“ Vous voulez que je m’en aille ? Excusez-moi si je n’ai pas saisi le sens de vos paroles tout à l’heure. J’avais une proposition à vous faire. Je voulais vous amener aux Follies ce soir. Il paraît que le « show » va être bon. La mélancolie de Jacques Bernier avait besoin de réactif. Il déclina d’abord, puis accepta. Cette distraction folle chasserait peut-être les idées noires qui l’assaillaient. La tristesse s’infiltrait en lui, comme aux heures grises de son enfance malheureuse. Sans y parvenir, il s’essayait à la secouer, à chasser le spleen où il menaçait de sombrer. ”
Ubald Paquin
Résumé
"Le Paria", d'Ubald Paquin, aborde les thèmes de la solitude, de la cruauté humaine et des conflits intérieurs à travers le parcours de Jacques Bernier, un personnage engagé dans une quête d’identité et de rédemption. L’œuvre, ancrée dans un environnement rural rigoureux, entrelace les relations humaines tendues, les dilemmes moraux et l’isolement, mis en lumière par des personnages comme Mariette ou Paul Joyal.
Les passages cités révèlent une profonde introspection, mêlant désespoir et force de résistance, tandis que les éléments naturels (neige, raquettes) symbolisent les difficultés à surmonter. Publié dans un contexte littéraire québécois, le roman dévoile une critique sociale et une réflexion sur les forces de l’amour et de la haine.
Citations de Le Paria (Ubald Paquin)
“ Il vit le gibet où malgré son innocence, il se balancerait. Non ! Pas cela ! On ne le prendrait pas. Il crierait son innocence : il la crierait si fort que les juges l’écouteraient, que les juges le croiraient. — Jacques Bernier, suivez-moi. À cet appel, il tressaillit. Sous l’effet de l’exaltation croissante où l’horrible perspective l’avait jeté, il ne remarqua pas dans la voix qui lui parlait, une déférence plus accentuée. Depuis que sur sa tête, la menace planait, il se débattait dans une atmosphère d’angoisse. Le coroner l’attendait au bas. ”
“ Sans l’amour, la vie est vide. L’amour commande le dévouement. Se dévouer, c’est amplifier son être, le dédoubler, le multiplier. La haine ne suffit pas à combler le vide des jours, surtout quand elle n’est pas une forme déguisée d’amour, ou son succédané. Jacques haïssait l’humanité, surtout la Société qui en est l’expression juridique. Et, dans sa haine, aucune passion ne rentrait. Elle était froide, raisonnée, méthodique. Quelle satisfaction espérait-il en retirer, sauf un droit plus grand de mépris. ”
