Magali Michelet

Élements biographiques

Magali Michelet Comme jadis

Mourier disque ; je herse. Le soir, nous rentrons sans parler. Henriette a fait « le train ». L’eau tirée du puits depuis deux ou trois heures s’est attiédie dans l’abreuvoir, le râtelier déborde de foin bleu odorant, l’auge regorge d’avoine. Nos bêtes, les jambes lourdes, comme les nôtres, après avoir marché dans la terre molle, sont secouées d’un grand frisson dès qu’elles sont débarrassées de leurs harnais... Avant de se coucher, Mourier viendra jeter un dernier coup d’œil à l’étable, et je serai mise au courant des moindres faits qu’il aura remarqués.
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Magali Michelet Comme jadis

Gérard, c’est vous qui aviez raison. Nous n’avons pas le droit de garder un trésor qui peut enrichir les âmes, consoler, apaiser. Si vous pensez, comme moi, qu’il est bon que je m’en désaisisse, que je n’y puise pas seule le réconfort, l’espérance chrétienne, dites-le moi, mon ami. Indiquez-moi ce que je dois faire.
Jour de malle. Pas de lettres.
Je m’inquiéterais trop facilement, si Henriette avait moins besoin d’être remontée. Je m’étonne qu’elle, si résignée d’ordinaire, d’humeur paisible et égale, supporte difficilement le retard d’un courrier.
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Magali Michelet Comme jadis

GÉRARD À MINNIE Nos lettres se croisent sur terre et sur mer ; elles se rencontrent, convoyant notre amitié qui m’apparaît de mieux en mieux comme un joyau sans prix ; elles se hâtent de réparer le temps où nous étions des étrangers l’un pour l’autre. Concevez-vous, Minnie, que ce temps-là ait pu exister ? Je le perçois d’une façon aiguë. C’était la période nocturne où mon âme, inassouvie par des semblants d’amitié qu’on lui offrait, s’affolait de détresse et de solitude, se tendait douloureuse vers un idéal qui l’entraînait toujours vers plus de déception.
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