“ Natacha jeta sur les glaces un regard curieux, mais ne put parvenir à s’y voir, tellement tout se confondait et se mêlait dans ce chatoyant défilé ! À son entrée dans le premier salon, elle fut tout assourdie et ahurie par le bourdonnement des voix, le bruit de la foule, l’échange des compliments et des saluts, et aveuglée par l’éclat des lumières. Le maître et la maîtresse de la maison se tenaient à la porte et accueillaient depuis une heure leurs invités avec l’éternelle phrase : « Charmé de vous voir, » que les Rostow durent, comme tous les autres, entendre à leur tour. ”
Natacha Rostova
Définition et enjeux
Citations sur “Natacha Rostova”
“ On se pressait autour de la porte du salon, car on attendait l’Empereur, et la comtesse Rostow s’arrêta au milieu d’un des groupes le plus en vue. Natacha sentait et entendait qu’elle excitait la curiosité ; elle devina qu’elle avait plu tout d’abord à ceux qui s’inquiétaient de savoir qui elle était, et sa première émotion en fut un peu calmée. « Il y en a qui nous ressemblent, il y en a qui sont moins bien, » pensa-t-elle. ”
“ « Nathalie ! murmura-t-il en pressant fortement ses mains dans les siennes... Nathalie ! — Je ne comprends rien, je ne puis rien vous dire, » sembla lui répondre le regard éperdu de Natacha... Des lèvres brûlantes effleurèrent les siennes..., mais au même instant il s’arrêta et Natacha se sentit délivrée... Le frou-frou d’une robe et un bruit de pas venaient de se faire entendre à l’entrée du boudoir... c’était Hélène ! Natacha la vit s’approcher : interdite et frémissante, elle se retourna vers lui comme pour lui demander une explication, et alla à la rencontre de la comtesse. ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ Natacha rougit.—Tu dois te rappeler, tu sais, avant ton départ.... Eh bien, elle assure que tu oublieras tout cela.... Et elle dit: «Je l'aimerai, moi, toujours; mais lui il faut qu'il soit libre!» N'est-ce pas que c'est beau et que c'est noble, bien noble, n'est-ce pas?»Et Natacha demandait cela avec un tel sérieux et avec une telle émotion, qu'on voyait bien qu'elle devait s'être attendrie plus d'une fois déjà sur ce sujet. Rostow réfléchit quelques secondes. ”
“ VIII Ce même soir, les Rostow allèrent à l’Opéra, où Marie Dmitrievna leur avait procuré une loge. Natacha n’y tenait guère, mais, comme cette attention était à son adresse, il ne lui était pas possible de refuser. Elle s’habilla, et, en allant à la grande salle pour y attendre son père, elle passa devant une psyché, qui refléta son image : elle ne put s’empêcher de se regarder dans la glace et de se trouver jolie, si jolie même qu’en se voyant elle se sentit pénétrée d’une amoureuse langueur. ”
“ Natacha riait à chaque mot, non de ce qu’il disait, mais parce que la joie qui remplissait son âme ne pouvait se traduire que par le rire. « Comme c’est bien ! c’est parfait ! » répétait-elle. Et Rostow, sous l’influence de ces chaudes effluves de tendresse, retrouvait insensiblement ce sourire d’enfant, qui, depuis son départ, ne s’était pas épanoui une seule fois sur ses traits. « Sais-tu que tu es devenu un homme, un véritable homme ?... et je suis si fière de t’avoir pour frère ! » Elle lui passa les doigts sur la moustache. ”
“ Natacha, étendue sur le lit, examinait dans la demi-obscurité les traits de la princesse Marie : « Lui ressemble-t-elle ? se demandait Natacha. Oui et non : elle a quelque chose de particulier, d’étrange, quelque chose qui m’est inconnu, mais elle m’aime, et son cœur est essentiellement bon... mais que pense-t-elle ? Comment me juge-t-elle ? » ”
“ Comment était-il possible que Natacha, cette charmante enfant si passionnément aimée de Bolkonsky, se fût éprise d’un imbécile comme cet Anatole, que lui, Pierre, savait être marié, et cela au point de rompre avec son fiancé et de se laisser enlever ! Il ne pouvait ni le comprendre ni l’admettre. La sympathique figure de Natacha ne s’alliait pas dans son esprit avec autant d’abjection, de cruauté et de sottise : « Elles sont toutes les mêmes, se dit-il en pensant à sa femme ; je ne suis donc pas le seul qui se soit attaché à une vilaine créature !... » ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Ayant trouvé dans son réticule ce qu’elle y cherchait, elle le donna à Natacha. C’était une lettre de la princesse Marie. — Elle t’écrit, dit-elle ; elle se tourmente, la pauvre ; elle a peur que tu penses qu’elle ne t’aime pas. — Mais elle ne m’aime pas, dit Natacha. — Ne dis pas de bêtises ! s’écria Maria Dmitrievna. — Je n’en croirai personne. Je sais qu’elle ne m’aime pas, dit hardiment Natacha en prenant la lettre. Et sur son visage s’exprimait une résolution froide et méchante qui força Maria Dmitrievna à la fixer et à froncer les sourcils. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Son visage était triste, et il avait encore grossi depuis que Natacha l’avait vu. Sans remarquer personne, il passa au premier rang ; Anatole s’approcha de lui et se mit à lui dire quelque chose, en montrant la loge des Rostov. Pierre s’anima en apercevant Natacha, et hâtivement traversa les rangs jusqu’à leur loge. Il s’y accouda, et en souriant, causa à Natacha. Pendant sa conversation avec Pierre, Natacha entendit de la loge de la comtesse Bezoukhov une voix d’homme ; elle devina que c’était celle de Kouraguine. Elle se tourna et leurs yeux se rencontrèrent. ”
“ Le visage de Natacha tremblait. Elle fronça les sourcils et, pour un moment, baissa les yeux. Pendant une seconde, elle hésita à parler. — Oui, ce fut un bonheur ! prononça-t-elle d’une voix profonde de poitrine. Pour moi, ce fut certainement un bonheur. Elle se tut. — Et lui... lui... il disait qu’il le désirait, au moment où je suis venue vers lui... La voix de Natacha s’entrecoupait. Elle rougit, appuya les mains sur ses genoux et, tout à coup, faisant un effort sur soi, elle releva la tête et se mit à parler rapidement. ”
“ Va, va près de lui. Il demande ta main, dit la comtesse froidement, à ce qu’il sembla à Natacha. Va, va, répétait-elle avec tristesse et reproche derrière sa fille qui courait ; et elle soupirait péniblement. Natacha ne se souvenait pas comment elle entrait au salon. À la porte, elle l’aperçut et s’arrêta. « Est-ce que cet étranger est maintenant devenu tout pour moi ? » se demanda-t-elle et elle se répondit aussitôt : « Oui, tout. Lui seul m’est maintenant plus cher que tout au monde ! » Le prince André s’approcha d’elle les yeux baissés. ”
“ Natacha était allongée droite et immobile, et regardait devant elle un sphinx d’acajou sculpté au coin du lit, de sorte que la comtesse ne voyait qu’en profil le visage de sa fille. Ce visage frappa la comtesse par son expression sérieuse et concentrée. Natacha écoutait et pensait. — Eh bien ! quoi donc ? dit-elle. — Tu lui as tout à fait tourné la tête, pourquoi ? Que veux-tu de lui ? Tu sais que tu ne peux pas l’épouser. — Pourquoi ? demanda Natacha sans changer de position. — Parce qu’il est jeune, pauvre, parent... parce que toi-même tu ne l’aimes pas. ”
“ Natacha devina qu’ils parlaient d’elle, et elle en fut flattée : elle se plaça même de façon à leur montrer son profil, ce qui, dans son sentiment intime, devait mieux faire valoir sa jolie figure. Un peu avant le second acte, on vit paraître Pierre, que les Rostow n’avaient pas encore aperçu. Il semblait triste et il avait encore engraissé. À la vue de Natacha, il pressa le pas, s’approcha d’elle, et ils échangèrent quelques mots. Se retournant par hasard, elle rencontra au même moment le regard du beau Kouraguine. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Depuis son mariage, Natacha vivait avec son mari à Moscou, à Pétersbourg, à la campagne près de Moscou et chez sa mère, c’est-à-dire chez Nicolas. Dans le monde on voyait très peu la jeune comtesse et ceux qui la rencontraient se montraient déçus : elle n’était ni gracieuse ni aimable. Ce n’est pas qu’elle aimât la solitude (elle ne savait pas au juste si elle l’aimait ou non) , mais mettant au monde et allaitant des enfants, participant à chaque moment de la vie de son mari, elle était obligée de renoncer au monde. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Elle le voyait de nouveau tel qu’il était à Mitistchi, à Troïtza, à Iaroslav ! Elle voyait son visage, entendait sa voix, répétait leurs paroles, parfois inventait pour elle et pour lui celles qu’ils auraient pu dire. « Le voilà, il est couché dans le fauteuil, en petite pelisse de velours, la tête appuyée sur sa main maigre, pâle, la poitrine enfoncée, les épaules soulevées ; ses lèvres sont serrées, ses yeux brillent, sur son front pâle paraît et disparaît un pli ; un de ses pieds tremble mais presque imperceptiblement. » Natacha sait qu’il lutte contre des souffrances terribles. ”
Fédor Dostoïevski,
Humiliés et offensés
“ Quelle admiration elle aurait pour toi, si elle te voyait, ma Natacha bien-aimée ! Vous êtes créées pour être sœurs : il faut que vous vous aimiez, c’est une pensée qui ne me quitte pas. Je voudrais vous voir ensemble, et être là, à vous regarder. Ne va pas t’imaginer quoi que ce soit, Natacha, et laisse-moi te parler d’elle. Quand je suis avec toi, j’ai le désir de parler d’elle, et avec elle, celui de parler de toi. Tu sais bien que je t’aime plus que toute autre, plus qu’elle... Tu es tout pour moi ! Natacha le regardait d’un œil doux, mais plein de tristesse. ”
“ Il chantait d’une voix passionnée, en fixant sur Natacha, effrayée et heureuse, ses yeux noirs brillants. — C’est beau ! admirable ! criait Natacha. Encore l’autre couplet, dit-elle sans remarquer Nicolas. — Ici, toujours la même chose, — pensa Nicolas, en regardant le salon où il aperçut Véra et sa mère avec la vieille dame. — Ah ! voilà Nikolenka ! Natacha courut vers lui. — Papa est à la maison ? demanda-t-il. — Comme je suis heureuse que tu sois venu ! dit Natacha sans répondre ; nous sommes si gais. Vassili Dmitrievitch est resté une journée de plus pour moi, tu sais ? ”
Fédor Dostoïevski,
Humiliés et offensés
“ Je t’aimais de toute la force de mon âme, je me serais arraché le cœur, je l’aurais jeté sanglant à tes pieds... ô ma fille !... — Oui, embrassez-moi, cruel, sur les lèvres, sur le visage, comme maman m’embrasse ! s’écria Natacha d’une voix émue, faible et entrecoupée par les larmes. — Et sur les yeux aussi ! sur les yeux ! comme autrefois, tu t’en souviens, reprit le vieillard. Ô Natacha ! Ne me voyais-tu pas quelquefois dans tes rêves ? Je te voyais chaque nuit, moi ! une fois je t’ai vue toute petite encore : tu avais dix ans, tu te rappelles, alors que tu commençais à étudier le piano ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Sonia ! Tu dors ? Maman ? chuchota-t-elle. Personne ne répondit. Natacha se leva doucement et sans bruit, se signa, posa ses pieds minces, nus, sur le parquet froid et sale qui grinça. Elle fit quelques pas en marchant comme un jeune chat et toucha le loquet froid de la porte. Il lui semblait que quelque chose de lourd frappait dans tous les murs de l’isba. C’était son cœur qui battait de crainte, d’effroi et d’amour. Elle ouvrit la porte, en franchit le seuil et posa le pied sur la terre humide et froide du vestibule. Le froid qui la saisit la rafraîchit. Son pied nu heurta un homme endormi. ”
“ N’en avait-elle pas à tout jamais terni la radieuse pureté ? Un digne et respectable vieillard officiait avec la douce onction qui pénètre et repose l’âme de ceux qui prient. Les portes saintes se refermèrent, et derrière le rideau lentement tiré une voix mystérieuse murmura quelques paroles. Les yeux de Natacha se remplirent involontairement de larmes, et une douce et énervante émotion envahit tout son être. ”
“ La comtesse, allongée sur sa chaise, se crispait gauchement, étrangement et se frappait la tête contre le mur. Sonia et les femmes de chambre lui tenaient les bras. — Natacha ! Natacha ! fit-elle, ce n’est pas vrai ! ce n’est pas vrai !... Ils mentent !... Natacha !... criait-elle en repoussant ceux qui l’entouraient. Allez-vous-en tous ! Ce n’est pas vrai ! On l’a tué ! Ah ! ah ! ah ! Ce n’est pas vrai ! Natacha appuya un genou sur la chaise, se pencha sur sa mère, l’enlaça, et, avec une force qu’on n’attendait pas d’elle, la souleva, tourna vers soi son visage et se serra contre elle. ”
“ Natacha avait peur de manquer les matines. Elle se levait vivement, s’habillait le plus modestement possible, vêtait une vieille robe, un vieux manteau, et, frissonnant de froid, elle sortait dans les rues désertes éclairées par l’aube matinale. Sur les conseils d’Agraféna Ivanovna, Natacha ne faisait pas ses dévotions dans sa paroisse mais dans une église où, selon la pieuse madame Biélova, il y avait un prêtre aux mœurs les plus austères et les plus dignes. À l’église il y avait toujours peu de monde. ”
“ ÉPILOGUE [1] I Le mariage de Natacha, devenue la femme de Besoukhow en 1813, fut le dernier heureux événement pour nos vieux amis les Rostow. Le comte Ilia Andréïévitch mourut la même année, et, comme il arrive toujours, avec lui s’effondra sa famille, telle que nous l’avons connue. L’incendie de Moscou, la mort du prince André, la douleur de Natacha, la fin prématurée de Pétia, le désespoir de la comtesse, tous ces coups successifs finirent par accabler le pauvre comte. ”
“ Natacha avait cru que sa vie était finie lorsque son affection pour sa mère lui démontra que l’essence de son être, c’est-à-dire l’amour, était encore vivace en elle, et, l’amour une fois réveillé dans son âme, elle revint à la vie. Les derniers jours du prince André avaient déjà lié Natacha et la princesse Marie ; ce nouveau malheur les rapprocha davantage. Cette dernière avait remis son départ ; elle soigna avec dévouement Natacha, dont les forces physiques avaient été soumises à une trop rude épreuve dans la chambre de sa mère, et qui était tombée malade à son tour. ”
Eugène-Melchior de Vogüé,
Revue des Deux Mondes
“ Tout autre est Natacha Rostof, l’enfant vibrante et séduisante, aimée de tous, éprise de plusieurs, et qui traverse toute cette œuvre sévère, laissant derrière elle un parfum d’amour. Elle est bonne, droite, sincère, mais esclave de sa sensibilité ”
“ « La ville ne m’a pas trop plu à mon arrivée, lui répondit-il en souriant. Ce qui rend une ville agréable, ce sont les jolies femmes, n’est-il pas vrai ? et il n’y en avait pas. À présent, c’est autre chose : je m’y trouve à merveille. Venez au carrousel, comtesse, vous serez la plus jolie, et, comme gage, donnez-moi cette fleur. » Natacha, sans comprendre l’intention cachée sous ces paroles, en sentit cependant toute l’inconvenance. ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome I
“ Il n'y a rien à comprendre! s'écriait Natacha avec une obstination volontaire, il est méchant, il n'a pas de cœur! Quant à ton Denissow, je l'aime! C'est un mauvais sujet, c'est possible, et pourtant je l'aime!... C'est pour te dire que je comprends! Tout est calculé chez l'autre, et c'est ce que je n'aime pas!—Oh! Denissow, c'est autre chose, répondit Rostow en ayant l'air de donner à entendre que celui-là ne pouvait être comparé à Dologhow.—Son âme si belle!... Il faut le voir avec sa mère... quel cœur! ”
“ « Ce n’est pas possible qu’ils ne m’aiment pas ; tout le monde m’a toujours aimée, et je suis prête à les aimer parce que lui est son père et elle sa sœur ; vraiment ils n’auront pas de raison de ne point m’aimer, » pensait Natacha. Ils arrivèrent à la vieille maison sombre de Vozdvijenka et entrèrent dans le vestibule. — Eh bien, que Dieu nous bénisse ! prononça le comte mi-plaisant mi-sérieux. Mais Natacha remarqua que son père se hâtait en entrant dans le vestibule et qu’il demandait timidement, à voix basse, si le prince et la princesse étaient chez eux. ”
