“ Et Jacques Duval, assis sur le devant de son tombereau, les pieds ballant dans le vide, pense, en souriant, qu’il a eu, tantôt, la naïveté de s’attendrir devant la beauté automnale, si trompeuse, de la terre paternelle... Maintenant, la pluie tombe, glacée, sur les campagnes ruisselantes devenues tristes à mourir. La neige ne tardera pas à venir et, en effet, l’on attend, d’un jour à l’autre, la « bordée de la Toussaint ». L’horizon ne cesse plus de s’embrumer et sur le lac, du matin au soir, les brouillards traînent en nappes épaisses et blanches. ”
Damase Potvin
Élements biographiques
Damase Potvin (1882-1964), écrivain et journaliste québécois, incarne la figure centrale du roman du terroir, dont il dévoile les origines paysannes, les enjeux identitaires et l’harmonie avec la nature.
Son œuvre, marquée par une profonde admiration pour le Québec rural, s’organise autour de textes majeurs tels que Le Français (1925), L’Appel de la terre (1919) ou Sous le signe du quartz (1940), où le paysage devient à la fois cadre et personnage. Récompensé par le Prix David (1938), il laisse une empreinte indélébile dans la littérature canadienne-française, grâce à une prose poétique et un dévouement envers les valeurs terriennes.
Citations de Damase Potvin
Damase Potvin,
Le tour du Saguenay
“ Et dont le front royal dans l’espace rayonne Sur les monts endormis, quand il vient, la couronne De l’aurore et du soir, À ces tableaux sucrés dont l’immuable face, Lorsqu’ici-bas tout meurt ou s’écroule ou s’efface, Tout jusqu’aux noms d’airain, Garde éternellement, gravé par les tonnerres, Le sceau du Créateur avec les caractères De son nom trois fois saint, À tes flots, noirs coursiers que la tempête anime, À tes sombres courroux qui parlent de l’abîme Le langage inconnu, À ton âme qui berce une image infinie, À tes rochers, à ton mystère, à ton génie, Ô mon fleuve, salut ! ”
Damase Potvin,
Sous le signe du quartz
“ Du haut du talus, à travers la dentelle des troncs et des ramures, nous apercevions comme très loin le Rapide qui prenait dans le lointain clair-obscur des tons d’argent et de lait. La lune ne devait pas être éloignée de l’horizon car une grande clarté s’étendait à l’orient, faisant pâlir les étoiles. Bientôt, en effet, vers le haut de la rivière, ce fut un flot de lueurs blanches détachant nettement les dentelures de la forêt et des rochers. Dans la paix de la nuit, bercée, en bas, par les grondements sourds de l’eau, l’astre apparut comme un globe au-dessus du bois. ”
