“ QUATRIÈME PARTIE I Au commencement de 1806, Nicolas Rostov vint en congé. Denissov allait aussi chez lui à Voronèje et Rostov le persuada de l’accompagner à Moscou et de s’arrêter pour quelque temps chez eux. ”
Nicolas Rostov
Définition et enjeux
Citations sur “Nicolas Rostov”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Nicolas Rostov se détourna et, comme s’il cherchait quelque chose, se mit à regarder au loin, sur le Danube, le ciel et le soleil. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Si l’homme pouvait trouver un état où, étant oisif, il se sentirait utile en faisant son devoir, il retrouverait une partie de sa béatitude première. Une classe entière, la classe militaire, jouit de cet état d’oisiveté obligatoire et irréprochable, et c’est précisément en cette oisiveté obligatoire et irréprochable que réside l’attrait principal du service militaire. Nicolas Rostov éprouvait complètement cette béatitude depuis 1807, en continuant de servir dans le régiment de Pavlograd où il commandait déjà l’ancien escadron de Denissov. ”
“ À l’automne la famille Rostov revint à Moscou. Denissov y retourna au commencement de l’hiver et s’arrêta chez eux. Ces premiers mois de l’hiver de 1806 que Rostov passa à Moscou furent des plus heureux et des plus gais pour lui et toute sa famille. Nicolas attirait beaucoup de jeunes gens dans la maison de ses parents. Véra était une belle fille de vingt ans, Sonia une jolie belle de seize ans, dans tout l’éclat d’une fleur qui vient de s’épanouir. Natacha, mi femme, mi enfant, avec tantôt les drôleries d’une enfant, tantôt le charme de la jeune fille. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Ils disaient qu’en résistant encore un peu, Napoléon aurait été perdu, car son armée n’avait déjà plus ni biscuits, ni cartouches. Nicolas mangea en silence, mais surtout il but. Il but à lui seul deux bouteilles de vin. Le travail intérieur qui se livrait en lui sans se résoudre le tourmentait toujours autant. Il avait peur de s’abandonner à ses idées et ne pouvait s’en détacher. Tout à coup, aux paroles d’un officier qui disait : que c’était dépitant de regarder les Français, Rostov se mit à crier avec une chaleur injustifiée qui étonna beaucoup d’officiers. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ La société réunie chez le gouverneur était la meilleure société de Voronèje. Il y avait beaucoup de dames ; Nicolas avait connu certaines d’entre elles à Moscou, mais personne, parmi les messieurs, ne pouvait rivaliser avec le chevalier de la croix de Saint-Georges, le hussard de la remonte et en même temps le très bon et très bien élevé comte Rostov. Parmi les messieurs, il y avait un officier italien, prisonnier de l’armée française, et Nicolas sentit que la présence de ce prisonnier augmentait encore plus son importance personnelle comme héros russe : c’était comme un trophée. ”
“ Chez les hommes, Rostov ne supportait pas l’expression de la vie supérieure, spirituelle (c’est pourquoi il n’aimait pas le prince André) , il appelait cela, avec mépris, philosophie, rêverie, mais, en la princesse Marie, précisément dans cette tristesse qui exprimait toute la profondeur de ce monde spirituel étranger pour Nicolas, il sentait un attrait irrésistible. « Ce doit être une femme extraordinaire ! Voilà précisément un ange ! Pourquoi me suis-je engagé si vite avec Sonia ? » ”
“ Après le départ de Denissov, en attendant l’argent que le vieux comte ne pouvait se procurer tout d’un coup, Rostov resta encore deux semaines à Moscou, sans sortir de la maison et, principalement, de la chambre des demoiselles. Sonia lui était plus tendre et plus dévouée qu’auparavant. On aurait dit qu’elle voulait lui montrer que sa perte au jeu était un acte héroïque qui le lui faisait aimer encore davantage. Mais Nicolas se jugeait maintenant indigne d’elle. ”
“ Vraiment c’est un charme, elle n’est pas si laide. — Pas du tout, repartit Nicolas, semblant offensé de cette observation. Mais, ma tante, je suis un soldat : je ne m’impose nulle part et ne me refuse rien, dit Rostov, sans avoir réfléchi à ce qu’il disait. — Alors, souviens-toi. Ce n’est pas une plaisanterie. — Quelle plaisanterie ! — Oui, oui, dit la femme du gouverneur, paraissant se raviser. Et voilà, mon cher, entre autres choses, vous êtes trop assidu auprès de l’autre, la blonde. Le mari est vraiment trop à plaindre. — Mais non ! Nous sommes des amis, dit naïvement Nicolas. ”
“ Quelques jours avant le départ de Rostov, un service d’action de grâces avait lieu à la cathédrale à cause de la victoire remportée par les troupes russes ; Nicolas alla à l’église. Il se plaça derrière le gouverneur, dans l’ordre hiérarchique, et s’abandonna aux pensées les plus variées. Il resta debout tout le temps du service. Quand le service fut terminé, la femme du gouverneur l’appela. — As-tu vu la princesse ? demanda-t-elle en lui désignant de la tête une dame en noir qui était près de l’autel. ”
Paul Birukov, Léon Tolstoï, vie et œuvre
“ En effet, nous savons qu’il a représenté dans la personne du père, Alexis Mikhaïlovitch Isléniev, le voisin de campagne et l’ami de son père ; la mère est un personnage imaginaire. En revanche, dans Guerre et Paix on peut facilement retrouver l’image artistique de ses parents dans Nicolas Ilitch Rostov et la princesse Marie Volkonskï. À commencer par le vieux comte Ilia Andréievitch jusqu’à Sonia, presque chaque membre de la famille de Rostov a son type réel dans la famille des Tolstoï. De même transparents sont les habitants de Lissia-Gori. ”
“ En apercevant son visage russe, en reconnaissant du premier abord et par ses premiers mots qu’elle avait affaire à un homme de son monde, elle le regarda de son regard profond, rayonnant, et se mit à parler d’une voix entrecoupée et tremblante d’émotion. Rostov vit aussitôt dans cette rencontre quelque chose de romanesque : une jeune fille sans défense, accablée de douleur, seule, laissée à la merci de paysans grossiers révoltés. ”
“ Durant cette demi-heure, Rostov parcourut mille fois, d’un regard obstiné, tendu, inquiet, la lisière de la forêt : deux chênes, étalant leurs branches sur un massif de tremble, le fossé aux bords défoncés par l’eau et le bonnet de l’oncle émergeant à peine d’un buisson, à droite. « Mais je n’aurai pas cette chance, pensait-il. Et ce serait si facile ! Non, ce ne sera pas ! Dans les cartes et à la guerre et en tout, je n’ai jamais de chance ! » ”
“ Mais, tel un jeune homme amoureux, qui tremblant et ému n’ose dire ce à quoi il rêve pendant les nuits et regarde effrayé en cherchant l’aide ou la possibilité de l’ajournement ou la fuite quand est venu le moment désiré, quand il est seul, en tête-à-tête avec elle, tel était Rostov ; maintenant qu’il avait ce qu’il désirait le plus au monde, il ne savait comment s’approcher de l’Empereur, et à lui se présentaient mille considérations qui lui montraient que c’était incommode, inconvenant et impossible. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ « Une seule fois dans la vie, tuer un vieux loup ; je n’en demande pas davantage » ; et il tendait l’oreille et les regards à gauche, et de nouveau à droite, en écoutant les moindres échos du bruit de la poursuite. Il regarda encore à droite et vit dans l’espace désert quelque chose qui courait de son côté. « Non, ce n’est pas possible ! » pensa Rostov en soupirant lourdement, comme un homme qui voit s’accomplir ce qu’il a attendu si longtemps. ”
“ Les Rostov connaissaient tout Moscou. Cette année, le vieux comte avait assez d’argent parce qu’il avait réengagé tous les domaines. C’est pourquoi Nikolenka devenu propriétaire d’un trotteur et portant les pantalons à la dernière mode, tels que personne n’en avait encore à Moscou, les chaussures les plus élégantes, les plus pointues, et des petits éperons d’argent, passait son temps très gaiement. Rostov éprouvait, en se retrouvant à la maison, le sentiment agréable de s’accoutumer, après un certain temps, aux anciennes conditions de la vie. ”
“ II Revenu de l’armée, Nicolas Rostow fut reçu, par sa famille, en fils chéri, en héros ; par sa parenté, en jeune homme distingué et bien élevé ; par ses connaissances, comme un charmant lieutenant de hussards, danseur élégant et l’un des plus beaux partis de Moscou. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Le voile noir de la nuit tombait à la distance d’une archine de la lumière des charbons. Dans cette lumière tourbillonnaient les petites poussières de la neige tombante. Touchine n’était pas de retour. Le médecin ne venait pas. Il était seul ; un soldat seulement était maintenant assis tout nu de l’autre côté et chauffait son corps maigre, jaune. « Je ne suis plus nécessaire à personne ! » pensait Rostov. « Il n’y a personne pour me secourir, pour me plaindre. Et moi aussi, autrefois, à la maison, j’étais fort, joyeux, aimé. » ”
“ Je puis le voir d’un moment à l’autre, pensa Rostov ; si seulement je pouvais lui remettre personnellement la supplique, et lui dire tout. Est-ce qu’on m’arrêterait à cause de mon habit. Pas possible ! Il comprendrait de quel côté est la justice. Il comprend tout ; il sait tout. Qui peut être plus juste et plus magnanime que lui ? Eh bien ! Si même on m’arrêtait parce que je suis ici, quel malheur ? pensa-t-il en regardant l’officier qui entrait dans la maison occupée par l’empereur. Eh bien ! On rentre après tout ! Bah ! tout n’est que sottise ! J’irai et remettrai la lettre à l’empereur. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Comme ça, les enfants, hein ! C’est lourd les livres ! — Oui, on a écrit... on s’est pas amusé ! dit un paysan de haute taille, au visage rond, en clignant des yeux avec importance et désignant les dictionnaires qui étaient en dessus. Rostov, qui ne voulait pas s’imposer à la princesse, n’allait pas chez elle mais restait au village en attendant son départ. Quand il vit les voitures de la princesse Marie quitter la maison, il monta à cheval et l’accompagna jusqu’à la route occupée par nos troupes, à douze verstes de Bogoutcharovo. ”
“ Ce serait très bien pour les Rostov ; on dit qu’ils sont tout à fait ruinés. — Non, je vous demande si vous connaissez mademoiselle Rostov. — J’ai entendu seulement parler de cette histoire. C’est dommage. ”
“ « Qu’ai-je fait ? »... pensa-t-il. Faisant volte-face il retourna à cet endroit où il avait vu l’Empereur. Mais il n’y avait plus personne derrière le fossé. Il ne vit que des chariots et des voitures qui passaient par là. Rostov apprit d’un des conducteurs que l’état-major de Koutouzov se trouvait non loin d’ici, dans un village où se rendaient les fourgons. Rostov les suivit. ”
“ Pour cette raison, il ne put aller à la campagne avec sa famille et passa tout l’été à Moscou, dans sa nouvelle fonction. Dolokhov se rétablit, et Rostov resserra ses liens d’amitié avec lui surtout pendant sa convalescence. Dolokhov malade était soigné chez sa mère qui l’aimait passionnément. La vieille Marie Ivanovna, qui s’attachait à Rostov à cause de son amitié pour son Fédia, lui causait souvent de son fils. — Oui, comte, il a trop de noblesse et de pureté d’âme pour notre monde aujourd’hui si dépravé, — disait-elle. — Personne n’aime la vertu, elle gêne tout le monde. ”
“ Les Français me viseraient trop facilement et je craindrais de ne pas pouvoir monter à cheval. Parmi les personnes qui faisaient l’objet des conversations dans le salon de Julie, il fut question des Rostov. — On dit que leurs affaires sont très mauvaises, dit Julie ; et le comte lui-même est si désordonné !... Les Razoumovski ont voulu acheter sa maison et le domaine près de Moscou, et tout cela traîne ; il en demande très cher. ”
Léon Tolstoï,
Contes et fables
“ Il cracha et quitta Rostov. Il revint dans son pays en lapti, à pied, sans sac de voyage, — n’ayant rien à y mettre, — se nourrissant en route de ce qu’on lui donnait. Il reprit son emploi, et redevint passeur. Depuis cette époque, il vit comme auparavant ; il est déjà vieux. Tout le monde le connaît, l’aime ; et lui, content de son sort, tire la corde du bac, et ne demande plus de richesses à Dieu. ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ Folies! On pouvait tuer, voler et pourtant être encore heureux.XVIIl y avait longtemps que la musique n'avait fait éprouver à Rostow de pareilles jouissances. À peine Natacha eut-elle fini sa barcarolle que le sentiment de la réalité lui revint, et il gagna sa chambre sans mot dire. Un quart d'heure après, le vieux comte revenait du club, gai et content; son fils se rendit chez lui.«Eh bien, t'es-tu amusé?» lui demanda-t-il, en souriant d'orgueil à sa vue. Nicolas essaya en vain de dire oui... il étouffait. Son père allumait sa pipe, sans remarquer son trouble. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ « Tout est fini et je suis un poltron, oui, un poltron, » pensa Rostov. En soupirant lourdement, il prit des mains du soldat son Gratchik et l’enfourcha. — Qu’était-ce ? La mitraille ? — demanda-t-il à Denissov. — Pa’bleu ! Quelle mit’aille ! — cria Denissov. — On a t’availlé b’avement ! le t’avail n’était pas commode. L’attaque c’est une belle chose, on f’appe en face ; mais ici, diable ! on tape par de’ière. Et Denissov s’éloigna vers le groupe arrêté non loin de Rostov et qui se composait du colonel, de Nesvitzkï, de Jerkov et de l’officier de la suite. ”
“ Suivre la route qui éclairait dans le brouillard, c’était moins dangereux parce qu’on pouvait remarquer plus vite les hommes. « Suis-moi, » cria-t-il. Il coupa la route, et au galop s’engagea sur la colline, vers cet endroit où se tenait le soir, un piquet français. — Votre Seigneurie ! Voilà ! — prononça derrière lui un des hussards, et Rostov n’avait pas encore aperçu quelque chose qui semblait noir dans le brouillard, que déjà brillait la flamme, craquait un coup et qu’une balle, comme en gémissant, sifflait haut dans le brouillard et disparaissait. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ C’est bien facile à Rostov, à qui le père envoie des dizaines de mille roubles, de dire qu’il ne veut s’humilier devant personne et qu’il ne sera le valet de personne, mais moi qui n’ai que ma tête, je dois faire une carrière et ne pas laisser échapper les occasions mais en profiter. ”
“ Rostow le vit aussi clairement que s’il l’avait connue toute sa vie ; il comprit qu’il avait devant lui un être différent de ceux qu’il avait rencontrés jusque-là, et beaucoup meilleur, surtout supérieur à lui-même. La conversation roula sur différents sujets : il fut question de la guerre, de leur dernière rencontre, sur laquelle Nicolas glissa légèrement, de la femme du gouverneur et de leur parenté mutuelle. La princesse Marie ne fit aucune allusion à son frère, et changea même de conversation, lorsque sa tante en parla. ”
“ Il prononça le salut, et le premier régiment, cria : « Hourra ! » si longuement, si fort et si joyeusement que les hommes eux-mêmes s’effrayaient de leur nombre et de la force de l’énorme masse qu’ils composaient. Rostov se trouvait au premier rang de l’armée de Koutouzov, de qui l’Empereur s’approcha tout d’abord. Il éprouvait le sentiment de tous les hommes de cette armée : l’oubli de soi-même, la conscience fière de la puissance et de l’enthousiasme passionné pour celui qui était le centre de ce triomphe. ”
“ Bien qu’elle eût fermement décidé de ne plus aller chez les Rostov et d’oublier tout, elle se sentait toujours dans une situation fausse et quand elle se demandait ce qui la tourmentait, elle devait s’avouer que c’était ses rapports avec Rostov. ”
Léon Tolstoï,
Contes et fables
“ Tant bien que mal, Timopheïtch put cependant se rendre à Rostov. Quand le passeur vit toutes les richesses qu’il allait posséder, il ne put d’abord en croire ses yeux. Jamais dans ses rêves il n’avait osé espérer autant. ”
