“ M. Fellaire ne pouvait concevoir qu’on eût des sentiments si délicats. Il frappa le dernier coup : parla d’hôtel, de voitures, de bijoux. Hélène songeait que René Longuemare était parti, parti bien loin et pour longtemps, sans un mot d’amour, sans un mot de regret. S’il avait dit seulement qu’il reviendrait, qu’il emportait une pensée, un souvenir. Mais rien ! C’est donc que René ne l’aimait pas. Non, il n’aimait que ses livres, ses fioles, son scalpel et ses pinces. Il l’avait distinguée pour sa complaisance à l’écouter : voilà tout ! ”
Anatole France
Résumé
"Jocaste", roman d'Anatole France, explore les enjeux sociaux et affectifs à travers les destins entrelacés de personnages comme Hélène, Fellaire et Groult. L'œuvre, marquée par des thèmes tels que la classe, les liens familiaux et l'individualité, dépeint un monde où les objets symboliques (chapeau, grenouilles) révèlent les tensions entre aspirations personnelles et contraintes sociales.
Les dialogues et les descriptions introspectives mettent en lumière les contradictions de personnages dont les parcours sont fragiles, dans un cadre où le hasard et l'ambition façonnent les trajectoires.
Citations de Jocaste (Anatole France)
“ Vous pourrez voir madame Haviland quand il vous plaira, oui ! Et il sortit. M. Fellaire, étourdi du coup, bouleversé, se sentant un homme fini, eut le courage d’embrasser gaiement sa fille et de lui dire des bagatelles. Elle l’accueillit avec une tendresse d’enfant. Il y avait dans le caractère de cet homme quelque chose de facile qui sympathisait avec la nature paresseuse d’Hélène, et c’était son père enfin. D’un seul coup d’œil de femme, elle vit la chemise effilée sur les bords, la redingote blanchie au collet, le chapeau, toutes les misères de la toilette paternelle. ”
“ Le nom de Groult se retrouva, non à Granville, mais à Avranches, sur le registre de l’auberge du Cheval Rouge. Groult y logeait encore, quand un mandat d’amener fut lancé contre lui ; il fut arrêté. Hélène apprit cette nouvelle par les journaux, après une nuit atroce. Elle l’avait vu, lui. C’était une apparition affreuse ; il se tenait devant elle, sans lui rien reprocher, sans lui marquer de haine ni de colère. Seulement il se montrait à elle tel qu’elle l’avait fait, sous l’aspect épouvantable qu’il avait maintenant. Comment vivre, s’il revenait ainsi toutes les nuits ? ”
