“ Madame de Hansfeld comprit la portée du mot qui lui était échappé. Un éclair de bonheur rayonnait sur les traits de M. de Morville... son instinct ne le trompa pas... il se crut aimé ; mais ce premier enivrement passé, il frémit en songeant à l’abîme de maux et de douleurs que l’involontaire aveu de madame de Hansfeld ouvrait devant lui. La princesse se possédait trop pour ne pas vaincre l’émotion qui l’avait un moment trahie. ”
Citations sur “madame de Hansfeld”
“ Ce cri involontaire était un aveu; il trahissait l'amour de la princesse, amour jusqu'alors profondément caché.Si M. de Morville eût été indifférent à madame de Hansfeld, aurait-elle manifesté ce désespoir, cette épouvante? Non, sans doute. Mais elle voyait une barrière infranchissable s'élever entre elle et M. de Morville; n'avait-il pas dit: Si vous m'aimiez je serais le plus malheureux des hommes, car je ne pourrais vous aimer sans parjure, sans crime, sans porter un coup mortel à ma mère? ”
“ Madame de Hansfeld avait arraché son masque.Son capuchon abattu projetait une ombre vigoureuse sur son front, tandis que le reste de son visage était vivement éclairé; ses yeux brillaient d'un nouvel éclat au milieu du clair-obscur où se trouvait la partie supérieure de la figure. ”
“ Pendant l’entrevue du bal de l’Opéra, la jeune fille avait attendu la princesse dans un fiacre et l’avait ensuite ramenée. Elle s’aperçut de la préoccupation de madame de Hansfeld, et lui dit : — Marraine, il est bien tard... il faudrait vous coucher... — Je l’ai vu ! il peut me perdre ! — s’écria impétueusement la princesse, le visage enflammé de colère, en se retournant vers sa filleule (nous l’appellerons Iris, en nous excusant de cette mythologie) . — Qui donc avez-vous vu, marraine ? — dit la jeune fille, effrayée de l’exaspération de madame de Hansfeld. ”
“ Sans doute madame de Hansfeld ressentait pour sa demoiselle de compagnie un véritable attachement, lui témoignait une confiance sans bornes, se montrait à son égard affectueuse et bonne ; mais cet attachement ne suffisait pas au cœur d’Iris. Elle éprouvait d’amers, de douloureux ressentiments de ce qu’elle appelait une déception ; mais comme elle ne pouvait haïr sa maîtresse, son exécration s’accumulait sur les personnes qui inspiraient quelque intérêt à la princesse. ”
“ M. de Morville ne pouvait en croire ses yeux. Ce n’était pas une illusion... il se trouvait en présence de madame de Hansfeld. Il faudrait le talent d’un grand artiste pour rendre le caractère énergique, sévère de ce visage impérial, pâle et beau comme un masque de marbre antique, pour peindre ce regard noir, profond, impénétrable, que les traditions du Nord prêtent aux mauvais esprits. ”
“ Après tout ce que je viens d'entendre dire sur sa figure, je n'ose vous parler de son esprit. Ordinairement on n'exulte certaines miraculeuses perfections qu'aux dépens des imperfections les plus prononcées.—Tu te trompes—dit le domino.—Ceux qui ont entendu parler madame de Hansfeld, et ceux-là sont rares, la disent aussi spirituelle que belle.—C'est vrai—reprit Fierval;—on peut seulement lui reprocher sa sauvagerie, qui s'effarouche des plaisanteries les plus innocentes. ”
“ Pour la première fois de sa vie, madame de Hansfeld eut une pensé qui lui fit horreur, et qu'elle se reprocha comme un crime.Elle chercha, pour ainsi dire, un refuge dans les nobles sentiments que devait lui inspirer l'amour de M. de Morville; comme lui, elle vit un avenir de bonheur dans cet attachement pur et ignoré. Il échapperait au moins à la grossière malignité du monde, et conserverait, caché dans l'ombre, toute sa délicatesse, toute sa fleur, tout son parfum.... ”
“ J’aurais peut-être trouvé d’autres moyens de parvenir jusqu’à madame de Hansfeld ; mais j’ai préféré avoir recours à vous ; votre physionomie expressive annonce tant d’esprit, des passions si ardentes, si généreuses, qu’en vous parlant de la maîtresse que vous aimez et de l’amour que vous inspirez... on doit mériter d’être bien accueilli par vous... Iris... — Vous savez mon nom ? — Je sais bien d’autres choses encore... Depuis très longtemps je ne m’occupe que de vous... Votre sincère attachement pour la princesse a encore augmenté mon intérêt pour vous. ”
“ Madame de Hansfeld fut épouvantée du changement des traits de M. de Morville et de l'expression de douleur désespérée qui les contractait.—Qu'y a-t-il donc, mon Dieu?—s'écria-t-elle en jetant son masque à ses pieds.—Un mot... d'abord—dit M. de Morville.—Je ne m'étais pas trompé; cette mystérieuse amie... qui m'écrivait sans se faire connaître....—C'était moi... oui; oui, votre cœur avait deviné juste... mais au nom du ciel qu'y a-t-il; votre vie est-elle menacée?—Tout est menacé, ma vie, ma raison, mon amour, mon honneur. ”
“ Malheureusement, les révélations d’Iris avaient été trop tardivement forcées ; plus malheureusement encore M. de Hansfeld aimait Berthe, et madame de Hansfeld M. de Morville. Ce double et fatal amour rendait leur position intolérable. Madame de Hansfeld devait rester à jamais enchaînée à un homme qui ne l’aimait plus ; cet homme aimait une autre femme ; et pour faire oublier à Paula les odieux soupçons dont elle avait été victime, il ne pouvait que l’entourer d’égards froids et contraints. ”
“ Dans cet examen des causes de sa passion, M. de Morville oubliait la plus essentielle... ses lettres à madame de Hansfeld, lorsqu'il avait compris par une singulière intuition de l'amour, presque toutes les émotions dont elle était agitée. S'il est vrai qu'on aime souvent en raison des sacrifices que l'on a faits à l'objet aimé, certaines âmes d'élite aiment en raison de l'élévation des sentiments qu'on leur inspire. Et M. de Morville devait à son amour pour madame de Hansfeld les plus nobles inspirations. ”
“ M. de Morville était tombé la tête dans ses mains avec accablement; madame de Hansfeld lui dit d'un ton doux et ferme:—J'aurai du courage pour vous et pour moi... je vous rappellerai des serments autrefois si puissants sur vous; la violence de votre amour même ne doit pas vous les faire oublier. De grâce, revenez à vous... vous parlez de nouveaux chagrins... quels sont-ils? votre mère est-elle plus souffrante?—Eh! qu'importe?...—Ah! de grâce, ne parlez pas ainsi. Croyez-moi.... Une femme peut être fière de voir son influence un moment supérieure aux plus nobles principes... ”
“ Madame de Hansfeld se trouvait dans une cruelle perplexité : son mari exigeait d’elle qu’elle partît le lendemain pour l’Allemagne ; il lui fallait ainsi renoncer à M. de Morville, nécessairement retenu à Paris par la santé chancelante de sa mère. L’éloignement de Paula pour le prince se changeait en aversion, en haine profonde ; elle croyait ce sentiment presque excusé par les bizarreries et par les duretés de son mari. ”
“ Madame de Hansfeld interrompit M. de Morville, avec un sourire amer : — Encore une fois, monsieur, je ne vous ai pas demandé ce rendez-vous pour me plaindre de votre éloignement... J’ai lieu de croire que votre résolution de m’éviter est dictée par des motifs si graves... que s’ils étaient pénétrés, le repos... la vie peut-être de deux personnes seraient compromis. Et la princesse jeta un regard perçant sur M. de Morville. ”
“ Je ne vous recommande pas les plus aimables distractions, madame de Hansfeld est auprès de vous.—C'est elle qui aurait au contraire besoin de se distraire,—dit le prince avec bonté; mais j'ai une peine extrême à obtenir d'elle qu'elle aille davantage dans le monde.—Mon Dieu, prince, j'ai mon neveu, M. de Morville, que je poursuis des mêmes reproches.... Ma pauvre sœur, sa mère, a été si longtemps malade, et il l'a si affectueusement soignée, qu'il s'est déshabitué du monde. Dieu merci! elle va mieux maintenant, mais mon neveu n'en persiste pas moins dans sa sauvagerie. ”
“ Vous n’avez aucune raison de vouloir parler à Son Excellence : c’est un piège que vous me tendiez... — Quand cela serait... — Ah ! cela est bien mal... de vouloir ainsi tromper une pauvre fille... Laissez-moi... Je veux rentrer. — Eh bien !... voyons, voyons, calmez-vous, Iris... Mais à quoi bon vous entretenir de madame de Hansfeld, si vous ne voulez pas répondre. — J’aime mieux, parler de ma maîtresse que de vous entendre ainsi parler de moi. — Eh bien !... dites-moi... il y a environ une huitaine de jours... madame de Hansfeld est allée aux Français avec son mari, n’est-ce pas ? ”
“ Si la pensée de madame de Hansfeld se reportait sur M. de Morville, à l’instant ces trois mots sinistres flamboyaient à sa vue : — Si j’étais veuve !... Et elle n’osait pas s’avouer qu’elle eût été satisfaite si l’une des tentatives d’Iris avait réussi. Nous l’avons dit, rien de plus fatal que de familiariser sa pensée avec de simples suppositions qui, réalisées, seraient des crimes ; si monstrueuses qu’elles paraissent d’abord, peu à peu l’esprit les admet d’autant plus facilement qu’elles flattent davantage et incessamment les intérêts qu’elles serviraient. ”
“ Madame de Hansfeld regardait le prince avec stupeur. Souvent il s’était montré courroucé, violent ; mais au milieu de ces emportements dont Paula cherchait en vain la cause, il y avait des élans de passion, des cris de désespoir dont elle était aussi apitoyée que blessée ”
“ Jusqu’alors les différents accès de ce qu’elle appelait la folie de M. de Hansfeld lui avaient presque inspiré autant de commisération que d’effroi. Mais dans son dernier entretien, le prince s’était montré si dur, si injuste, elle se voyait si cruellement sacrifiée à l’affection qu’il ressentait pour Berthe, que, blessée dans ce qu’elle avait de plus précieux au monde... son amour pour M. de Morville, Paula partageait sa haine entre son mari et madame de Brévannes. Telles étaient les réflexions de madame de Hansfeld, lorsque le prince entra chez elle ; il sortait de chez Pierre Raimond ”
“ Il serait cruel de laisser périr pour rien... deux créatures de Dieu.... — La vie de deux personnes serait donc en danger ? — s’écria madame de Hansfeld. — Malheur sur moi ! malheur sur vous ! — dit Iris désolée ou paraissant l’être de l’indiscrétion qui lui échappait. — Vous me faites dire ce que je ne voulais pas dire. Eh bien ! oui, à cette heure, la vie de deux personnes est en danger.... — Béni soit Dieu qui t’a fait parler ; jamais je n’achèterai le bonheur de ma vie entière à un tel prix... Je renonce à M. de Morville, et que je sois maudite si jamais... ”
“ Tout entière à la surprise, à l’effroi que lui causaient les accusations de son mari, madame de Hansfeld, pendant cet entretien, n’avait songé qu’à se disculper ; le prince sorti, elle put réfléchir plus profondément. D’abord elle sentit s’augmenter son indignation contre un homme qui osait la croire coupable de forfaits si noirs, puis elle éprouva pour lui une sorte de reconnaissance en songeant que, moins réservé, moins généreux, il aurait pu parler haut de ces soupçons, auxquels le hasard donnait tant de vraisemblance. ”
“ Grâce à la bonté, aux soins et à la délicatesse du prince, j’entrevoyais déjà des jours plus heureux ; à la reconnaissance allait peut-être succéder un sentiment plus doux... lorsque tout à coup M. de Hansfeld..., frappé de je ne sais quel vertige, oubliant sa bonté, sa douceur accoutumée... enfin, — reprit madame de Hansfeld avec un profond soupir, — commença la vie atroce que je mène... Quelquefois je me demande comment ma raison a pu supporter des chocs si violents sans s’ébranler. ”
“ Arnold apprenait l'innocence de Paula; Paula, l'indigne tromperie de Raphaël.Que de chances alors pour que madame de Hansfeld partageât l'amour du prince qui méritait tant d'être aimé, qui s'était montré si vaillamment épris! A force de soins, de tendresse, il se serait fait pardonner des soupçons dont il avait le premier si généreusement souffert; Paula eût reconnu combien il avait, en effet, fallu de passion, d'opiniâtre passion à son mari pour continuer de l'aimer malgré de si funestes apparences: la vie la plus heureuse se fût alors ouverte devant elle, devant lui. ”
“ Madame de Hansfeld ne savait que résoudre. Depuis qu’elle aimait M. de Morville, elle abhorrait plus encore M. de Brévannes ; aussi n’eut-elle pas assez d’indignation, assez de mépris pour qualifier l’audace de ce dernier, lors de ses tentatives pour obtenir une entrevue avec elle, par l’intermédiaire d’Iris. Mais celle-ci fit sagement observer à sa maîtresse que la colère de M. de Brévannes serait dangereuse, et qu’au lieu de l’exaspérer il fallait tâcher de l’éconduire doucement. ”
Eugène Sue,
Paula Monti
(1875)
“ Si l'on n'a pas oublié le caractère de M. de Brévannes, son indomptable opiniâtreté, son orgueil, son acharnement à réussir dans ce qu'il entreprenait; si l'on pense que sa volonté, son obstination, sa vanité, étaient mises en jeu par un amour profond, exalté, contre lequel il se débattait depuis deux ans, on concevra avec quelle violence passionnée il désirait être aimé de madame de Hansfeld, cette femme si séduisante, si enviée, si respectée. ”
“ «Oh! je suis folle... folle... ce n'est pas de l'amour, c'est de l'idolâtrie.»Le mémento supposé de madame de Hansfeld avait été perfidement interrompu à cet endroit.En lisant les derniers mots, qui avaient rapport à une prétendue infidélité de Berthe, M. de Brévannes bondit de douleur et de rage.Par cela même que la lecture de la première partie de ce journal l'avait plongé dans tous les ravissements de l'orgueil, et de l'orgueil exalté jusqu'à sa dernière puissance, ce contre-coup lui fut plus douloureux encore ”
“ Il est trop sot pour en inventer un autre... — Comment !... il aurait attendu l’arrivée de madame de Hansfeld pour être infidèle... lorsque depuis près de deux ans... il n’aurait eu qu’à choisir parmi les plus charmantes consolatrices ? — Rien de plus simple — dit le domino. — La difficulté l’aura tenté... Personne n’a réussi auprès de madame de Hansfeld, et il serait jaloux de ce succès... Parce que de Morville est bête, il ne s’ensuit pas qu’il ne soit pas vaniteux.... — Et parce que vous avez de l’esprit, beau masque — dit M. de Brévannes — il ne s’ensuit pas que vous soyez équitable.... ”
Eugène Sue,
Paula Monti
(1875)
“ J'ai en effet des choses intéressantes à révéler à madame de Hansfeld; mais, — ajouta-t-il avec un accent flatteur, presque tendre, — j'ai quelque chose aussi à vous dire, à vous. — A moi? — Sans doute. Je vous ai vue l'autre jour passer dans la rue Saint-Louis, je vous ai trouvée charmante... trop charmante pour mon repos... La mulâtresse baissa la tête sans répondre. « Peut-être sera-t-elle plus sensible à des douceurs, à des cajoleries, qu'à de l'argent, » pensa M. de Brévannes ”
“ Quelqu’un qu’il ne voyait pas lui saisit le bras, détourna le fusil et l’empêcha de commettre un second crime. M. de Brévannes se retourna et vit... M. de Hansfeld ! À ce moment, l’homme agenouillé devant la femme se releva, se précipita sur M. de Brévannes en criant : — Assassin ! — M. de Morville ! — s’écria M. de Brévannes en reconnaissant ce dernier à la lueur d’un jet de flammes. — Tu as tué madame de Hansfeld, assassin ! — répéta M. de Morville. M. de Brévannes recula d’un pas, tenant toujours son fusil à la main ; ses cheveux se dressaient de terreur. ”
