Résumé

Portrait de Anatole France Anatole France Les Désirs de Jean Servien

Le relieur, fort endurci contre tous les mendiants qui les soirs d’hiver entraient avec la bise dans sa boutique, éprouvait, au contraire, une sorte de sympathie et de respect pour le marquis Tudesco. Il lui glissa une pièce de vingt sous dans la main.
Alors, le vieillard, d’un air inspiré :
« Il y a, dit-il, une nation malheureuse, l’Italie ; une nation généreuse, la France ; et un lien qui les unit, l’humanité.
« Quelle vertu ! l’humanité ! l’humanité ! »
Cependant le relieur songeait aux dernières paroles de sa femme : « Je veux que mon Jean apprenne le latin. »
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« Non, le bruit d’une chute dans l’escalier.
— « Tu crois ?
— « Donne-moi la bougie, je vais voir. »
M. Bargemont descendit quelques marches et vit Jean étendu sans mouvement sur le palier.
— « Un ivrogne, dit-il ; il y en a tant ! Ce sont des ivrognes aussi qui voulaient me noyer. »
Il éclairait de sa bougie la face blême de Jean. Gabrielle, penchée sur la rampe, regardait :
— « Ce n’est pas un homme ivre, dit-elle, il est trop pâle. C’est peut-être un malheureux garçon qui meurt de faim. Quand on en est réduit au pain du gouvernement et à la viande de cheval... »
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Jean, derrière elle, se frottait contre les mêmes ronces, s’y prenait, s’y piquait avec délices.
Elle s’arrêta devant la grille, et son profil, grand et pur, apparut à Jean dans la clarté bleue de la lune. Comme elle fut longtemps à tourner la clef dans la serrure, Jean put observer son visage, d’autant plus voluptueux qu’il n’était empreint d’aucun travail de la pensée. Il gémit de douleur et de colère à l’idée que, dans une seconde, les barreaux de fer se dresseraient entre elle et lui. Il ne voulut pas que ce fût ainsi.
Il s’élança ; il lui prit la main, la pressa, la baisa.
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