“ Berthe n'avait pas un moment douté de l'amour de son mari.Ce cœur simple et bon, noble et confiant, n'avait pu se défendre contre le vouloir implacable de cet homme dont l'emportement l'avait flatté; dans sa vanité naïve, la jeune fille se demandait avec une certaine fierté s'il ne fallait pas que M. de Brévannes l'aimât beaucoup pour avoir poursuivi ses desseins sur elle avec une ténacité si énergique.La pauvre Berthe confondait, hélas! l'entêtement orgueilleux d'un esprit impatient de toute résistance avec l'abnégation, avec l'opiniâtre dévouement de la passion. ”
Résumé
Publié en 1842, Paula Monti ou l'Hôtel Lambert d'Eugène Sue explore les thèmes de l'amour, de la vertu et des conflits conjugaux à travers les destins de personnages comme Berthe, M. de Brévannes et Arnold. Le roman dépeint des relations imprégnées de passion et de déceptions, ancrées dans le cadre prestigieux de l'hôtel Lambert.
Les citations mettent en évidence la tension entre le dévouement et l'orgueil masculin, ainsi que la résistance de la jeune Berthe face aux tentations. L'œuvre, marquée par une prose émouvante, interroge les rapports de pouvoir et la moralité dans un Paris romantique.
Citations de Paula Monti (Eugène Sue)
“ Pierre Raimond n’ignorait pas que son jeune ami trouvait Berthe charmante, et qu’il admirait autant son talent d’artiste que la candeur de son caractère, que la grâce de son esprit. Dans son orgueil paternel, loin de s’alarmer, Pierre Raimond se réjouissait de cette admiration. N’avait-il pas une confiance aveugle dans les principes de Berthe ? Ne devait-il pas la vie à Arnold ? Comment supposer que ce jeune homme au cœur noble, aux idées généreuses, abuserait indignement des relations que la reconnaissance avait établies entre lui et l’homme qu’il avait sauvé. ”
“ Tout à l’heure j’étais désolé, maintenant je me sens rempli de force et d’espoir ; le cœur me bat noblement ; vous m’avez sauvé la vie, vous m’avez sauvé l’honneur ; mon courage est retrempé au feu de votre amour, je me sens aimé ! Je ferme les yeux, je me laisse conduire par vous ; ordonnez, j’obéis, je n’ai plus de volonté ; je vous confie le sort de cet amour qui est toute ma vie, qui est toute la vôtre. — Oh ! oui, toute ma vie ! — s’écria madame de Hansfeld avec une exaltation contenue. — En ayant en moi une confiance aveugle, vous verrez ce que peut une femme qui sait aimer. ”
“ Arnold apprenait l'innocence de Paula; Paula, l'indigne tromperie de Raphaël.Que de chances alors pour que madame de Hansfeld partageât l'amour du prince qui méritait tant d'être aimé, qui s'était montré si vaillamment épris! A force de soins, de tendresse, il se serait fait pardonner des soupçons dont il avait le premier si généreusement souffert; Paula eût reconnu combien il avait, en effet, fallu de passion, d'opiniâtre passion à son mari pour continuer de l'aimer malgré de si funestes apparences: la vie la plus heureuse se fût alors ouverte devant elle, devant lui. ”
“ Je ne croyais que porter un coup douloureux à l’amour-propre de Raphaël : mon attente fut dépassée... L’orgueil des hommes est si féroce que ce traître, qui vous avait sacrifiée, se révolta en se croyant trompé à son tour. J’irritai encore sa colère. La vanité offensée fit ce que l’amour n’avait pu faire... Raphaël partit furieux pour Venise avec Osorio, afin de se venger de votre prétendu parjure. Oui... cet homme qui naguère oubliait sans remords ses promesses les plus saintes, parce qu’il se croyait éperdument aimé de vous, se reprit d’une folle passion lorsqu’il se vit dédaigné. ”
“ Malgré ces aveux, M. de Brévannes ne fut pas plus heureux ; séductions, ruses, promesses, emportement, désespoir, tout vint échouer devant la vertu de Berthe, vertu simple et forte comme son amour. Ceux qui connaissent le cœur de l’homme et surtout des hommes orgueilleux et opiniâtres comme M. de Brévannes, comprendront ses ressentiments amers contre cette jeune fille, aussi inflexible dans sa pureté que lui dans sa corruption. Un homme ne pardonne jamais à une femme d’avoir échappé, par adresse, par instinct ou par vertu, au piège déshonorant qu’il lui tendait. ”
“ Ce système de commisération infinie vous expose souvent à être de nouveau mordu par le reptile, alors que vous regardez au ciel pour ne pas le voir ; les meilleures choses ont leurs inconvénients. De ceci il ne faudrait pas conclure que M. de Morville fût sans courage. Il avait trop d’honneur, trop de loyauté, pour n’être pas très brave, ses épreuves étaient faites : mais, sauf les griefs qu’un homme ne pardonne jamais, il se montrait d’une clémence tellement inépuisable que, s’il n’eût pas douloureusement ressenti certains torts, cette clémence eût passé pour de l’indifférence ou du dédain. ”
“ Tout ce qu'il y a de mystère, de rêverie dans les clartés argentines de la lune, lorsqu'au milieu d'une tiède nuit d'été elles se jouent dans la pénombre des grands bois qui semblent frissonner amoureusement aux solitaires accents du rossignol;Tout ce qu'il y a de bonheur, de joie candide, d'espérance ingénue dans le doux refrain d'une jeune fille de seize ans qui chante, parce qu'elle se sent heureuse en regardant sa mère et en voyant le soleil dorer la cime des arbres au moment où les fleurs redressent leur calice embaumé ”
Eugène Sue,
Paula Monti
(1875)
“ Berthe et le vieillard se regardèrent tristement, partageant le chagrin de leur ami sans le comprendre. Après quelques moments de silence, Arnold releva la tête. Il est impossible de rendre l'expression de tristesse navrante dont son pâle et doux visage était empreint. Une larme vint aux yeux de Berthe; par un mouvement d'ingénuité charmante, elle prit la main de son père pour l'essuyer. — Vous souffrez, — dit le vieillard à Arnold. — Que notre amitié n'est-elle plus ancienne ! vous pourriez peut-être apaiser vos chagrins en les épanchant... ”
“ LE DOMINO M. Léon de Morville (l’un des deux dominos qui venaient d’entrer dans ce salon) se démasqua. Les louanges que l’on avait données à sa figure n’étaient pas exagérées ; son visage, d’une pureté de lignes idéale, réalisait presque le divin type de l’Antinoüs, encore poétisé, si cela se peut dire, par une charmante expression de mélancolie, expression complètement étrangère à la beauté païenne. De longs cheveux noirs et bouclés encadraient cette noble et gracieuse physionomie. ”
“ Ce cri involontaire était un aveu ; il trahissait l’amour de la princesse, amour jusqu’alors profondément caché. Si M. de Morville eût été indifférent à madame de Hansfeld, aurait-elle manifesté ce désespoir, cette épouvante ? Non, sans doute. Mais elle voyait une barrière infranchissable s’élever entre elle et M. de Morville ; n’avait-il pas dit : Si vous m’aimiez je serais le plus malheureux des hommes, car je ne pourrais vous aimer sans parjure, sans crime, sans porter un coup mortel à ma mère ? ”
“ Je vous accompagnerai quand vous le voudrez chez madame la princesse de Hansfeld. — Et prenez bien garde à ce que vous ferez... au moins... Rappelez-vous bien ceci... je vous le répète à dessein... l’amour peut être indulgent, généreux... l’orgueil, jamais... Ainsi je serais pour vous impitoyable... si vous aviez le malheur de vous mal conduire, je vous briserais, je vous écraserais sans pitié, entendez-vous ? — ajouta-t-il, les lèvres contractées par la colère en saisissant rudement le bras de Berthe. ”
“ Rien ne vous sera plus facile que de tromper un cœur rempli de vous. Vous pourrez prendre impunément cet amour comme un jouet avec l’arrière-pensée de le briser bientôt ; vous pourrez légèrement, insoucieusement, porter un coup mortel à un cœur trop épris... On vous dit cela parce qu’on vous sait bon et généreux... parce qu’on ne présume pas trop de votre cœur et de votre franchise en attendant une réponse loyale... Quelle qu’elle soit, elle sera reçue avec reconnaissance.... Votre sincérité consolera du moins l’amertume d’un refus. ”
“ Sans doute madame de Hansfeld ressentait pour sa demoiselle de compagnie un véritable attachement, lui témoignait une confiance sans bornes, se montrait à son égard affectueuse et bonne ; mais cet attachement ne suffisait pas au cœur d’Iris. Elle éprouvait d’amers, de douloureux ressentiments de ce qu’elle appelait une déception ; mais comme elle ne pouvait haïr sa maîtresse, son exécration s’accumulait sur les personnes qui inspiraient quelque intérêt à la princesse. ”
“ M. de Brévannes était depuis une demi-heure assis au pied de cet arbre immense ; il se leva à la vue de madame de Hansfeld. Celle-ci cacha difficilement son émotion ; après plusieurs années elle revoyait un homme qu’elle avait tant de raisons de détester. Son cœur battit avec violence, elle dit tout bas à Iris de ne pas la quitter. M. de Brévannes, vain et orgueilleux, interpréta cette émotion à son avantage ; il contemplait avec ravissement l’admirable figure de Paula, que le froid nuançait des plus vives couleurs. ”
“ Tu le vois — dit Pierre Raimond en souriant tristement — tu me rends aussi superstitieux que toi... mais n’oublions jamais ce que nous devons à ce généreux inconnu. — Oh ! jamais... jamais je ne l’oublierai ; mais je crains que ma reconnaissance se confonde et se perde dans ma joie de te revoir, bon, excellent père... maintenant je n’ai plus que toi au monde... — s’écria Berthe en fondant en larmes. ”
Eugène Sue,
Paula Monti
(1875)
“ M. de Morville était tombé la tête dans ses mains avec accablement ; madame de Hansféld lui dit d'un ton doux et ferme : — J'aurai du courage pour vous et pour moi... je vous rappellerai des serments autrefois si puissants sur vous; la violence de votre amour même ne doit pas vous les faire oublier. De grâce, revenez à vous... vous parlez de nouveaux chagrins... quels sont-ils? votre mère est-elle plus souffrante? — Eh ! qu'importe !... — Ah! de grâce, ne parlez pas ainsi. Croyez-moi... Une femme peut être fière de voir son influence un moment supérieure aux plus nobles principes... ”
“ Berthe de Brévannes, lui serait infidèle !... « Si les preuves qu’on vient de m’apporter étaient vraies... « Oh ! il est indignement joué... La misérable !... avec son air doux et candide... elle ne sent donc pas ce que c’est que d’être assez heureuse, assez honorée pour porter son nom ? Lui !... lui trompé... comme le dernier des hommes... lui raillé, moqué peut-être... Je ne sais ce que je ressens à cette idée, qui ne m’était jamais venue. « Oh ! je suis folle... folle... ce n’est pas de l’amour, c’est de l’idolâtrie. » ”
“ Vous savez bien que si vous me trompiez je vous tuerais, vous et votre complice. Ce n’est pas la vertu qui vous retient dans le devoir, c’est la peur... En disant, ces mots, il est sorti violemment... et votre fille est venue vous trouver, mon père... car elle n’a plus que vous au monde — s’écria Berthe en fondant en larmes. — Cela devait être — dit Pierre Raimond ; — ce cœur égoïste, ce caractère orgueilleux et têtu devait te faire payer cher... bien cher un jour... les sacrifices qu’il s’était imposés pour obtenir ta main... à tout prix. ”
“ M. de Morville ne pouvait en croire ses yeux. Ce n’était pas une illusion... il se trouvait en présence de madame de Hansfeld. Il faudrait le talent d’un grand artiste pour rendre le caractère énergique, sévère de ce visage impérial, pâle et beau comme un masque de marbre antique, pour peindre ce regard noir, profond, impénétrable, que les traditions du Nord prêtent aux mauvais esprits. ”
“ Il serait cruel de laisser périr pour rien... deux créatures de Dieu.... — La vie de deux personnes serait donc en danger ? — s’écria madame de Hansfeld. — Malheur sur moi ! malheur sur vous ! — dit Iris désolée ou paraissant l’être de l’indiscrétion qui lui échappait. — Vous me faites dire ce que je ne voulais pas dire. Eh bien ! oui, à cette heure, la vie de deux personnes est en danger.... — Béni soit Dieu qui t’a fait parler ; jamais je n’achèterai le bonheur de ma vie entière à un tel prix... Je renonce à M. de Morville, et que je sois maudite si jamais... ”
“ Voyons, Fierval, vous qui connaissez madame de Lormoy, est-ce vrai ? — Le fait est que je rencontre maintenant rarement Morville chez elle. — Tu l’entends ? — dit le domino triomphant en s’adressant à M. de Gercourt. — L’antipathie de Morville pour la princesse se remarque ; on en jase... on s’en étonne... Voilà tout ce que voulait cet Apollon sans cervelle. — Cela est impossible — dit M. de Gercourt ; personne n’est moins affecté que Morville ; c’est un des hommes les plus aimables, les plus naturellement aimables que je connaisse ; de sa vie, je crois, il n’a jamais haï, feint ou menti ”
“ Malheureusement, les révélations d’Iris avaient été trop tardivement forcées ; plus malheureusement encore M. de Hansfeld aimait Berthe, et madame de Hansfeld M. de Morville. Ce double et fatal amour rendait leur position intolérable. Madame de Hansfeld devait rester à jamais enchaînée à un homme qui ne l’aimait plus ; cet homme aimait une autre femme ; et pour faire oublier à Paula les odieux soupçons dont elle avait été victime, il ne pouvait que l’entourer d’égards froids et contraints. ”
“ C'est que, vois-tu, je doutais de Brévannes; je doutais de la durée de cet amour, d'abord si violent.... Je n'aurais pu être tranquille spectateur de tes chagrins; ma défiance même aurait troublé ton ménage. Je me suis donc imposé un rigoureux devoir... je me suis dit: J'attendrai.... Berthe ne m'a jamais menti.... Si, après quatre années de mariage, elle est aussi heureuse qu'elle le dit, je verrai là une garantie certaine pour l'avenir et une preuve de la bonté du cœur de Brévannes. Ce moment est arrivé. Ton mari est digne de toi; aujourd'hui je lui dirai: J'ai douté de vous, j'ai eu tort... ”
“ Pierre Raimond était resté pensif pendant que M. de Hansfeld parlait ; peu à peu sa dure physionomie perdit son expression d’amertume et de colère ; un peu avant qu’Arnold eût cessé de parler, Pierre Raimond fit même un signe de tête approbatif en regardant Berthe, comme pour applaudir aux paroles de M. de Hansfeld. Berthe, les yeux baissés, était dans une tristesse profonde ; elle connaissait trop son père pour espérer qu’après l’aveu du prince il consentirait encore à le recevoir ; il lui fallait donc renoncer à la seule consolation qui l’aidât à supporter ses chagrins ”
“ Il referma le livre, le rendit à la jeune fille et lui dit : — Vous avez, sans le savoir, rendu le plus grand service à votre maîtresse. — Vous l’aimez ? — lui demanda brusquement Iris, en attachant sur lui un regard perçant. — Moi ! — dit M. de Brévannes de l’air du monde le plus détaché — singulière preuve d’amour que de cruellement menacer la femme qu’on aime. Non, non, je n’ai pas d’amour pour elle... l’austère amitié peut seule recourir à des moyens si extrêmes... ”
“ M. de Morville, accablé d’une mélancolie profonde, n’avait pas quitté sa mère, qui se trouvait de plus en plus souffrante. Il se souvenait avec un mélange de joie et d’amertume de son entretien avec madame de Hansfeld ; le cri qui était échappé à la princesse lui donnait un fugitif espoir d’être aimé par elle, mais rendait plus pénible encore la lutte qu’il avait à soutenir contre le devoir. Par une fatalité à laquelle tous les hommes obéissent, son amour s’augmentait en raison des obstacles insurmontables qui le séparaient de Paula. ”
Eugène Sue,
Paula Monti
(1875)
“ La nuit, la solitude, le silence ne varient pas avec les siècles; contemporains de tous les âges, ils sont immuables comme l'éternité... Aussi, lorsque l'on contemple ces vieux édifices au milieu de la nuit, du silence et de la solitude, on dirait que rien n'a changé... la distance du présent au passé s'efface... C'est à peu près au moment où M. de Brévannes sortait de l'Opéra que nous conduirons le lecteur à l'hôtel Lambert. Des nuages épais et gris, chassés par l'âpre bise du nord, couraient rapidement sur le ciel. En se couchant, la lune argentait les contours fantastiques des nuées. ”
“ Il brûle mon sang, il égare ma raison, il déborde mon cœur. Paula, si vous m'aimez, fuyons, ou je meurs!...—Mon Dieu! mon ami, croyez-vous être seul à souffrir ainsi?... Souffrir... oh! non, maintenant je puis défier une vie de tourments... je puis mourir... j'ai été aimée... comme j'avais rêvé d'être aimée... aimée avec délire; aimée sans réflexion, sans scrupule, sans remords; aimée avec tant d'aveuglement, que vous ne soupçonnez pas l'énormité des sacrifices que vous m'offrez, la profondeur de l'abîme où vous voulez nous précipiter.... ”
“ Iris est à vous, c’est votre bien ; elle vit par votre vie, elle respire par votre souffle, elle voit par vos yeux, elle veut par votre volonté. Sans lui répondre, madame de Hansfeld tendit sa belle main à Iris ; celle-ci en approcha ses lèvres rouges et humides avec une expression de respect et de dévouement filial : puis elle se redressa vivement et s’écria : — Mon Dieu ! marraine, votre main est glacée... vous frissonnez... Il faut vous coucher... ”
“ Sans doute la présence de l’être aimé se manifeste en tout et partout, même malgré le mystère qui semble le plus impénétrable. Si l’on distingue entre mille voix... une voix adorée, pourquoi ne reconnaîtrait-on pas de même l’esprit, la pensée de la femme que l’on chérit ? Si je ne me suis pas trompé... ce phénomène s’expliquerait plus encore par la sincérité que par la sagacité de mon amour. ”
“ Madame de Hansfeld comprit la portée du mot qui lui était échappé. Un éclair de bonheur rayonnait sur les traits de M. de Morville... son instinct ne le trompa pas... il se crut aimé ; mais ce premier enivrement passé, il frémit en songeant à l’abîme de maux et de douleurs que l’involontaire aveu de madame de Hansfeld ouvrait devant lui. La princesse se possédait trop pour ne pas vaincre l’émotion qui l’avait un moment trahie. ”
“ Le dernier coup qu’il lui portait était surtout affreux ; la forcer de quitter Paris au moment même où sa passion pour M. de Morville, si longtemps cachée, si longtemps combattue, allait être aussi heureuse qu’elle pouvait l’être. Iris, en révélant à sa maîtresse que le prince se rendait souvent chez Pierre Raimond, sous un nom supposé, pour y rencontrer madame de Brévannes, avait excité la colère de Paula contre Berthe ; c’était sans doute pour garder plus facilement un incognito qui favorisait son amour que le prince exigeait le départ de madame de Hansfeld. ”
“ Pour la première fois de sa vie, madame de Hansfeld eut une pensé qui lui fit horreur, et qu'elle se reprocha comme un crime.Elle chercha, pour ainsi dire, un refuge dans les nobles sentiments que devait lui inspirer l'amour de M. de Morville; comme lui, elle vit un avenir de bonheur dans cet attachement pur et ignoré. Il échapperait au moins à la grossière malignité du monde, et conserverait, caché dans l'ombre, toute sa délicatesse, toute sa fleur, tout son parfum.... ”
“ Pour exercer ainsi leurs facultés sensitives, il n’est pas besoin d’un amour heureux ; ils trouvent un charme doux et triste aux regrets incessants que cause un souvenir adoré, aux tendres angoisses d’un amour sans espoir ; ils comprennent enfin l’ineffable volupté de la mélancolie, les raffinements des passions pures et élevées. Des hommes moins bien doués, moins accoutumés au succès, sont fidèles ou désintéressés en amour... par nécessité. Les gens comme M. de Morville le sont, si cela se peut dire, par luxe. ”
“ Quant à son cœur, à son esprit, il ne pouvait en juger. Dans son unique conversation avec la princesse, celle-ci avait été dédaigneuse, ironique et froide... Dans cet examen des causes de sa passion, M. de Morville oubliait la plus essentielle... ses lettres à madame de Hansfeld, lorsqu’il avait compris par une singulière intuition de l’amour, presque toutes les émotions dont elle était agitée. S’il est vrai qu’on aime souvent en raison des sacrifices que l’on a faits à l’objet aimé, certaines âmes d’élite aiment en raison de l’élévation des sentiments qu’on leur inspire. ”
