“ Là, depuis ces trois ans, vivaient d’autres femmes dont l’existence était peut-être restée la même : facile et douce, occupée par des affections régulières, bourgeoisement heureuse ; tandis qu’Hélène... Alors mes yeux se mouillèrent. Toutes les petites lueurs jaunes de la gare disparurent, noyées dans mes larmes. Et maintenant, ce que je voyais distinctement, c’était la chaîne entière des fatalités de la vie d’Hélène : Fernand ! M. de Vandeuilles ! Moreau ! Puis, au commencement, moi ! Moi, cause première de tout, je l’avais mariée ! Moi je l’avais poussée à l’adultère élégant ! ”
Paul Alexis
Résumé
Paul Alexis, dans Le Collage, explore les destins entrelacés de personnages comme Hélène, Clouard, Fernand et Jacques, décrivant leur vie à travers des scènes quotidiennes chargées d’émotion.
Les thèmes de l’existence fragile, des relations orageuses et des lieux symboliques (avenue, fenêtre, tonneau) structurent cette œuvre, où les objets et les espaces deviennent récits de souffrance ou de rédemption. Les extraits révèlent une introspection profonde, mêlant mélancolie et déceptions, illustrant ainsi la complexité des liens humains et l’éphémère des bonheurs bourgeois.
Citations de Le Collage (Paul Alexis)
“ Après le quadrille, sans interruption, la polka, la valse, un autre quadrille encore. Et Clouard, pris dans l’engrenage de folie, ne se dégageait pas ; poussé, bousculé, sentant la tête lui tourner, ses idées se brouiller, mais heureux. Sa femme pouvait être par là, regardant comme lui. Ne viendrait-elle pas se jeter à son cou, lorsqu’il s’y attendrait le moins. Sa fille ? eh ! grand Dieu ! il allait la reconnaître, grandie et superbe, donnant la main à son cavalier ; s’il ne la reconnaissait pas tout de suite, elle lui crierait la première : « Bonjour, petit père ! Embrasse ta Clara. » ”
“ « Cinq louis pour M. Jauffret ? — Je les tiens ! » répondit à demi-voix un des parieurs. Et les cartes neuves, données une à une, se détachaient avec des petits claquements secs... Là-bas, sur la plage, c’était le battement rythmique de la vague fondant contre la falaise sonore, puis s’égouttant écumeuse à travers les galets. Et, Hélène, dans une prostration, les yeux enfoncés et rougis par l’insomnie des nuits, passait des après-midi mornes ; quelque livre, qu’elle ne lisait pas, ouvert dans ses mains ; regardant un point fixe, là-bas, à l’horizon, sans rien penser et sans voir. ”
