“ Daria Alexandrovna, vêtue d’une matinée, sa maigre chevelure, autrefois si belle et si épaisse, nouée en tresse sur le sommet de la tête, le visage fané, amaigri, les yeux effrayés, encore agrandis par la maigreur, était debout, entourée d’objets en désordre devant un chiffonnier ouvert dont elle triait d’autres objets. ”
Daria Alexandrovna
Définition et enjeux
Citations sur “Daria Alexandrovna”
“ Quant à l’enfant, ses cheveux noirs, son air de santé et son amusante façon de ramper firent la conquête de Daria Alexandrovna ; sa robe retroussée par derrière, ses beaux yeux regardant les spectatrices d’un air satisfait, comme pour leur prouver qu’elle était sensible à leur admiration, la petite fille avançait énergiquement à l’aide des pieds et des mains, semblable à un joli animal. ”
“ Daria Alexandrovna entama la conversation avec ces femmes. Tout d’abord les paysannes se mirent à rire, en se cachant la bouche de la main, ne comprenant pas bien les questions, mais bientôt elles s’enhardirent et se mirent à causer ; bref, par leur sincère admiration des enfants, elles gagnèrent la sympathie de Daria Alexandrovna. — Ah ! ma belle ! Tu es blanche comme du lait ! disait l’une d’elles en admirant Tania ; puis, hochant la tête... Mais comme elle est maigre ! ”
“ Daria Alexandrovna ne voulait pas quitter les femmes tant elle était intéressée par leur conversation lui révélant l’identité de leurs intérêts ; elle était particulièrement touchée de voir que les paysannes admiraient surtout le nombre et la beauté de ses enfants. Puis ces femmes la firent rire et choquèrent miss Hull par leurs éclats intempestifs. Une des plus jeunes regardait attentivement l’Anglaise qui se rhabillait la dernière et mettait successivement trois jupes ; finalement, elle ne put s’empêcher de s’écrier : « Eh bien ! elle en met, elle en met, ça n’en finit pas ! » ”
“ Mais l’atmosphère de la chambre d’enfant et surtout l’Anglaise déplaisaient à Daria Alexandrovna. Seul le fait qu’une bonne qui se respecte ne consentirait pas à entrer dans un ménage irrégulier comme celui d’Anna, expliquait à Daria Alexandrovna qu’Anna, avec sa connaissance des gens, pût garder près de sa fille une bonne anglaise d’apparence aussi peu respectable. ”
“ Bien qu’il fût absolument coupable envers sa femme et qu’il s’en rendît compte, toute la maison, même la vieille bonne, amie de Daria Alexandrovna, était de son côté. — Eh bien qu’y a-t-il ? fit-il tristement. — Allez, monsieur, allez trouver Daria Alexandrovna. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Elle lui avait demandé combien elle avait d’enfants et la paysanne lui avait répondu d’un ton dégagé : — J’ai eu une fille, mais Dieu m’a déliée, je l’ai ensevelie pendant le carême. — Et tu es triste ? avait demandé Daria Alexandrovna. — Pourquoi ? le vieux ne manque pas de petits enfants. Ce n’est qu’un souci de plus. On ne peut ni travailler ni rien faire. Ce n’est qu’un fardeau. Cette réponse avait paru monstrueuse à Daria Alexandrovna de la part de cette jeune femme au bon et joli visage. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Bien qu’elle déployât toutes ses forces, elle se sentait impuissante en face de cette situation, et avait peine à retenir les larmes qui lui montaient aux yeux à tout instant. L’intendant, un ancien sous-officier que Stépan Arkadiévitch aimait à cause de sa belle prestance et qui avait été autrefois concierge, ne prenait aucune part aux tourments de Daria Alexandrovna. Il se contentait de dire d’un ton respectueux : « Il n’y a rien à faire ! Ces gens sont si mauvais ! » ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Elle pensa à Serge Ivanovitch, qui se montrait particulièrement aimable avec elle, à l’ami de Stiva, le bon Tourovtzine, qui, par amour pour elle, l’avait aidée à soigner les enfants pendant la scarlatine ; elle se rappela même un tout jeune homme à propos duquel son mari avait dit une fois en plaisantant qu’il la trouvait plus belle que ses sœurs. Et les romans les plus passionnés et les plus impossibles se présentaient à l’imagination de Daria Alexandrovna. ”
“ C’est affreux, affreux ! s’écria-t-elle. À ce moment, dans une chambre voisine, un des enfants, qui probablement venait de tomber, se mit à crier. Daria Alexandrovna l’entendit, et soudain, son visage s’adoucit. Pendant quelques secondes elle parut se ressaisir et se demander ce qu’elle devait faire, puis brusquement elle se leva et se dirigea vers la porte. « Elle aime mon enfant, pensa-t-il, en remarquant le changement de son visage aux cris de l’enfant, mon enfant... Comment donc peut-elle me haïr ? » ”
“ Mais transportée au milieu de ces gens étrangers, aux habitudes d’élégance raffinée qui lui étaient inconnues, Daria Alexandrovna se sentait gênée. Il lui était surtout désagréable de voir la princesse Barbe leur pardonner tout, à cause du confort dont elle jouissait. En théorie, Dolly approuvait la conduite d’Anna, mais il lui était pénible de se trouver en présence de l’homme qui avait été cause de sa chute, et d’autant plus que Vronskï ne lui avait jamais inspiré de sympathie ; elle l’avait toujours trouvé orgueilleux sans rien remarquer en lui, sauf la fortune, dont il pût s’enorgueillir. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ — Aimez ceux qui vous haïssent, murmura Daria Alexandrovna. Alexis Alexandrovitch eut un sourire de mépris. Il connaissait cette parole depuis longtemps, mais elle ne pouvait s’appliquer à son cas. — On peut aimer ceux qui vous haïssent, oui, mais non ceux qu’on hait. Excusez-moi de vous avoir dérangée ; à chacun sa peine ! Et, se maîtrisant, Alexis Alexandrovitch salua d’un air calme et partit. ”
“ « Anna a eu raison, ce n’est pas moi qui lui ferai des reproches. Elle est heureuse, elle a fait le bonheur d’un autre ; elle n’est pas esclave comme moi, elle doit être, comme toujours, belle, intelligente et pleine d’intérêt pour toute chose », pensa Daria Alexandrovna. Un sourire effleura ses lèvres car le roman d’Anna suscitait à son imagination un roman analogue dont elle-même serait l’héroïne. Comme Anna elle avouerait tout à son mari, et elle sourit en songeant à l’étonnement, à la stupéfaction qu’il en ressentirait. ”
“ C’est moi qui suis cause de cette situation, c’est pourquoi je le sens. — Je comprends, mais précisément parce que vous en êtes la cause, vous vous exagérez peut-être ces difficultés, dit Daria Alexandrovna admirant involontairement la franchise et la fermeté avec lesquelles il lui parlait. — Sa situation est pénible dans le monde ; cela je le comprends... — Dans le monde c’est un enfer ! reprit-il vivement en fronçant les sourcils. Rien ne peut vous donner une idée des tortures morales qu’a subies Anna pendant les deux semaines de son séjour à Pétersbourg. ”
“ Mais Daria Alexandrovna savait que même le gruau des enfants ne se fait pas tout seul et que, par conséquent, dans une maison au service si luxueux et si confortable, quelqu’un devait y tenir la main ; et au regard que Vronskï jeta sur la table, au signe de tête qu’il fit au maître d’hôtel, à la façon dont il offrit à Dolly le botvinia ou le consommé, elle comprit que tout incombait au maître de la maison lui-même. Évidemment tout cela ne dépendait pas plus d’Anna que de Veslovski. ”
“ Daria Alexandrovna remarqua alors de l’embrouillement dans ces explications ; elle n’en comprit pas exactement la raison, mais elle sentit qu’ayant commencé à parler de ses sentiments intimes, qu’il ne pouvait discuter avec Anna, il voulait maintenant aller jusqu’au bout, et que tout ce qu’il disait de son travail à la campagne n’était pas sans lien avec eux, non plus qu’avec la question de la situation d’Anna. Il reprit son calme et continua : — Pour travailler, il est nécessaire d’avoir la conviction que tout ce qu’on fait ne périra pas avec soi, qu’on aura des héritiers. ”
“ C’étaient ces mêmes raisonnements que se tenait Daria Alexandrovna, mais maintenant, en les écoutant, elle ne les comprenait plus. « Comment être coupable envers des êtres qui n’existent pas ? » pensait-elle ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1873-1877)
“ Stépane Arcadiévitch était lavé, coiffé, et procédait à l’achèvement de sa toilette après le départ du barbier, lorsque Matvei, marchant avec précaution, rentra dans la chambre, son télégramme à la main : « Daria Alexandrovna fait dire qu’elle part. — « Qu’il fasse comme bon lui semblera », a-t-elle dit, — et le vieux domestique regarda son maître, les mains dans ses poches, en penchant la tête ; ses yeux seuls souriaient. Stépane Arcadiévitch se tut pendant quelques instants ; puis un sourire un peu attendri passa sur son beau visage. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Dis-moi ce que tu penses de ma situation, ce que tu penses de moi. — Je pense... commença Daria Alexandrovna. Mais à ce moment Vassenka Veslovski qui faisait galoper le cheval du pied droit passa devant elles. — Il marche, Anna Arkadievna ! cria-t-il. Anna ne le regarda même pas, mais comme il ne semblait pas commode à Dolly d’entamer cette longue conversation dans la voiture, elle éluda ainsi la question : — Je ne pense rien. Je t’aime et t’ai toujours aimée. Et lorsqu’on aime ainsi une personne, on l’aime telle qu’elle est et non telle qu’on désirerait qu’elle fût. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Je vois qu’Anna est heureuse, absolument heureuse, elle a déjà eu le temps de me le confier, dit Daria Alexandrovna en souriant ; et, tout en parlant, elle se demanda si elle était vraiment heureuse. Mais Vronskï ne sembla pas en douter. — Oui, oui, dit-il ; je sais qu’elle est guérie de toutes ses souffrances ; qu’elle est heureuse du présent. Mais moi... j’ai peur de ce qui nous attend. — Pardon, désirez-vous marcher ? Non ! Eh bien, alors asseyez-vous ici. ”
“ « Qui est-ce ? » pensa-t-elle voyant dans le miroir un visage fiévreux aux yeux étrangement brillants et pleins d’effroi. « Oui, c’est moi », comprit-elle soudain, et, se regardant toute, elle sentit tout à coup ses baisers et eut un tressaillement d’épaules. Puis elle porta la main à ses lèvres et la baisa. « Quoi ! Est-ce que je deviens folle ? » Elle alla dans sa chambre à coucher, que faisait Annouchka ? — Annouchka, dit-elle, s’arrêtant devant la femme de chambre sans savoir que lui dire. — Vous voulez aller chez Daria Alexandrovna, dit Annouchka, comme si elle eût compris. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Veslovski était celui qui jouait le plus mal. Il s’excitait trop, mais en revanche sa gaîté animait toute la société ; il ne cessait de rire et de pousser des cris. Avec la permission des dames, comme les autres messieurs, il ôta sa redingote et son grand et beau torse, en chemise blanche, son visage rouge couvert de sueur, frappèrent Daria Alexandrovna, si bien qu’une fois au lit, elle ne pouvait fermer les yeux sans voir Vassenka Veslovski courant sur le crocket-ground. ”
“ Mais Anna avait compris. — Ce n’est pas ce que tu voulais dire. Tu voulais demander son nom ? Oui... cela fait souffrir Alexis. Elle n’a pas de nom. C’est-à-dire qu’elle est Karénine ; et elle ferma les yeux à demi si bien que ses cils se rejoignaient. Mais de tout cela nous parlerons plus tard. Viens, je te la montrerai. Elle est très gentille ; elle se traîne déjà. Dans la chambre d’enfant Daria Alexandrovna fut encore plus frappée du luxe qui régnait dans toute la maison. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1873-1877)
“ Comme je l’aimais, mon Dieu ! et comme je l’aime encore même maintenant ! Peut-être ne l’ai-je jamais plus aimé ! et ce qu’il y a de plus dur... » Elle fut interrompue par l’entrée de Matrona Philémonovna : « Ordonnez au moins qu’on aille chercher mon frère, dit celle-ci ; il fera le dîner, sinon ce sera comme hier, les enfants n’auront pas encore mangé à six heures. — C’est bon, je vais venir et donner des ordres. A-t-on fait chercher du lait frais ? » Et là-dessus, Daria Alexandrovna se plongea dans ses préoccupations quotidiennes et y noya pour un moment sa douleur. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ — Quand elle m’eut instruit de ma honte, j’ai laissé les choses dans l’état où elles étaient auparavant, je lui ai laissé la possibilité de se ressaisir, j’ai tâché de la sauver. Qu’est-il advenu ? Elle n’a pas observé la seule prescription à laquelle je l’avais astreinte, à savoir de respecter les convenances, dit-il en s’échauffant. On peut sauver l’homme qui ne veut pas périr, mais si sa nature est corrompue et dépravée au point que sa perte même lui paraît être le salut, que peut-on faire ? — Tout, sauf divorcer, répondit Daria Alexandrovna. — Mais, qu’appelez-vous tout ? — Elle ne serait plus la femme de personne, elle serait perdue. ”
“ Voyez donc ! Et vous vous désespériez ! dit Maria Philémonovna en montrant victorieusement la planche à sa maîtresse. On construisit même une cabine de bains avec un paravent de paille ; Lili put enfin se baigner, et Daria Alexandrovna qui s’était promis une vie commode sinon tranquille à la campagne, sentit renaître l’espoir. Avec ses six enfants elle ne pouvait avoir un moment de repos : tantôt c’était l’un qui tombait malade, tantôt l’autre qui menaçait de le devenir ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Il a agi en honnête homme. Il a provoqué son rival et l’a tué. — Ah ! fit avec indifférence Alexis Alexandrovitch, et, soulevant les sourcils, il passa au salon. — Comme je suis contente que vous soyez venu ! lui dit Dolly avec un sourire craintif en le rencontrant à l’entrée du salon. J’ai besoin de vous parler. Asseyons-nous ici. Avec la même expression d’indifférence que lui donnaient ses sourcils soulevés, Alexis Alexandrovitch s’assit près de Daria Alexandrovna et s’efforça de sourire. ”
“ Les invités ne cessaient de se regarder avec étonnement et de se parler à voix basse, mais une chose était parfaitement claire pour eux : tout cela avait été concerté, arrangé d’avance, et Nastasia Philippovna, bien que folle assurément, ne se laisserait démonter par rien. Tous étaient dévorés de curiosité. D’ailleurs, personne n’avait lieu d’être trop inquiet. Il ne se trouvait là que deux dames : Daria Alexievna et la belle mais silencieuse inconnue. ”
M.-R. Du Saule, Daria, par Mme la Bonne M.-R. Du Saule (1836)
“ Il était d'ailleurs fort rare qu'elle vînt visiter sa nièce, qui du reste ne désirait pas sa présence; car jamais elle ne la fit appeler au parloir, où nous allions habituellement recevoir nos parens, sans que la pauvre enfant revînt parmi nous les yeux rouges de pleurs qu'elle cherchait pourtant à nous dissimuler; car rien n'est plus fier que Daria. Elle ne se plaint jamais; elle paraît même résignée à son sort en présence des personnes étrangères. ”
Fédor Dostoïevski,
Le Rêve de l’oncle
“ On ne peut pour tant pas mettre tout le monde dans la confidence du bal de Pétersbourg, de la colonne mélancolique et du Guadalquivir ! Songeur et triste, il en vient à formuler cette pensée qui lui fait secrètement saigner le cœur depuis quelques instants : « Mais est-ce bien vrai, tout cela ? Tout arrivera-t-il comme Maria Alexandrovna me l’a dépeint ? » Il se rappelle juste en cet instant que Maria Alexandrovna est une femme très rusée ; que, malgré l’estime générale dont elle jouit, c’est une terrible commère qui ment à journée pleine ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ VIVI C’était vrai qu’elle n’aurait pas exposé Daria à un affront en ce moment même, elle croyait lui rendre un signalé service. L’indignation la plus noble et la plus légitime s’était allumée dans son âme quand, en mettant son châle, elle avait surpris, attaché sur elle, le regard inquiet et défiant de sa protégée. Daria Pavlovna était bien, comme l’avait dit la générale Drozdoff, la favorite de Barbara Pétrovna qui l’avait prise en affection quand elle n’était encore qu’une enfant. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Possédés
“ Les yeux tout grands ouverts, Barbara Pétrovna la regardait en silence et l’écoutait avec étonnement. Sur ces entrefaites, une porte latérale s’ouvrit sans bruit, et Daria Pavlovna fit son apparition. Elle s’arrêta un instant sur le seuil pour promener ses yeux autour d’elle ; notre agitation la frappa. Il est probable qu’elle ne remarqua pas tout de suite Marie Timoféievna, dont personne ne lui avait annoncé la présence. Stépan Trophimovitch aperçut le premier la jeune fille ; il fit un mouvement brusque et s’écria en rougissant : « Daria Pavlovna ! » ”
