“ Comme il avait grandi beaucoup, et qu’il était fort pour son âge, Philibert ne se gênait pas de l’exploiter, de lui confier des travaux parfois trop durs. Animé de son implacable fatalisme, il ne se révoltait jamais. Maintenant que fleurissait dans son cœur l’espérance de pouvoir, un jour, lire dans les livres, comme il avait vu la maîtresse, un horizon agrandi s’ouvrait devant sa jeune imagination. ”
Philibert
Définition et enjeux
Le nom de Philibert évoque, dans la littérature, un personnage souvent orienté vers l’effort, le devoir ou la recherche de sens. Dès les récits de Stella Blandy ou Adrien Marie, il incarne une figure à la fois laborieuse et introspective, confrontée à des dilemmes moraux ou sociaux.
Dans L’oncle Philibert, il est présenté comme un modèle de vertu pratique, tandis que Paul Margueritte le dépeint dans une quête intérieure troublée. Ces approches variées, allant de la charité à la réflexion sur l’éducation, révèlent une diversité de regards autour d’un même nom, ancré dans des contextes sociaux et familiaux riches.
Citations sur “Philibert”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ Philibert respectait dans le maître des Ravières la bonté paternelle cachée sous de rudes apparences, la sûreté de caractère, la rectitude de jugement qui le distinguaient. Quant à Claude Chardet, lorsque des Chizerots le questionnaient malignement au sujet des occupations mystérieuses de son fils, il ne manquait pas de répondre : « Il y a des gens riches qui ont des fils si dépensiers, et d'une si mauvaise vie, que je me félicite des manies tranquilles de mon Philibert. » ”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ Ne l'est pas qui veut, et même ce n'est pas l'ambition de Philibert; il sera un homme utile, bienfaisant aux autres, s'il trouve moyen de diminuer la peine des travaux, d'augmenter le bien-être de la plupart, et c'est une gloire modeste qui a sa récompense dans le sentiment du devoir accompli. — Oui, oui. tu l'as toujours défendu contre moi, ton mari, quand je ne comprenais goutte à ce qu'il faisait. Je veux bien croire les promesses du docteur; mais, avant de se réjouir, il faut voir, il faut voir, Catherine. Rien n'arrive si droit dans ce monde qu'on voudrait s'en flatter. ”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ Réconcilié, dit-il en faisant la moue, pas trop; nous nous boudons de temps en temps. — Alors ce grand amour pour les sciences, comment l'entends-tu? demanda le docteur, pendant que Philibert souriait et que le grand-père, peu intéressé à la conversation, s'esquivait pour aller donner des ordres à son maître valet. — Je ne sais pas bien m'expliquer, répondit Paul après avoir réfléchi; voici : il y a des sciences amusantes, d'autres qui sont trop sérieuses encore pour moi et qui m'ennuient. Tant pis, oncle Philibert, j'avoue qu'elles m'ennuient. ”
Émile Briand, Philibert Simon, missionnaire en Mandchourie… (1878)
“ Par une faveur inappréciable de la Providence, Philibert, dès ses premiers pas dans la vie, trouva dans ses parents des guides sûrs et expérimentés, capables de diriger son esprit et surtout de former son cœur à la vertu. C'était une nature d'élite que celle de ce robuste paysan, à l'écorce rude, à l'air austère tempéré par une grande expression de bonté, et qui dirigeait l'école communale de Messé en même temps qu'il consacrait ses loisirs à la culture d'un petit domaine de famille appelé les Bordes. ”
Stella Blandy,
L’Oncle Philibert
“ Buvons à la santé du poète. — Ah ! grand-père, dit malicieusement Alice, je croyais que vous n’aimiez pas les vers ! — Et ceux-là ne sont pas bons, ajouta l’oncle Philibert en riant. Si vous croyez que l’on jouit de toutes ses facultés quand on a été asphyxié à moitié. — Je ne sais pas s’ils sont mauvais, reprit gaiement le maître des Ravières ; mais ce qui est vraiment bon et bien fait, c’est ton pressoir, Philibert. Il faut l’exposer au comice du printemps prochain. Voilà qui te fera honneur, vrai, et qui me flatte de voir que tu inventes des choses... des choses... ”
Paul Margueritte,
Maison ouverte
“ Dupe après trois années de heurts et de saccades, Philibert s'adoucit, se laissa gouverner, et, avec le manque d'équilibre d'une nature nerveuse, passa à une prostration vague, une langueur physique où s'abâtardirent son corps et son esprit. Les fumées et les relents de l'encens, les cantiques des offices, le noyèrent dans un spleen indécis, un mysticisme quiet, qui dégénérèrent en excessive dévotion. ”
Paul Margueritte,
Maison ouverte
“ Jusqu'à présent, Philibert n'avait jamais réfléchi à l'éducation qu'on lui avait donnée, aux espérances que, par certains côtés, il pouvait inspirer aux pères. Une fois, par mé- garde, il saisit les fragments d'une conversation entre le nouveau supérieur et un père enseignant. Celui-ci, qui aimait Philibert, en parlait, précisément, comme d'un instrument utile, excellent plus tard pour la compagnie : « fougueux, il aurait la foi du sectaire; violent, la rudesse du combattant. On ne pouvait en faire un prêtre, mais le dominer, le pousser, grâce à la fortune des parents, et... » ”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ Tu me l'as dit toi-même, oncle Philibert, c'est aux riches d'aider les pauvres, et garder Vittorio avec nous, c'est mieux que de donner un petit sou par ci par là à quelque mendiant. — Oui, mon enfant, répondit l'oncle Philibert, donner un petit sou, c'est faire l'aumône; aider son prochain de son argent et de son affection, c'est pratiquer la vraie charité. ”
Philibert Le Duc, Saint Philibert ; par Philibert Le Duc… (1856)
“ Dès que saint Philibert eut répandu sur lui ses bénédictions, le moribond sentit le mal décroître et, sans le secours de l'art de guérir, il recouvra bientôt la santé. 12. — Un jour, plusieurs barques traversaient là Seine, et les vagues soulevées par l'orage rendaient la navigation dangereuse. Saint Philibert s'étant mis en prières, la barque sur laquelle il était aborda heureusement, tandis que les autres ne purent atteindre le rivage. ”
Pierre-Aimé-Adolphe de Tricaud, Nos pères, chroniques et légendes de l'Ain… (1868)
“ Le malheur suit à pas lents les heureux du siècle, mais il finit toujours par les atteindre ! On regagna Pont-d'Ain avec peine : le mal empirait ; les jours de Philibert étaient comptés. La science des mires, les prières des chapelains, les voeux d'une pieuse épouse ne purent rien contre les décrets de Dieu, et, par une amère dérision de la fortune, ce fut dans le même château, dans la même chambre où il était né sujet et bien éloigné du trône, que, souverain heureux et puissant, Philibert mourut, le 10 septembre 1304, âgé seulement de vingt-quatre ans 1. ”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ Il y eut un véritable émoi dans le domaine des Ravières lorsque ce malheur y fut connu. Jacques Sauviac avait su se faire estimer de tout le monde. Chacun l'aimait pour les qualités qu'il préférait en lui : Claude Chardet pour son rare bon sens; Philibert pour son génie inculte, supérieur à ses connaissances; tante Catherine pour sa bonté et sa belle humeur; les enfants pour ses gâteries, les serviteurs enfin pour ce tact qui l'empêchait de se prévaloir à leur égard de la familiarité à laquelle les maîtres des Ravières l'avaient admis. ”
Marius Échamel, Histoire de la paroisse de Voutezac… (1912)
“ Charles Philibert, comte du Saillant, né en 1759 et marié en 1796 avec sa cousine Marie-Geneviève, fille de Charles-Louis Gaspard et d'Elisabeth-Charlotte de Mirabeau, fut un des hommes les plus célèbres et les plus importants de la première moitié de ce siècle. Philanthrope, penseur, agronome, littérateur, artiste, industriel, propagateur de l'instruction, philosophe chrétien et libéral, il s'employait avec une activité dévorante à tout ce qui pouvait faire fleurir les sciences, les arts, l'industrie et le commerce, tout en moralisant et civilisant le peuple. ”
Stella Blandy,
L’Oncle Philibert
“ Que Vittorio entre en apprentissage à quatorze ou quinze ans, c’est assez tôt pour qu’il devienne un fin ouvrier dans n’importe quelle partie... D’ici là, tu peux l’amuser, Philibert, à lui faire apprendre tout ce qu’il voudra puisqu’il a du goût à ton latin et à ce tas d’affaires qui sont autant de mystères pour moi. Mais, avant tout, puisque nous nous chargeons de ce garçon, il faut nous occuper de savoir qui il est. Ce qu’il en a dit, ce qu’il en sait par lui-même est trop peu de chose. ”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ Gare aux coups de corne! » Alice se mit à rire. « C'est bien fait pour moi, dit-elle à l'oncle Philibert. Je me suis moquée de lui et il me le rend. Si les chèvres sont méchantes, si les moutons sont sales, je n'irai pas à l'étable, voilà tout. Mais ce qui me plaît le mieux dans mon voyage, c'est que je verrai grand-père, tante Catherine, et vous, mon oncle. » Philibert Chardet embrassa l'aimable petite fille, et bientôt le clocher carré d'Uchizy apparut au milieu des groupes épars de maisons grises ou blanches. ”
Stella Blandy,
L’Oncle Philibert
“ Je ne commencerai pas de collection ; je ne courrai point à Arbigny, à l’Ezeratza, à Montbellet avec l’oncle Philibert. Tu vois bien que c’est moi qui suis le plus malheureux. Et si malgré cela tu montres tant de chagrin de me quitter, comment veux-tu que j’aie du courage ? Crois-tu que je n’en ai pas besoin ?... Ah ! les belles parties que nous aurions faites, oncle Philibert ! Et qui donc jouera avec Alice aux récréations ?... Elle pleure encore !... Mais tais-toi donc ; quand je l’entends, c’est plus fort que moi, et c’est bête pour un garçon. Tiens ! ”
Stella Blandy,
La Teppe aux merles
“ « Est-ce que tu ne trompes pas ? dit-elle à sou père ; il n’y a qu’une seule personne sur le siège, et d’ici on la voit si petite que je ne reconnais pas maman. Et où est donc Philibert ? » Claude Franchet ne pouvait pas répondre à cette question. Philibert, assis avec Rosalie dans l’intérieur de la jardinière, était invisible à cette distance ; mais le doute qu’exprimait sa fille ne le gagna point. ”
Alfred Michiels,
L'Art flamand dans l'est et le midi de la France…
(1877)
“ Quoique Philibert ait cessé de vivre, la mort vient seulement de le frapper : elle n'a pas commencé le travail lugubre qui déforme les êtres; le malheureux jeune homme a encore les chairs fermes, les contours pleins et solides, comme s'il dormait d'un sommeil transitoire, et non d'un sommeil éternel. ”
Édouard Martin,
Collégiens, étudiants et mercadets pour rire
(1853)
“ Or, quand un oiseau de cette cage lui paraît posséder une envergure assez grande pour planer encore dans cette volière qu'on nomme Paris, Philibert lui donne la clef des champs—à 15, 30, 40 pour 100 d'intérêt par mois. — C'est superbe ! — Oui, ça n'est pas mal imaginé : aux uns la chose réussit; aux autres, la chose réussit moins. Ceux qui se relèvent, grâce à la machine-Philibert, n'ont aucune peine à s'exécuter de grâce. Les malheureux qui échouent reviennent ici un peu plus endettés, voilà tout; chacun y trouve son compte. ”
Stella Blandy,
L’Oncle Philibert
“ Encore maintenant, après tant de siècles écoulés, on s’aperçoit que l’on n’est pas encore en Mâconnais dans la petite commune de Gigny. Paul s’amusait des différences qu’il y remarquait entre le patois qu’on y parle et celui d’Uchizy, et, jusque dans les toits pointus, à la bourguignonne, l’oncle Philibert faisait remarquer la diversité de type, d’habitudes, de vie. Tout est enseignement pour qui raisonne sur ce qui l’entoure. ”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ Mon père, dit Philibert en remettant toute chose en place, il m'est impossible de croire qu'un homme franc, tel que paraît ce Sauviac, et dont le fils emploie à de semblables travaux ses moments de liberté, soit capable d'un vol. ”
Stella Blandy,
L’Oncle Philibert
“ Le maître des Ravières, dans son gros bon sens rustique, sentait que ses convives devaient être curieux d’inspecter le laboratoire mystérieux où Philibert s’adonnait, selon les mauvaises langues d’Uchizy, à chercher pourquoi la pluie mouille, pourquoi l’herbe est verte et comment il pousse de la plume sur les ailes des oiseaux quand c’est de la laine qui frise sur le dos des moutons, toutes questions que les gens sensés du pays résolvent sans se casser la tête, en disant que les choses sont ainsi parce qu’elles ne sont pas autrement. ”
Stella Blandy,
L’Oncle Philibert
“ Cela se pratiquait ainsi autrefois ; mais les modes changent. Qu’y faire ? — Je dis et je prétends que si ton maître s’en était tenu aux vieilles coutumes, il serait plus heureux qu’il n’est, et sa maison autrement gaie. S’il n’avait pas eu la vanité de faire élever son fils Philibert au collège, et sa fille Marie en pension, à Mâcon, tous les deux se seraient mariés à Uchizy. Philibert aurait été un bon propriétaire de campagne, comme moi ; et, si la destinée était que Marie mourût jeune, au moins les enfants qu’elle a laissés seraient restés avec leur grand-père pour le consoler. ”
Stella Blandy,
L’Oncle Philibert
“ Non, vraiment, disait quinze jours après Vittorio à l’oncle Philibert, qui était allé chercher ses deux élèves à Lausanne et qui les ramenait à Uchizy, je ne sais ce qui pourrait ajouter quelque chose à mon bonheur. Il me semble que je fais un rêve ; je ne puis me figurer que je vais revoir les Ravières et tous ceux que j’aime. Non, personne ni rien au monde ne saurait ajouter à ma joie. ”
Stella Blandy,
L’Oncle Philibert
“ Il faut bien que la gazette d’Uchizy ait son numéro chaque jour, répondit Philibert en souriant. Quand les femmes du quartier du Château sont assises à leur porte, elles causent de tout et de tous, comme les gens dont l’esprit n’est pas occupé, et, quoi que vous fassiez ou ne fassiez pas, elles le salueront toujours d’un coup de langue. Faisons bien et laissons dire, c’est ma devise. Quant à vous ruiner, non, ce n’est pas à quoi je pense ; je prendrai volontiers à mon compte l’achat du piano, et je payerai le maître de Tournus. ”
L'amulette : étrennes à nos jeunes amis (1834)
“ Quand Philibert, à seize ans, fut arrivé aux classes supérieures, on ne le battait plus, mais on le replaçait sur le tréteau comme au jour de son entrée au collège ; le sarcasme pleuvait sur lui comme autrefois pleuvaient les coups, et cette flagellation était si cruelle que, malgré la rude écorce qui enveloppait son esprit, le pauvre diable comprenait souvent sa dégradation, et, jeune homme, pleurait sous le mépris comme enfant il avait pleuré sous la douleur. ”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ En entendant cette décision, Paul était partagé entre le chagrin de quitter les Ravières et lajoie d'aller retrouver ses amis du lycée. Il ne savait comment concilier dans son cœur et dans sa contenance ces deux sentiments opposés ; il avait tout à la fois envie de sauter de joie et de protester qu'il ne voulait pas quitter l'oncle Philibert. Quant à Alice, elle se trouvait trop bien de la vie de campagne pour s'affliger de demeurer là où elle s'était déjà fait une foule d'amis, gens et bêtes. ”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ Je te l'avoue, Philibert, si j'ai hésité à prendre à ma charge cet enfant, c'est que, dans le premier moment, je me suis dit que cela me coûterait bon. Et je donnerais. je ne sais quoi pour qu'il fût là, ce Vittorio. Voilà un remords pour la vie, si nous ne le revoyons plus. Je me rappellerai que, si j'avais dit tout d'abord à la veuve ce que je lui ai dit ensuite, ce garçon ne courrait pas seul les chemins, exposé à tourner mal. Voilà ce que c'est que de barguigner; on s'ôte tout le mérite du bien qu'on veut faire ensuite. ”
Adrien Marie,
L'oncle Philibert
(1888)
“ Peut-être vous achètera-t-il quelqu'une de vos idées. — Quoi ! les idées valent de l'argent! s'écria le maître des Ravières dont les yeux s'ouvrirent bien larges. — Et, de plus, puisque Vittorio aime la mécanique, c'est à cet ingénieur que vous pourrez le confier plus tard. — Eh! quoi, répétait Claude Chardet, mon Philibert serait donc en train de passer grand homme! Qui l'aurait ja- mais cru! T'en serais-tu avisée, Catherine? — Certes, oui, répondit sa bru ; je ne dis pas comme vous qu'il sera un grand homme. Non, c'est trop avancer. ”
Philibert Le Duc, Saint Philibert ; par Philibert Le Duc… (1856)
“ Saint Philibert suivit son père sur les rivés de l'Adour et reçut près de lui une éducation religieuse', à laquelle se prêtait son bon naturel. Jugé digne de suivre une brillante carrière, il fut envoyé très jeune à la cour de Dagobert, « le plus magnanime roi des Francs » , dit la biographie latine de mou patron, écrite, il est vrai, longtemps avant Charlemagne. Une école ecclésiastique et mondaine était attachée aux palais mérovingiens. C'est dans cette école que les fils des premières familles s'initiaient à l'art de la guerre et aux études saintes et profanes ”
Stella Blandy,
L’Oncle Philibert
“ Claude Chardet et son fils se disputaient, en effet, l’honneur, la charge de ce parrainage inattendu. Comme ils ne pouvaient s’entendre, aucun d’eux ne voulant céder à l’autre les droits qu’il se croyait à cette parenté morale qu’établit un tel lien, et Philibert, malgré son respect pour son père, maintenant ses prétentions, le maître des Ravières dit à Vittorio : « Mais, puisque le futur filleul est en âge de faire un choix, qu’il parle donc un peu à son tour ; le moyen de contenter tout le monde, c’est de s’en rapporter à lui. » ”
