“ « Oui, c’est un bretteur, pensait Pierre. Pour lui, tuer un homme ne compte pas. Il doit lui sembler que tous sont des poltrons et ce doit lui être agréable. Il doit penser que moi aussi j’ai peur de lui. Et en effet, j’ai peur. » À ces pensées, Pierre sentait de nouveau quelque chose de terrible et de monstrueux s’élever dans son âme. Dolokhov, Denissov et Rostov assis en face de Pierre paraissaient très gais. Rostov causait gaiement avec ses deux amis dont l’un était un brave hussard, l’autre un bretteur réputé, un polisson qui, de temps en temps, jetait un regard moqueur sur Pierre. ”
Pierre Rostov
Définition et enjeux
Citations sur “Pierre Rostov”
“ Mais quand il prononça les dernières paroles sur les Rostov, la gêne de la princesse Marie s’accentua. De nouveau son regard alla de Pierre à la dame de compagnie, et elle dit : — Est-ce que vous ne reconnaissez pas ? Pierre regarda encore une fois le visage pâle, mince, aux yeux noirs, à la bouche bizarre, de la dame de compagnie. Quelqu’un de proche, oublié depuis longtemps et plus que charmant le regardait avec des yeux attentifs. « Mais non, ce n’est pas possible, pensa-t-il ; le visage maigre, pâle et vieilli ! Ce ne peut être elle. Ce n’est que son souvenir. » ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Pierre fréquentait toujours la société, buvait toujours beaucoup et menait la même vie oisive et distraite, parce qu’en dehors des heures qu’il passait chez les Rostov, il lui fallait employer le reste du temps, et les habitudes et les connaissances faites à Moscou l’entraînaient invinciblement dans la vie qui le subjuguait. ”
“ À la fin du jeûne de la Saint-Pierre, Agraféna Ivanovna Biélova, voisine de campagne des Rostov, vint à Moscou pour y saluer les reliques. Elle proposa à Natacha de faire ses dévotions et celle-ci accepta avec empressement. Malgré que le docteur lui eut défendu de sortir de bonne heure, Natacha insista pour faire ses dévotions, et les faire non comme à l’ordinaire chez les Rostov, c’est-à-dire assister, à la maison, à trois offices, mais comme les faisait Agraféna Ivanovna, c’est-à-dire ne manquer ni matines, ni messes, ni vêpres, pendant toute une semaine. ”
“ En apercevant son visage russe, en reconnaissant du premier abord et par ses premiers mots qu’elle avait affaire à un homme de son monde, elle le regarda de son regard profond, rayonnant, et se mit à parler d’une voix entrecoupée et tremblante d’émotion. Rostov vit aussitôt dans cette rencontre quelque chose de romanesque : une jeune fille sans défense, accablée de douleur, seule, laissée à la merci de paysans grossiers révoltés. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Le voile noir de la nuit tombait à la distance d’une archine de la lumière des charbons. Dans cette lumière tourbillonnaient les petites poussières de la neige tombante. Touchine n’était pas de retour. Le médecin ne venait pas. Il était seul ; un soldat seulement était maintenant assis tout nu de l’autre côté et chauffait son corps maigre, jaune. « Je ne suis plus nécessaire à personne ! » pensait Rostov. « Il n’y a personne pour me secourir, pour me plaindre. Et moi aussi, autrefois, à la maison, j’étais fort, joyeux, aimé. » ”
“ Durant cette demi-heure, Rostov parcourut mille fois, d’un regard obstiné, tendu, inquiet, la lisière de la forêt : deux chênes, étalant leurs branches sur un massif de tremble, le fossé aux bords défoncés par l’eau et le bonnet de l’oncle émergeant à peine d’un buisson, à droite. « Mais je n’aurai pas cette chance, pensait-il. Et ce serait si facile ! Non, ce ne sera pas ! Dans les cartes et à la guerre et en tout, je n’ai jamais de chance ! » ”
“ Mais, tel un jeune homme amoureux, qui tremblant et ému n’ose dire ce à quoi il rêve pendant les nuits et regarde effrayé en cherchant l’aide ou la possibilité de l’ajournement ou la fuite quand est venu le moment désiré, quand il est seul, en tête-à-tête avec elle, tel était Rostov ; maintenant qu’il avait ce qu’il désirait le plus au monde, il ne savait comment s’approcher de l’Empereur, et à lui se présentaient mille considérations qui lui montraient que c’était incommode, inconvenant et impossible. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Il n’était pas riche, mais il employait son argent jusqu’au dernier sou pour être habillé mieux que les autres. Il préférait se priver de beaucoup de plaisirs que d’aller en mauvais équipage ou passer en uniforme défraîchi dans les rues de Pétersbourg. Il ne recherchait que la connaissance des personnes supérieures à lui et pouvant ainsi lui être utiles. Il aimait Pétersbourg et méprisait Moscou. Le souvenir de la maison des Rostov et de l’amour enfantin de Natacha lui était désagréable, et, depuis son départ de l’armée, pas une seule fois il n’était allé chez les Rostov. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Comme ça, les enfants, hein ! C’est lourd les livres ! — Oui, on a écrit... on s’est pas amusé ! dit un paysan de haute taille, au visage rond, en clignant des yeux avec importance et désignant les dictionnaires qui étaient en dessus. Rostov, qui ne voulait pas s’imposer à la princesse, n’allait pas chez elle mais restait au village en attendant son départ. Quand il vit les voitures de la princesse Marie quitter la maison, il monta à cheval et l’accompagna jusqu’à la route occupée par nos troupes, à douze verstes de Bogoutcharovo. ”
“ « Qu’ai-je fait ? »... pensa-t-il. Faisant volte-face il retourna à cet endroit où il avait vu l’Empereur. Mais il n’y avait plus personne derrière le fossé. Il ne vit que des chariots et des voitures qui passaient par là. Rostov apprit d’un des conducteurs que l’état-major de Koutouzov se trouvait non loin d’ici, dans un village où se rendaient les fourgons. Rostov les suivit. ”
“ Pour cette raison, il ne put aller à la campagne avec sa famille et passa tout l’été à Moscou, dans sa nouvelle fonction. Dolokhov se rétablit, et Rostov resserra ses liens d’amitié avec lui surtout pendant sa convalescence. Dolokhov malade était soigné chez sa mère qui l’aimait passionnément. La vieille Marie Ivanovna, qui s’attachait à Rostov à cause de son amitié pour son Fédia, lui causait souvent de son fils. — Oui, comte, il a trop de noblesse et de pureté d’âme pour notre monde aujourd’hui si dépravé, — disait-elle. — Personne n’aime la vertu, elle gêne tout le monde. ”
“ Il prononça le salut, et le premier régiment, cria : « Hourra ! » si longuement, si fort et si joyeusement que les hommes eux-mêmes s’effrayaient de leur nombre et de la force de l’énorme masse qu’ils composaient. Rostov se trouvait au premier rang de l’armée de Koutouzov, de qui l’Empereur s’approcha tout d’abord. Il éprouvait le sentiment de tous les hommes de cette armée : l’oubli de soi-même, la conscience fière de la puissance et de l’enthousiasme passionné pour celui qui était le centre de ce triomphe. ”
“ QUATRIÈME PARTIE I Au commencement de 1806, Nicolas Rostov vint en congé. Denissov allait aussi chez lui à Voronèje et Rostov le persuada de l’accompagner à Moscou et de s’arrêter pour quelque temps chez eux. ”
“ Ce serait très bien pour les Rostov ; on dit qu’ils sont tout à fait ruinés. — Non, je vous demande si vous connaissez mademoiselle Rostov. — J’ai entendu seulement parler de cette histoire. C’est dommage. ”
“ Les Français me viseraient trop facilement et je craindrais de ne pas pouvoir monter à cheval. Parmi les personnes qui faisaient l’objet des conversations dans le salon de Julie, il fut question des Rostov. — On dit que leurs affaires sont très mauvaises, dit Julie ; et le comte lui-même est si désordonné !... Les Razoumovski ont voulu acheter sa maison et le domaine près de Moscou, et tout cela traîne ; il en demande très cher. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Il se passe tant de choses la nuit. Eh ! cria-t-il à son cheval qui s’impatientait. Le cheval de Rostov aussi s’impatientait, frappait du pied le sol gelé, en écoutant les sons et regardant les feux. Les cris augmentaient toujours et se confondaient en une clameur générale, que seule, une armée de plusieurs milliers d’hommes pouvait produire. Les feux se dispersaient de plus en plus, probablement sur toute la ligne du camp français. Rostov n’avait plus sommeil. Les cris joyeux, triomphants, de l’armée ennemie l’excitaient : Vive l’Empereur ! l’Empereur ! — distinguait maintenant Rostov. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ « Je ne désirerais rien si j’étais là-bas, » pensa Rostov. « En moi seul et dans ce soleil, il y a tant de bonheur, et ici... les gémissements, les souffrances, la peur, et cette incertitude, cette fièvre... De nouveau on crie quelque chose, de nouveau tous retournent là-bas en courant et je cours avec eux, et voilà... la mort est près de moi, autour de moi... Encore un moment, et déjà je ne verrai plus jamais ce soleil, cette eau, ce col... » ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Si l’homme pouvait trouver un état où, étant oisif, il se sentirait utile en faisant son devoir, il retrouverait une partie de sa béatitude première. Une classe entière, la classe militaire, jouit de cet état d’oisiveté obligatoire et irréprochable, et c’est précisément en cette oisiveté obligatoire et irréprochable que réside l’attrait principal du service militaire. Nicolas Rostov éprouvait complètement cette béatitude depuis 1807, en continuant de servir dans le régiment de Pavlograd où il commandait déjà l’ancien escadron de Denissov. ”
Léon Tolstoï,
Contes et fables
“ Il cracha et quitta Rostov. Il revint dans son pays en lapti, à pied, sans sac de voyage, — n’ayant rien à y mettre, — se nourrissant en route de ce qu’on lui donnait. Il reprit son emploi, et redevint passeur. Depuis cette époque, il vit comme auparavant ; il est déjà vieux. Tout le monde le connaît, l’aime ; et lui, content de son sort, tire la corde du bac, et ne demande plus de richesses à Dieu. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ « Tout est fini et je suis un poltron, oui, un poltron, » pensa Rostov. En soupirant lourdement, il prit des mains du soldat son Gratchik et l’enfourcha. — Qu’était-ce ? La mitraille ? — demanda-t-il à Denissov. — Pa’bleu ! Quelle mit’aille ! — cria Denissov. — On a t’availlé b’avement ! le t’avail n’était pas commode. L’attaque c’est une belle chose, on f’appe en face ; mais ici, diable ! on tape par de’ière. Et Denissov s’éloigna vers le groupe arrêté non loin de Rostov et qui se composait du colonel, de Nesvitzkï, de Jerkov et de l’officier de la suite. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Je fais gagner les autres, et toi, tu perds. As-tu peur de moi ? répéta-t-il. Rostov obéit ; il laissa les huit cents roubles inscrits et plaça le sept de cœur, dont un coin était déchiré, et qu’il avait ramassé à terre. Il s’en souvint bien, après. Il mit le sept de cœur, en y inscrivant avec un bout de craie : 800, en chiffres ronds, droits ; il but un verre de champagne déjà échauffé, sourit aux paroles de Dolokhov, et, avec un battement de cœur, en attendant le sept, se mit à observer les mains de Dolokhov qui tenait la taille. ”
“ Les Rostov connaissaient tout Moscou. Cette année, le vieux comte avait assez d’argent parce qu’il avait réengagé tous les domaines. C’est pourquoi Nikolenka devenu propriétaire d’un trotteur et portant les pantalons à la dernière mode, tels que personne n’en avait encore à Moscou, les chaussures les plus élégantes, les plus pointues, et des petits éperons d’argent, passait son temps très gaiement. Rostov éprouvait, en se retrouvant à la maison, le sentiment agréable de s’accoutumer, après un certain temps, aux anciennes conditions de la vie. ”
“ Suivre la route qui éclairait dans le brouillard, c’était moins dangereux parce qu’on pouvait remarquer plus vite les hommes. « Suis-moi, » cria-t-il. Il coupa la route, et au galop s’engagea sur la colline, vers cet endroit où se tenait le soir, un piquet français. — Votre Seigneurie ! Voilà ! — prononça derrière lui un des hussards, et Rostov n’avait pas encore aperçu quelque chose qui semblait noir dans le brouillard, que déjà brillait la flamme, craquait un coup et qu’une balle, comme en gémissant, sifflait haut dans le brouillard et disparaissait. ”
“ Quand Rostov s’approcha d’elle, elle était debout et payait sa perte aux cartes. Elle cligna les yeux sévèrement, le regarda avec importance, et continua de faire des reproches au général qui avait gagné. — Très heureuse, mon cher, dit-elle ensuite à Rostov, en lui tendant la main. Je vous invite chez moi, s’il vous plaît. ”
“ Jusqu’ici tout va bien, mais j’avoue que je désirerais beaucoup être nommé aide de camp et ne pas rester dans les rangs. — Pourquoi ! — Parce qu’une fois engagé dans la carrière militaire il faut tâcher, autant que possible, de la faire brillante ! — Ah ! voilà ! dit Rostov songeant à autre chose. Il regardait fixement, interrogativement dans les yeux de son ami, y cherchant visiblement et en vain la solution d’une question. Le vieux Gavrilo apporta du vin. — Ne faudrait-il pas maintenant envoyer chercher Alphonse Karlitch ? dit Boris ; il boira avec toi, moi je ne puis pas. ”
“ À l’avant-dernier relais, Denissov rencontra un camarade et but avec lui trois bouteilles de vin, et, en s’approchant de Moscou, malgré les secousses de la route, il ne s’éveillait pas. Il s’était couché au fond du traîneau près de Rostov dont l’impatience croissait au fur et à mesure qu’ils s’approchaient de Moscou. « Est-ce bientôt ? Est-ce bientôt ? Oh ! ces insupportables rues, ces boutiques, ces réverbères, ces cochers ! » pensait Rostov après qu’ils eurent montré leur permission à la barrière en entrant à Moscou. — Denissov ! nous sommes arrivés !... Il dort ! ”
“ Bien qu’elle eût fermement décidé de ne plus aller chez les Rostov et d’oublier tout, elle se sentait toujours dans une situation fausse et quand elle se demandait ce qui la tourmentait, elle devait s’avouer que c’était ses rapports avec Rostov. ”
“ Vous cherchez Vassili Dimitritch Denissov, c’est mon compagnon — fit-il en devinant qui cherchait Rostov. — C’est ici, ici. Et Touchine l’emmena dans l’autre chambre où résonnaient les rires de quelques voix. — « Et comment peuvent-ils, non seulement rire, mais vivre ici ? » pensa Rostov, sentant cette odeur de cadavre dont était imprégné l’hôpital des soldats et voyant ces regards curieux qui l’accompagnaient des deux côtés, et le visage du jeune soldat avec les yeux tournés en haut. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ La voix enthousiaste du jeune Rostov était perçue à travers les trois cents voix. Il pleurait presque : « À la santé de l’empereur ! Hourra ! » cria-t-il. D’un trait il vida sa coupe et la jeta à terre. Beaucoup suivirent son exemple. Longtemps des cris se firent entendre. Quand les voix se turent, les valets ramassèrent les débris des verres, tous se rassirent et échangèrent des regards en souriant à leurs cris. ”
“ À l’automne la famille Rostov revint à Moscou. Denissov y retourna au commencement de l’hiver et s’arrêta chez eux. Ces premiers mois de l’hiver de 1806 que Rostov passa à Moscou furent des plus heureux et des plus gais pour lui et toute sa famille. Nicolas attirait beaucoup de jeunes gens dans la maison de ses parents. Véra était une belle fille de vingt ans, Sonia une jolie belle de seize ans, dans tout l’éclat d’une fleur qui vient de s’épanouir. Natacha, mi femme, mi enfant, avec tantôt les drôleries d’une enfant, tantôt le charme de la jeune fille. ”
“ Rostov soucieux de ses relations avec Bogdanitch, s’arrêta sur le pont ne sachant que faire. Il n’y avait personne à pourfendre (comme il s’était toujours imaginé le combat) ; aider à enflammer le pont, il ne le pouvait pas non plus, puisqu’il n’avait pas pris de paille, comme les autres soldats. Il était debout et regardait, quand soudain, quelque chose craqua sur le pont comme un bruit de noix, et l’un des hussards, le plus proche de lui, tombait sur le parapet en gémissant. Rostov avec les autres courut près de lui. De nouveau quelqu’un cria : brancard ! ”
