Marie Le Franc

Marie Le Franc

Résumé

Portrait de Marie Le Franc Marie Le Franc Visages de Montréal

Jeannine s’appuie à son épaule, ferme à demi les yeux, glisse dans un inconscient tiède, confortable, heureux, et murmure d’une voix d’anesthésie : « Ah ! qu’on est bien ! » Est-elle au cinéma, dans son bain, à l’église ou à cheval ? Les petites, la danse finie, se réfugient derrière le paravent où leur duègne, en trois gestes exactement, habille chacune, passant par-dessus la tête le collier, la combinaison, la robe.
Ses meilleures amies se plaignent de son indifférence. Elles l’appellent « la douce et lointaine Jeannine, occupée de sa chienne et de ses tiroirs ».
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Portrait de Marie Le Franc Marie Le Franc Visages de Montréal

Jeannine apporte à noyer sa personnalité le même souci que d’autres ont de la mettre en relief. Prier, c’est formuler un désir, une demande. La félicité suprême consiste pour elle à ne rien souhaiter. L’église crée autour de son âme l’atmosphère ouatée de Hill-Park aux jours de neige. Elle se livre à elle, emportée à l’aveugle, les sens fondus en un seul, dont le rôle est si écrasant qu’au lieu de servir il règne, qu’on n’ose le borner. On n’est plus qu’une forme inerte. Dieu entend, ressent à votre place, devient responsable.
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Portrait de Marie Le Franc Marie Le Franc Visages de Montréal

Nous étions dans un monde sans limites, point modelé par l’homme. La forêt lui eût cassé la main d’un coup de brindille s’il avait osé la glisser dans son écran. Et tous les trois, à rester immobiles au cœur de Widgeon, de l’aube au soir d’une journée infinie, nous sentions pousser sur nous une ombre moussue. La robe verte d’Elfie, à ma gauche, dégageait un parfum de jeunes feuilles ; la veste brune de Cavelier sentait l’aiguille de pin.
La femme-fée détournait rarement le visage : son profil enfonçait son tranchant délicat dans l’aubier de la lumière.
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