Berthelot Brunet

Élements biographiques

Berthelot Brunet Les hypocrites

Il triomphait maintenant de la tante Bertha. Elle ne voulait pas croire à la mort, pour l’écarter. C’était une timide qui ne voulait rien voir en face, qui camouflait toute vie.
En route, Philippe songeait à la tante Bertha, qui avait refusé qu’on le transportât à l’hôpital, qui lui rendait des soins de servante et d’infirmière. Elle l’avait sans doute aimé d’amour. Philippe était dégoûté : aimer son père, cet homme solennel, cet imbécile... Philippe tremblait en prononçant ce mot d’imbécile, il tremblait devant le sacrilège puéril, qui seul aidait sa timidité à supporter la scène.
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Berthelot Brunet Les hypocrites

Philippe poursuivait : « Je sens qu’il y a du divin dans le monde... » Tout de suite, il eut honte de la banalité, d’autant que l’abbé disait :
— On y revient toujours. Voyez Bourget, voyez Brunetière...
Philippe avait envie de rire. Ce ne fut pas seulement la peur de rater sa comédie qui le contint : un instant, il fut ému, et il songea à un parloir de couvent, à des novices, les jours de visite, qui font le parloir bruyant d’une rumeur qu’on n’entend que là, ces rires fous, tellement innocents, presque purs : la peur du ridicule nous empêche de prononcer le mot de pureté.
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Berthelot Brunet Les hypocrites

Philippe avait alors perçu à la fois que sa raison n’avait plus de raisons de croire et que, néanmoins, il péchait : il ne reste plus de preuves et Dieu nous harcèle quand même. Il y a des moments de l’intelligence analogues à ceux de la prière : lorsque l’on prie le mieux, c’est lorsque l’on sent le moins, et au fond, c’est lorsqu’on n’a plus de raisons, étourdi un instant, comme abasourdi que, par le vide que donnera son absence, on voit ce qui s’appelle voir, quel crime on commet en refusant ce Dieu qu’on ne voit plus : « Tu ne me nierais pas, si tu ne m’avais trouvé. »
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