“ Je rêve de lâcher Célina, de recouvrer ma liberté, de me morfondre à nouveau dans la mélancolie de la solitude. J’enrage de ne pouvoir me jeter tête baissée dans des sensations nouvelles. Mais je n’ai pas la force de trancher moi-même ce lien qui me fait saigner. Si je n’aime pas assez Célina pour me résigner à passer ma vie avec elle, je l’aime trop pour avoir le courage de la quitter ”
Célina
Définition et enjeux
Citations sur “Célina”
Horace de Viel-Castel,
Les sensitives : album des salons
(1845)
“ Cette figure riante s'est reflétée sur la figure de Célina, et son cœur éprouve une émotion nouvelle. Elle n'est plus abattue, elle n'est plus triste; si parfois un retour sur le passé vient brunir son front, cela arrive comme pour donner un degré de plus à la vivacité de ses impressions. Elle avait fui le monde, elle y retourne maintenant, elle le recherche même, elle l'aime, elle aime tout; et le temps passe : un jour c'est une heure, une heure c'est un regard, un regard qu'on a rencontré, à qui l'on a dit cent choses, et qui vous en a répondu mille! ”
“ Et, sans que je ne m’y attende, car elle n’a jamais fait cela, Célina me lance un coup de pied. Son pied a beau n’être chaussé que de pantoufles : il m’atteint à un endroit extrêmement sensible et me fait, un mal atroce. Je suis tout pâle. Je me traîne jusqu’à la toilette, où, tout en me bassinant l’endroit, avec de l’eau fraîche, afin d’éviter quelque suite fâcheuse, je m’aperçois que je cherche encore le motif de la fureur de Célina. ”
Horace de Viel-Castel,
Les sensitives : album des salons
(1845)
“ Ainsi la vie a commencé pour Célina. Bientôt le bruit et l'éclatdu monde l'étourdissent, les plaisirs succèdent aux plaisirs ; elle suit le courant qui l'entraîne ; elle boit à cette coupe enivrante ; elle ne comprend pas le danger d'être belle, car son cœur est plein d'innocence et de simplicité. Il est un âge où le bonheur est une chose facile, où l'âme n'a pas acquis cette délicatesse que le temps et le malheur seuls lui donnent. ”
Horace de Viel-Castel,
Les sensitives : album des salons
(1845)
“ Jaloux de ces larmes, de cette douleur qu'il ne peut comprendre, l'homme à qui Célina est à jamais liée , s'irrite; la confiance et la paix ont fait place aux soupçons, aux reproches , à la crainte et aux regrets, et comme toute jalousie sans objet, celle de cet homme devient incessante et terrible. Quatre années se sont écoulées , et Célina, pour la première fois depuis son mariage, se trouve seule, son mari absent. Le hasard la met en présence d'un autre homme qui lui plaît tout d'abord : jeune, beau et riche encore d'illusions, il ne croit qu'au bonheur. ”
Horace de Viel-Castel,
Les sensitives : album des salons
(1845)
“ Célina se laisse aller à cette voix amie et protectrice ; elle voit l'abîme dans lequel sa passion allait l'entraîner; elle frémit, et ses remords commencent, et l'horrible vie d'une femme perdue lui apparaît, cette vie d'audace et de mensonge où elle a fait le premier pas. ”
Amédée Du Leyris, Chansons, dédiées à P.-J. de Béranger… (1839)
“ Ce cœur qui bat d'une vitesse extrême, C'est du bonheur ; pense-tu comme moi ? Oui, ta tendresse exalte ton amante ; Enivre-moi de baisers, de serments. Ta Célina sera toujours charmante, Tant qu'un ami lui fera des présents. Je suis actrice et partant fort coquette ; Sur le théâtre , un ténor me lança ; Je sus briller par mon jeu, ma toilette : L'Amour me vit et ce dieu m'encensa. ”
Horace de Viel-Castel,
Les sensitives : album des salons
(1845)
“ Après quelques paroles banales, aiguisées de sourires cruels, Cécile et ses amis se retirent. Il fallait entacher la réputation de Célina, le but était rempli. Quand l'amour est sincère, le malheur ajoute à son énergie. Célina a pris le bras de Julien qui est désormais son seul appui, et ils quittent ensemble cette funeste maison. ”
“ Il faut être juste : malgré les tortures qu’elle m’inflige à son tour, Célina n’est point un monstre. Il faut même lui reconnaître des mérites. D’abord, elle ne ment jamais. Malgré son passé déplorable, j’ai la certitude qu’elle m’est absolument fidèle. Dans l’atmosphère plus saine et plus intelligente où je la fais vivre, elle gagne tous les jours. Oui ! c’est une femme comme les autres ! Son manque d’éducation première ne peut lui être imputé. ”
“ Cette pauvre Célina a le caractère inégal, ombrageux et difficile. Quand, par extraordinaire, elle semble de bonne humeur, ce n’est pas tenable ! Ses gaietés de grosse poule turbulente m’étourdissent, me portent sur les nerfs. De mauvaise humeur, au contraire, elle casse tout. Pas de semaine où nous ne soyons obligés de renouveler une partie de la vaisselle. ”
“ Célina n’est pas mon idéal. Une ou deux fois par semaine, quand je passe la nuit avec elle, il m’arrive de m’ennuyer à vingt-cinq francs par tête. La chair une fois satisfaite, je me sens beaucoup plus seul en sa compagnie, que lorsque je me trouve uniquement en face de moi-même. ”
Jules Lecomte,
Secrets de famille. Ghita
(1863)
“ Nous avons, depuis notre voyage en Italie, assez souvent causé de nos enfants pour qu'il y ait entre nous accord parfait sur l'opinion qu'on doit avoir de leur coeur et de leur esprit. Célina est un ange de douceur, de grâce, d'affection ”
J.-P.-R. Cuisin, La Galanterie sous la sauvegarde des lois
“ Oui, poursuivit madame L***, Célina est une savantasse ; et combien d’heureux astronomes se sont écriés dans ses bras : Je suis dans les cieux !... Découvrant avec elle la planète de Vénus, passant bientôt sous la ligne, dévorés d’une chaleur brûlante, leurs sens dans une éclipse totale, ils ne retrouvaient la raison et le jugement qu’au périgée du plaisir... Outre ces sciences exactes que Célina possède au suprême dégré, personne mieux qu’elle ne sait se contrefaire ; c’est une Cyrcé, c’est un petit Lovelace femelle sous ce rapport ”
Horace de Viel-Castel,
Les sensitives : album des salons
(1845)
“ On dirait que c'est un langage inconnu que l'on a fini par comprendre , et auquel nos plus secrètes pensées ont répondu. Peu à peu à cette douce quiétude succède l'épanehement, et à ce besoin de recueillement et de silence le besoin de dire tout ce qu'on sent et ce qu'on a senti ; alors Célina me parle, et sa conversation est toujours pleine de charme. C'est même plus, c'est de l'éloquence, mais une éloquence douce et pénétrante, trouvant sans cesse des images justes et originales. Instruite sans prétention, son savoir ne se montre jamais que comme une chose naturelle qui vient à propos ”
Horace de Viel-Castel,
Les sensitives : album des salons
(1845)
“ Pressée de s'habiller, Célina s'approcha d'une glace et recula épouvantée, car pour la première fois peut-être elle s'apercevait du changement de toute sa personne. En effet, elle est méconnaissable; son teint, que l'air a bruni et que la souffrance altère, est trouble et flétri ; ses cheveux, blanchis avant l'âge, ne sont plus ni fins ni soyeux ”
“ Tout à coup, sans me dire au revoir, elle détale, ayant reconnu avant moi le pas de Célina dans l’escalier. Sans bruit, j’ai refermé derrière Flore. Un violent coup de poing ébranle la porte. J’ouvre. Célina rentre, les yeux pleins de larmes. Je comprends que Momiche n’est pas retrouvé. Elle aura en vain battu le quartier. Son désespoir me fait mal. Je voudrais la consoler : — C’est un malheur, ma pauvre Célina... Que veux-tu ? ça arrive tous les jours... Et tu t’es fatiguée ? Tu auras voulu courir jusqu’à la rue Chaptal ! Pas un mot de réponse, pas un geste. ”
“ Tandis qu’à côté de Célina, les sens restent émoussés par l’habitude, l’appétit sexuel n’est plus. Quand je la prends encore dans mes bras, j’ai beau l’étreindre désespérément ; le souvenir de ce qu’elle m’a fait souffrir me paralyse. Une froideur involontaire, sans être de l’impuissance effective, a, d’elle à moi, supprimé le plaisir. Et je m’endors enfin, à l’étroit dans notre lit, mal à l’aise. Déplorable coucheuse, Célina se tient en chien de fusil. ”
“ Puis, au lieu de sonner, on frappe. On gratte plutôt ; oui, un discret et timide frottement, celui d’un doigt familier. De peur d’un coup de sonnette qui réveillerait Célina, je m’empresse d’ouvrir, croyant voir le porteur d’eau. Non ! c’est Flore ! Elle apporte une serviette oubliée la veille en nous rendant le linge, oubliée peut-être exprès. Posant son panier à terre au milieu de l’antichambre, elle me remet la serviette. Puis elle ne s’en va pas. « Vous êtes bien gentille ! » lui dis-je en souriant. Et je cherche dans mes poches ; le hasard veut que je n’ai pas un sou sur moi. ”
Horace de Viel-Castel,
Les sensitives : album des salons
(1845)
“ Aussi, Célina est-elle presque compromise: on parle d'elle et de Julien. Cécile ne voit que trop combien Célina est triste et préoccupée. Elle se penche vers elle avec un air de sollicitude et elle l'entretient doucement; elle s'inquiète de la position qu'on lui a faite, et en même temps elle fait signe à plusieurs personnes d'approcher, d'écouter : elle cherche des auxiliaires à sa méchanceté, et déjà l'on entoure Célina ”
Horace de Viel-Castel,
Les sensitives : album des salons
(1845)
“ C'est Julien. Il l'a-sut vie, il est à ses genoux. Julien presse les belles mains de Célina, les couvre de baisers, les arrose de ses larmes. Célina le regarde avec tendresse, elle a laissé tomber sa tête sur l'épaule de Julien. Elle aime, elle se sent aimée, elle est heureuse ! Tout à coup elle a tressailli : — On vient! dit-elle. — Non, dit Julien, nous sommes seuls, seuls au monde ! Mais Célina écoute toujours : plus de doute, elle entend des pas dans le jardin ; on la cherche, on l'appelle; pleine d'anxiété, elle voudrait trouver une retraite, un refuge; mais la fuite est impossible. ”
“ Soudain, en passant contre une maison en reconstruction, à travers les planches de la palissade, nous entendons un miaulement faible. Moi, je n’y prends garde, mais Célina s’arrête. Célina aime au moins les animaux. Un tout petit chat, quelque orphelin abandonné, errait parmi les pierres de taille du chantier, la queue en l’air, au clair de lune. ”
“ Célina ne me répond que par un grognement et se retourne contre le mur. Chez la veuve, à la fin, Célina, en pensionnaire qui s’enfonce, ne déjeunait plus. Timidement, elle ne se levait plus que pour le dîner, à des six heures du soir. La choucroute qu’elle tâchait de se faire offrir vers minuit à la brasserie, remplaçait le repas du matin. — Voyons, il est midi, Célina ! Le Chaudron, pendant ce temps, s’impatiente. En donnant des coups de balai dans la cloison, elle crie : — Monsieur, votre charbon brûle. Moi je n’ai plus rien à faire !... Si vous ne vous levez pas, je file. ”
“ Depuis que « Momiche » est installé chez nous, Célina ne me casse plus la vaisselle. Occupée de son chat du matin au soir, le cajolant, lui parlant comme à une personne, elle me laisse travailler. Momiche n’est pas propre, et fait un peu partout, excepté dans le plat rempli de cendres qu’on a installé pour lui à la cuisine. Tout l’appartement « sent le chat ». Je recommande à Célina de corriger ce sans-gêne ; elle a l’air de m’écouter, mais se contente de nettoyer les ordures, en grondant le coupable, pour la forme. Elle ne veut pas en venir aux voies de fait, et me défend à moi-même d’agir. ”
“ Le papier gris de l’antichambre, tout uni, sans eau-forte de Manet, semble l’absorber. Puis, tournant le cou du côté de la fenêtre, elle considère le toit ardoisé de la maison d’en face. Moi, réfléchissant aux conséquences, pensant à Célina qui n’est pas loin, je me retire un peu. Pourtant, j’ai peine à me résigner au regret éternel de l’occasion manquée. L’envie est forte, j’effleure sa joue pâle. Voilà, soudain, qu’avec un abandon adorable, sa petite tête se laisse aller et je la sens, là, toute tiède, peser dans le creux de ma main. ”
L.-Pierre Frobert, Poésies. Fleurs du Loiret, par Pierre Frobert… (1909)
“ Mon coeur est plein d'ivresse ; Dans un fougueux émoi, Objet de ma tendresse, Je te tiens près de moi. Célina, mon amie, Dans mes bras se délasse. A toi, femme chérie, - 26 — Mon amour et ma vie, Viens donc que je t'embrasse. — Je t'aime, ô mon chéri, Je t'aime avec délice, Je donnerais ici Mon corps, mon âme aussi. A toi, pour un caprice ! Douleurs Mon âme endolorie après ce choc terrible Semble quitter la terre en un cri douloureux, Mon coeur en est meurtri, il était invincible; Pourtant il va mourir en regardant les cieux ! ”
Lebrun, Tableaux des amours et plaisirs du grand sérail à Paris
“ Bah ! ce n'est rien, monsieur C. , interrompit Célina; venez me voir ce soir aux Variétés, en jeune baron allemand avec son précepteur, je vous défie de me reconnaître, et sauriez-vous, dis-je à mon tour, charmante Célina, jouer la femme entretenue, placé scandaleusement dans une loge aux Français. Je ne m'en ferais aucun mérite, me répondit-elle aus- sitôt, -puisque je l'ai été pendant quelques années de ma vie, par une altesse bavaroise, puis par un général de division ? ”
Horace de Viel-Castel,
Les sensitives : album des salons
(1845)
“ Il n'y a plus qu'un sentiment dans ce cœur, qu'un désir, qu'une volonté : l'or, et encore l'or. Plus la fortune le fuira, plus il s'attachera à la fortune. C'est une lutte à laquelle il donne toutes les facultés de son être : elle les absorbe toutes. Célina se révolte d'avoir été trompée, d'avoir été la dupe de son cœur. Humiliée des sentiments généreux qu'elle a montrés à un homme qu'elle méprise à présent, elle sépare sa vie de celle de cet homme. Elle se fait un monde à elle oii elle se réfugie, où elle regrette, où elle espère, oii elle souffre. ”
“ « Ne tourne pas le roi ! » « Ne va pas te marquer la vole ! » Alors, j’ai été sur le point de lui demander pardon. Le cœur gonflé, prêt à me mettre à ses genoux, je me levais : un regard qu’elle m’a lancé, m’a cloué sur place. Bien m’en aura pris ! Un couteau de table traînait sur la cheminée, à sa portée. Nous avons pourtant dormi encore l’un à côté de l’autre, toute la nuit, profondément. Puis, le lendemain, au retour d’une course matinale, d’où je rapportais une bague et un bouquet pour notre réconciliation, je n’ai plus trouvé Célina. XIII Trois heures et demie du matin. ”
Lebrun, Tableaux des amours et plaisirs du grand sérail à Paris
“ C'est- à merveille, dis-je à Célina, feue mademoiselle Contât n'était qu'une discipledeThalie en comJ paraison de vos talents. Nous vous rendons les armes, et nous avouons avec plaisir, madame L. et moi, que nous avons été parfaitement trompés sur votre déguisement. Adieu, adieu, ma belle CélinaUranie, lui dit en la quittant madame L. ; j'ai besoin d'un beau grand jeune homme ce soir aux Variétés, loge grillée, de gauche, n° 3, huit heures et demie; sa seigneurie lord Pensel à-le goût particulier de voir une jolie femme habillée en homme ”
Felix Lope de Vega, Théâtre de Lope de Vega
“ Célia. Mais qui ne sont pas aussi précieux que celui-là. Phénice. Il est vrai ; mais aussi c’est un chat. Vois, Célia, comme je l’embrasse ; je le préfère à Lucindo. Célia. Eh ! bon Dieu ! il y a plus d’une femme qui passe toute la sainte journée à embrasser un petit chien, lequel bien souvent est laid comme les sept péchés mortels. Pourquoi, vous, n’embrasseriez-vous pas un chat qui vaut son pesant d’or ? Phénice. Je le donnerai à l’homme que j’aime. Célia. Que le ciel vous en préserve ! Phénice. Je ne l’ai demandé que pour don Juan. Célia. Eh bien ! appelez-le don Juan, et gardez-le. ”
Felix Lope de Vega, Théâtre de Lope de Vega
“ Célia, effrayée. Jésus ! Jésus ! voilà Lucindo et Tristan ! Phénice. Dieu me protége ! est-ce qu’il n’était pas parti ? Célia. Il sera sans doute revenu. Phénice. Pourquoi peut-il être revenu ? Célia. Il vient probablement pour son commerce ; il doit vous avoir oubliée. Phénice. Les hommes, Célia, sache-le, n’oublient jamais là où ils ont été maltraités ; il est, au contraire, dans leur honneur de s’obstiner quand on les dédaigne. Si je n’étais pas aussi irritée contre don Juan, je parlerais à ce pauvre jeune homme. ”
Charles de Beys, Céline ou les frères rivaux tragi-comédie
“ Mille divers objets charment en même temps,Le nombre rend souvent nos désirs mal contents, Et pour les bien goûter il nous faut, ce nous semble,Le même nombre d'yeux, et d'oreilles ensemble ;Mais ne diras-tu pas que c'est trop nous louer,Et qu'un moindre discours t'aurait fait avouer,Que l'on passe à la Cour une si douce vie, Qu'elle attire des Dieux et l'amour et l'envie ?Céline. Madame, si Céline en ce lieu ne vous plaît,Elle fuira la cour toute heureuse qu'elle est.Les plus charmants plaisirs lui seront des supplices,Si vous n'y recevez ses très humbles services. ”
