Léo-Paul Desrosiers

Résumé

Léo-Paul Desrosiers Les Opiniâtres

Koïncha dormit un peu. Elle partit vers minuit. Désormais, elle voyagea sans répit, pagayant un peu, laissant le courant porter le canot, sommeillant quelques heures au hasard d’une crique, mâchant son blé d’Inde. Des rapides coupaient le cours de l’eau ; elle réveillait François, et soudain bousculée, l’embarcation courait et bondissait. Mais l’obstacle le plus redoutable, elle y avait songé dès le début, elle le sentait approcher. Sur une distance de dix milles, le fleuve s’affaissait d’une cinquantaine de pieds, d’un lit de pierre à l’autre, et formait les rapides de La Chine.
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Léo-Paul Desrosiers Les Opiniâtres

La désolation de ce paysage étreignait Ysabau. À Saint-Malo, les hommes, leurs œuvres, sa propre pensée avaient interposé un écran entre la nature et elle-même. Mais ici, aussitôt qu’elle demeurait seule, aussitôt qu’elle passait le seuil de la cabane, elle heurtait la forêt, le fleuve, la terre, le chaud, le froid, les aubes, les crépuscules, le soleil, les ciels étranges, les nuages, le vent, la pluie, les tempêtes, les couleurs, toutes les manifestations de la nature. Entre ces phénomènes et elle, aucun mur. Nuls vestiges pour détourner l’attention, absorber les yeux ou l’esprit.
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Léo-Paul Desrosiers Les Opiniâtres

Pierre observait l’allongement plat des terres. Il pensait de même que tous les Français qui, depuis près de soixante ans, avaient habité la colonie. « Nous devons garder ce pays, se disait-il ; il contient le fleuve, avenue perçant la contrée jusqu’au cœur ; au bout de ce couloir, de chaque côté jusqu’à des lointains qui défient l’imagination, des biens stables attendent : forêts sans bornage, vallées et plaines, pêche, chasse et pelleteries ; là gît non pas une province, ni un empire, mais un continent ; tout Français s’y taillerait un domaine et il resterait encore de l’étoffe ».
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