“ Mourier disque ; je herse. Le soir, nous rentrons sans parler. Henriette a fait « le train ». L’eau tirée du puits depuis deux ou trois heures s’est attiédie dans l’abreuvoir, le râtelier déborde de foin bleu odorant, l’auge regorge d’avoine. Nos bêtes, les jambes lourdes, comme les nôtres, après avoir marché dans la terre molle, sont secouées d’un grand frisson dès qu’elles sont débarrassées de leurs harnais... Avant de se coucher, Mourier viendra jeter un dernier coup d’œil à l’étable, et je serai mise au courant des moindres faits qu’il aura remarqués. ”
Magali Michelet
Résumé
Comme jadis, de Magali Michelet, explore la vie quotidienne dans la Prairie canadienne à travers les correspondances entre Mourier, Minnie et Gérard. L’œuvre mêle descriptions poétiques des saisons, des paysages (neige, épinettière, saules) et les tensions d’un environnement en mutation.
Les lettres révèlent des relations humaines, l’isolement et l’adaptation à la nature, tout en soulignant les enjeux de l’émigration et de la colonisation. Le roman, à la fois intime et historique, célèbre la résilience humaine face aux éléments.
Citations de Comme jadis (Magali Michelet)
“ Gérard, c’est vous qui aviez raison. Nous n’avons pas le droit de garder un trésor qui peut enrichir les âmes, consoler, apaiser. Si vous pensez, comme moi, qu’il est bon que je m’en désaisisse, que je n’y puise pas seule le réconfort, l’espérance chrétienne, dites-le moi, mon ami. Indiquez-moi ce que je dois faire. Jour de malle. Pas de lettres. Je m’inquiéterais trop facilement, si Henriette avait moins besoin d’être remontée. Je m’étonne qu’elle, si résignée d’ordinaire, d’humeur paisible et égale, supporte difficilement le retard d’un courrier. ”
“ GÉRARD À MINNIE Nos lettres se croisent sur terre et sur mer ; elles se rencontrent, convoyant notre amitié qui m’apparaît de mieux en mieux comme un joyau sans prix ; elles se hâtent de réparer le temps où nous étions des étrangers l’un pour l’autre. Concevez-vous, Minnie, que ce temps-là ait pu exister ? Je le perçois d’une façon aiguë. C’était la période nocturne où mon âme, inassouvie par des semblants d’amitié qu’on lui offrait, s’affolait de détresse et de solitude, se tendait douloureuse vers un idéal qui l’entraînait toujours vers plus de déception. ”
