“ Et Jacques Duval, assis sur le devant de son tombereau, les pieds ballant dans le vide, pense, en souriant, qu’il a eu, tantôt, la naïveté de s’attendrir devant la beauté automnale, si trompeuse, de la terre paternelle... Maintenant, la pluie tombe, glacée, sur les campagnes ruisselantes devenues tristes à mourir. La neige ne tardera pas à venir et, en effet, l’on attend, d’un jour à l’autre, la « bordée de la Toussaint ». L’horizon ne cesse plus de s’embrumer et sur le lac, du matin au soir, les brouillards traînent en nappes épaisses et blanches. ”
Damase Potvin
Résumé
Le Français, de Damase Potvin, est un roman rural qui examine les tensions entre tradition et modernité dans un petit village canadien-français. À travers les parcours de personnages comme Jean-Baptiste Morel et Léon Lambert, l’œuvre célèbre la force de la terre et la persévérance des communautés face aux transformations.
Les thèmes de la nature, de la famille et de l’identité s’entrelacent dans un récit où la neige, le lac et les champs symbolisent à la fois la beauté et la vulnérabilité de l’existence. La citation « La vie est la vie. Elle est de disparaître, de s’en aller » révèle une méditation sur le passage du temps et l’attachement aux origines.
Citations de Le Français (Damase Potvin)
“ « Père », demanda-t-elle, « quel est celui que vous devez aimer le mieux : Jacques Duval qui, Canadien du pays de Québec comme vous, veut déserter la terre pour s’en aller vivre de la vie anglaise ou américaine dans les villes, ou Léon Lambert, Français de France qui, venu ici, ignoré du pays des ancêtres, consent à vivre notre vie commune, aidant de cette façon à conserver ce qu’elle est notre petite patrie, en cultivant la terre, en vivant la vie que nous ont faite nos ancêtres qui sont les siens ?... dites, père, quel est le plus digne de garder, de défendre l’âme de la Maison ?... » ”
“ Il entrevit le futur mari de sa Marguerite, celui qu’il rêvait, travailler ardemment à agrandir, à embellir sa terre, à lui assurer l’avenir... Charmes de l’amour des choses, lumière mystérieuse répandus dans l’âme, qui pourra jamais vous décrire ? Il en est de vous comme de ces songes dont on ne sait rien de précis que l’enchantement. Un monde nouveau surgit tout à coup, plus coloré et plus vibrant que celui de la réalité ; et l’on s’abandonne au charme de penser que tout est vrai, réel ; une vie rapide nous entraîne dans des jouissances qui nous occupent constamment. ”
