“ La conversation tomba sur les racontars des hautes sphères de l’administration dans lesquels la plupart des hommes voient ordinairement le principal intérêt de la politique intérieure. Denissov, mécontent du gouvernement à cause de ses insuccès au service, apprenait avec joie toutes les sottises qui, selon lui, se faisaient maintenant à Pétersbourg et, en des termes énergiques et raides, il émettait ses réflexions aux paroles de Pierre. ”
“ À l’avant-dernier relais, Denissov rencontra un camarade et but avec lui trois bouteilles de vin, et, en s’approchant de Moscou, malgré les secousses de la route, il ne s’éveillait pas. Il s’était couché au fond du traîneau près de Rostov dont l’impatience croissait au fur et à mesure qu’ils s’approchaient de Moscou. « Est-ce bientôt ? Est-ce bientôt ? Oh ! ces insupportables rues, ces boutiques, ces réverbères, ces cochers ! » pensait Rostov après qu’ils eurent montré leur permission à la barrière en entrant à Moscou. — Denissov ! nous sommes arrivés !... Il dort ! ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Denissov ! Denissov ! nous sommes arrivés. Denissov leva la tête, toussota et ne répondit rien. — Dimitri ! Il y a de la lumière chez nous ? — dit Rostov au valet qui était sur le siège. — Parfaitement, c’est la lumière dans le cabinet de votre père. — On n’est donc pas encore couché ? Hein ! qu’en penses-tu ? Prends garde, n’oublie pas de déballer tout de suite mon nouvel uniforme, ajouta Rostov en tirant ses moustaches naissantes. — Eh bien, va donc plus vite, cria-t-il au postillon. — Mais, Vassia, éveille-toi donc ? dit-il à Denissov qui, de nouveau, laissait retomber sa tête. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Denissov avait deux cents hommes, Dolokhov à peu près autant. Mais la supériorité du nombre des Français n’arrêtait pas Denissov. La seule chose qu’il lui fallait encore savoir exactement, c’était à quelles troupes ils auraient affaire. Pour cela Denissov avait besoin de prendre une langue (un homme de la colonne ennemie) . Pendant l’attaque du matin, tout s’était fait si hâtivement que tous les Français qui étaient près des fourgons avaient été tués, on n’avait pris vivant qu’un seul gamin, un tambour, qui ne pouvait dire positivement combien il y avait d’hommes dans la colonne. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ C’était la pire moquerie d’un cavalier à l’adresse d’un fantassin à cheval. Et, en éclatant de rire, Denissov s’approcha de Rostov. — J’ai a’aché à l’infante’ie, j’ai a’aché le convoi par la fo’ce ! — dit-il. — Quoi ! les hommes ne peuvent pas c’ever de faim ? Les chariots qui s’approchaient des hussards étaient destinés aux régiments d’infanterie, mais, ayant appris par Lavrouchka que ce convoi n’était pas escorté, Denissov avec les hussards, s’en était emparé de force. Les biscuits furent distribués à discrétion aux soldats, on en donna même aux autres escadrons. ”
“ Ioguel, dans le premier couple, dansait avec Natacha, son orgueil, sa meilleure élève. Doucement, mollement, en battant de ses pieds en souliers découverts, Ioguel s’élança le premier à travers la salle avec Natacha intimidée, mais qui faisait très exactement le pas. Denissov ne la quittait pas des yeux et battait la mesure avec son sabre, d’un tel air qu’il semblait dire : « Si je ne danse pas c’est parce que je ne veux pas et non parce que je ne peux pas. » ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Denissov croyait dangereux d’attaquer une seconde fois : il ne fallait pas donner l’éveil à la colonne, c’est pourquoi il envoya en avant à Chamchevo un paysan de son détachement, Tikhone Tcherbaty, afin d’attraper au moins si possible un des fourriers français qui étaient là-bas. IV C’était une chaude et pluvieuse journée d’automne. Le ciel et l’horizon étaient couleur d’eau trouble. Tantôt le brouillard semblait descendre, tantôt, tout à coup, tombait une pluie oblique, forte. Denissov, en bourka, dégouttant l’eau, allait sur un cheval de race, maigre, aux flancs creux. ”
“ Koutouzov regardait ses pieds et de temps en temps jetait des regards sur la cour de l’izba voisine, comme s’il attendait de là quelque chose de désagréable. En effet, de l’izba qu’il regardait pendant que Denissov parlait, se montra un général, avec un portefeuille sous le bras. — Quoi ! Vous êtes déjà prêt ? prononça Koutouzov au milieu de l’exposé de Denissov. — Je suis prêt, Excellence, dit le général. Koutouzov hocha la tête comme s’il voulait dire : « Comment un seul homme peut-il réussir à faire tout cela ! » et il continua d’écouter Denissov. ”
“ Rostov se recoucha, pensant avec plaisir : « Bon ! qu’ils triment, moi j’ai fait mon travail et je me couche. C’est admirable ! » À travers le mur il entendit qu’outre le maréchal des logis, Lavrouchka, le valet rusé de Denissov parlait aussi. Lavrouchka parlait de chariots quelconques, de biscuits, de bœufs, qu’il avait vus en allant aux approvisionnements. Derrière la hutte il entendit de nouveau le cri plus lointain de Denissov et le commandement : « En selle ! Deuxième peloton ! ». — « Où vont-ils aller ? » pensa Rostov. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ « Und vivat die ganze Welt. » Bien qu’il n’y eût aucun motif particulier de joie ni pour l’Allemand qui nettoyait son étable, ni pour Rostov qui était allé chercher du fourrage avec la compagnie, ces deux hommes, avec un enthousiasme heureux, un amour fraternel, se regardaient l’un l’autre, agitaient la tête en signe d’affection réciproque, puis se séparèrent en souriant : l’Allemand retournant dans son étable et Rostov dans la chaumière qu’il habitait avec Denissov. — Où est ton maître ? — demanda-t-il à Lavrouchka, le valet fripon de Denissov, connu de tout le régiment. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Denissov laissa tomber le reste du feu, cassa la pipe et la jeta. Il se tut et tout à coup, de ses yeux brillants, noirs, regarda gaîment Rostov. — Si enco’e il y avait des femmes. Ici, sauf boi’e, il n’y a ’ien à fai’e. Qu’on se batte plus vite, au moins. Eh ! qui va là ? — cria-t-il en entendant des pas lourds qui s’arrêtaient avec un bruit d’éperons, et un toussotement respectueux. — Le maréchal des logis ! annonça Lavrouchka. Denissov grimaça encore davantage. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Rostov répondit : — Que veux-tu... elle est pour moi comme une sœur... Et je ne puis te dire combien j’étais offensé... parce que... parce que... Denissov le tapa sur l’épaule et se mit à marcher à grands pas dans la chambre sans regarder Rostov, ce qu’il faisait dans les moments d’émotion. — Ah ! quelle diable de race les Rostov, — prononça-t-il ; et Rostov remarqua des larmes dans les yeux de Denissov. XVI Au mois d’avril, les troupes s’animèrent à la nouvelle de l’arrivée de l’empereur à l’armée. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ « Tout est fini et je suis un poltron, oui, un poltron, » pensa Rostov. En soupirant lourdement, il prit des mains du soldat son Gratchik et l’enfourcha. — Qu’était-ce ? La mitraille ? — demanda-t-il à Denissov. — Pa’bleu ! Quelle mit’aille ! — cria Denissov. — On a t’availlé b’avement ! le t’avail n’était pas commode. L’attaque c’est une belle chose, on f’appe en face ; mais ici, diable ! on tape par de’ière. Et Denissov s’éloigna vers le groupe arrêté non loin de Rostov et qui se composait du colonel, de Nesvitzkï, de Jerkov et de l’officier de la suite. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ « C’est peu probable qu’il y ait encore une autre occasion comme aujourd’hui d’attaquer le transport. Attaquer seul, c’est trop risquer, et remettre à un autre jour, quelque gros partisan nous enlèvera le butin sous le nez », pensait Denissov en regardant toujours en avant, espérant voir l’envoyé de Dolokhov. ”
“ Puis-je rester auprès de vous ? s’écria Pétia. — Mais, que t’a o’donné exactement le géné’al ? de ’etou’ner immédiatement ? demanda Denissov. Pétia rougit. — Mais, il n’a rien ordonné. Je pense que je puis ?... fit-il d’un ton interrogateur. — Bon ! dit Denissov, et, s’adressant à ses subordonnés, il ordonna au groupe de se rendre à l’endroit de repos fixé dans la forêt, et à l’officier monté sur le cheval kirguis (il remplissait les fonctions d’aide de camp) d’aller chercher Dolokhov, de savoir où il se trouvait et s’il viendrait le soir. ”
“ Dans la salle, des rires et des voix gaies qui exhortaient Natacha, se faisaient entendre. — Eh bien, bon, bon ! s’écria Denissov. Maintenant vous ne pouvez plus ’efuser, vous devez chanter une ba’ca’olle, je vous en supplie. La comtesse se retourna vers son fils silencieux. — Qu’as-tu ? demanda-t-elle à Nicolas. — Rien, — dit-il, comme s’il était ennuyé d’une question souvent répétée. — Papa viendra bientôt ? — Je pense. « Chez eux, la même chose, toujours la même chose. Ils ne savent rien. Où me mettrai-je ? » pensa Nicolas ; et il alla dans la salle où était le clavecin. ”
“ Denissov jeta à terre les deux oreillers, la bourse n’y était pas. — En voilà un mi’acle ! — Attends, tu l’as peut-être fait tomber ! — dit Rostov en prenant un à un les oreillers et les secouant. Il secoua aussi la couverture, mais pas de bourse. — Ai-je donc oublié ? Non, je me suis même dit que tu la mettais sous ta tête comme un trésor, — dit Rostov. — Je l’ai mise ici. Où est-elle ? — demandait-il à Lavrouchka. — Je ne suis pas entré. Elle doit être où vous l’avez mise. — Mais non... — Vous êtes toujours comme ça : vous jetez quelque part, et vous oubliez. Regardez dans vos poches. ”
“ Il déposa dans un coin sa bourka mouillée, s’approcha de Denissov sans saluer personne, et, aussitôt, se mit à poser des questions concernant l’affaire. Denissov lui raconta les intentions qu’avaient sur le convoi les grands détachements, la mission de Pétia et sa réponse aux deux généraux. Ensuite il exposa tout ce qu’il savait du détachement français. — C’est ça, mais il faut savoir de quelle armée il s’agit et leur nombre, dit Dolokhov. Il faudra partir examiner. On ne peut se lancer dans un combat sans être sûr de leur nombre. J’aime faire chaque besogne proprement. ”
“ Les soldats, les visages effrayés se serrèrent l’un contre l’autre et Denissov rejoignit Nesvitzkï. — Comment, tu n’es pas ivre aujourd’hui ? — dit Nesvitzkï à Denissov quand celui-ci fut près de lui. — On ne donne’a pas même le temps de boi’e, — répondit Vaska Denissov. — Toute la jou’née on t’aîne le ’égiment là ou là. S’il faut se batt’e, qu’on se batte, autrement le diable sait ce que c’est. ”
“ Que fe’a-t-on ? demanda Denissov. — Toujours des fantaisies ! dit Nicolas. — Voilà, commença Pierre sans s’asseoir, et, tantôt marchant, tantôt s’arrêtant, en bafouillant et faisant de grands gestes rapides de la main, il continua : — Voici quelle est la situation à Pétersbourg, l’empereur ne s’intéresse à rien. Il est tout au mysticisme (maintenant Pierre ne pardonnait à personne le mysticisme) et ne cherche que le calme, et seul ces hommes sans foi ni loi Magnitzkï, Araktchéiev et tutti quanti qui sabrent et étranglent tout ce qu’il y a de bon... ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Pendant le souper on ne parla plus ni de politique, ni des sociétés, mais au contraire, la conversation, très agréable pour Natacha, fut amenée par Denissov sur les souvenirs de 1812 et Pierre s’y montra particulièrement charmant et amusant, et tous se séparèrent les meilleurs amis du monde. ”
“ QUATRIÈME PARTIE I Au commencement de 1806, Nicolas Rostov vint en congé. Denissov allait aussi chez lui à Voronèje et Rostov le persuada de l’accompagner à Moscou et de s’arrêter pour quelque temps chez eux. ”
“ Je t’en prie, viens, il t’a invité particulièrement et Vassili Dmitrich (c’était Denissov) viendra aussi, dit Natacha. — Où n’i’ais-je pas sur l’o’d’e de la comtesse — dit Denissov, qui, en plaisantant, se mettait dans la maison de Rostov sur le pied de cavalier de Natacha. — je suis p’êt à danser le pas de chale. ”
“ Le lendemain, le commandant du régiment fit appeler Denissov et lui dit, en cachant ses yeux derrière ses doigts écartés : « Je regarde cette affaire comme ça. Je ne sais rien et n’entamerai pas d’histoire, mais je vous conseille d’aller à l’état-major, et là-bas, à la direction de l’approvisionnement, d’arranger cette affaire et, si possible, de signer que vous avez reçu tant et tant d’approvisionnements, autrement ce serait inscrit au compte du régiment d’infanterie : et une affaire pourrait commencer et finir mal. » ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Quand Rostov rentra, une bouteille d’eau-de-vie et un saucisson étaient déjà sur la table. Denissov était installé devant la table et écrivait. Il regarda Rostov d’un air grave. — Je lui éc’is, à elle, — fit-il. Il s’accouda sur la table, la plume à la main, et, évidemment heureux de pouvoir raconter bien vite tout ce qu’il voulait écrire, il détailla sa lettre à Rostov. — Vois-tu, mon ami, — dit-il, — tant que nous n’aimons pas, nous do’mons, nous sommes des fils de la poussiè’e... Une fois que tu aimes, tu es Dieu, tu es pu’ comme au p’emier jour de la C’éation... Qu’y a-t-il enco’e ? ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Les Cosaques virent que ses bras et ses jambes s’agitaient rapidement pendant que sa tête restait immobile : une balle lui avait traversé le cerveau. Après avoir parlé à l’officier supérieur français qui était sorti de la maison, un mouchoir blanc au bout de l’épée, et avait déclaré qu’il se rendait, Dolokhov descendit de cheval et s’approcha de Pétia étendu immobile, les bras écartés. — Fini ! dit-il en fronçant les sourcils, et il alla dans la porte cochère à la rencontre de Denissov qui arrivait. — Tué ! ”
“ « Non, mon ami, j’ai moi-même bec et ongles, » se dit Denissow en lisant leurs lettres, et il répondit à l’Allemand que, malgré tout désir de servir sous les ordres d’un chef aussi célèbre et aussi brave, il se voyait privé de cet honneur, parce qu’il s’était déjà engagé à se réunir au général polonais ; et à ce dernier, qu’il avait promis son concours au général allemand. Denissow était donc décidé à s’emparer du convoi avec l’aide de Dologhow, sans faire son rapport aux autorités supérieures. ”
“ Quant aux cosaques et aux paysans qui parvenaient à se faufiler jusqu’au milieu des troupes ennemies, ils croyaient tout possible. Le 23 octobre, Denissow, tout entier à sa passion pour la guerre de partisans, se trouvait en marche avec son détachement. Il suivait depuis la veille, sans s’éloigner de la forêt qui longeait la grand’route, un convoi considérable de bagages de cavalerie et de prisonniers russes se dirigeant sous bonne escorte vers Smolensk, comme le lui avaient rapporté les espions. ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ «Je vous en prie, Vassili Dmitritch, venez, je vous en prie.—Mais non, comtesse, vrai, ne m'y forcez point.—Voyons, Vasia, dit Nicolas, en arrivant au secours de sa sœur.—. Ne dirait-on pas qu'il fait des mamours à son minet?—Je chanterai pour vous toute une soirée, dit Natacha.—Ah! magicienne, vous faites de moi tout ce que vous voulez,» répliqua Denissow, en décrochant son ceinturon. Franchissant la barricade de chaises, saisissant d'une main ferme celle de sa partenaire, redressant crânement la tête, et rejetant un pied en arrière, il se mit en position et attendit la mesure. ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome III
“ «Maintenant, mon ami, dit-il à Pétia, allons nous sécher.»En approchant de la maison du garde, Denissow s'arrêta, et plongea son regard dans la forêt. Il vit venir à lui entre les arbres, marchant à grandes enjambées, un homme juché sur de longues jambes, les bras ballants, en jaquette courte, en chaussure de tille, en bonnet tatare, un fusil sur l'épaule et une hache à la ceinture; à sa vue, cet homme jeta avec précipitation quelque chose dans le fourré, et, ôtant son bonnet mouillé, s'approcha de lui: c'était Tikhone. ”
