“ Car je t’aime, vois-tu, de l’amour qu’une mère A pour le premier-né qui s’abreuve à son sein ; Ma tendresse n’est point une flamme éphémère, C’est un feu chaste et pur, c’est un rayon divin. Je voudrais être l’ange à qui, dès ta naissance, Dieu confia le soin de veiller sur tes jours, Ce bel ange dont l’aile abrita ton enfance Et garde encor ton cœur des coupables amours. Si tu dois rencontrer le bonheur, si la gloire Se lève, astre brillant, sur ton bel horizon, Perdant sans murmurer ma place en ta mémoire, Dans mon lointain exil je redirai ton nom. ”
Antoinette Quarré
Élements biographiques
Antoinette Quarré (1813-1847), poétesse et nouvelliste française née à Recey-sur-Ource, incarne une voix littéraire importante du XIXe siècle, marquée par une sensibilité lyrique et une réflexion sur l'existence. Son œuvre, principalement rassemblée dans Poésies (1843), explore les thèmes de l’amour maternel, de la spiritualité et de la vulnérabilité humaine, mêlant émotions personnelles et aspirations transcendantes.
Révélée grâce à une correspondance avec Lamartine et saluée par la Société des lettres, sa production, bien que limitée, démontre une maîtrise du vers et une profondeur philosophique, illustrée par des textes comme À Hégésippe Moreau ou Réponse à M. de Lamartine. Son parcours, traversé par la maladie et une destinée tragique, en fait une figure exceptionnelle de la poésie féminine.
Citations de Antoinette Quarré
“ Me fait bénir déjà les pleurs que j’ai versés ; Car une larme seule en ton sein recueillie, Et mêlée à tes flots d’amour et d’harmonie, Pour ma gloire est assez. Quand, de son trône d’or, l’astre qui nous éclaire, Au sein d’une humble source a plongé ses rayons, L’onde, où se réfléchit sa splendide lumière, Roule un instant ses feux dans sa courte carrière Et brille de ses dons. Ainsi, quand ton génie, éclairant ma jeunesse, M’inonda tout-à-coup d’ineffables clartés, Mon ame à ses rayons s’ouvrant avec ivresse, Mêla tous ses accens de joie ou de tristesse À tes sons enchantés. ”
“ Quand nous ne sommes plus, notre ombre a des autels. À Hégésippe Moreau. Oh ! que tu dois sourire, Hégésippe, à la gloire Qui vient, belle et pompeuse, illustrer ton cercueil ! Qu’elle a de majesté sous sa tunique noire Et ses atours de deuil ! Sa main, pour ombrager la couche où tu reposes, D’un laurier immortel a cueilli les rameaux, Et prodigue à ton nom ses caresses écloses Au milieu des tombeaux. Son beau front rayonnant, que le cyprès couronne, S’est penché sur ton sein glacé par le trépas ; À tes baisers d’amour, vois ! elle s’abandonne Avec tous ses appas. ”
