Léon Duchemin

Résumé

Léon Duchemin Nouveaux mémoires d'un décavé (1876)

D'autres, les abonnés, connaissent et tutoient toutes les promeneuses, qui leur répondent d'une inclinaison de tête familière ou d'un petit sourire amical. C'est le club d'ici, les gens chic, ceux qui ont leur lorgnette domiciliée chez l'ouvreuse, leur place attitrée et qui
arrivent dédaigneusement à dix heures pour le ballet, comme jadis, à feu l'Opéra, Bongommeux, Haut-Cimier et autres purs qu'on voyait émerger du fond de la loge et s'accouder les mains nues sur le rebord en velours et inspectant la salle d'un air ennuyé.
Source : Gallica

Léon Duchemin Nouveaux mémoires d'un décavé (1876)

Aussi nulle femme comme elle n'a d'action sur une salle de théâtre ; elle remue son public à volonté : d'un clignement des yeux, elle déchaîne les tempêtes du rire, d'un geste elle calme l'orchestre affolé et suspendu à ses lèvres.
Elle a créé, de concert avec ces spirituels écrivains qu'on nomme Meilhac et Halévy, et avec le petillant
maëstro Offenbach, la comédie musicale du dix-neuvième siècle, et elle seule a su s'incarner dans ces prestigieuses créations, la Grande Duchesse, Boulotte, la Belle Hélène. Quelle Eurydice elle ferait pour Orphée aux Enfers ! On n'a donc pas pensé à elle ?
Source : Gallica

Léon Duchemin Nouveaux mémoires d'un décavé (1876)

L'orchestre s'emporte ; il reprend à pleine voix les motifs endiablés du quadrille ; c'est un moment de folie indescriptible à faire tourner les têtes les plus solides. Moi-même, accoudé sur le rebord de velours de la loge, je ne peux me défendre d'un frémissement quand la voix brutale des cuivres, mêlée au grincement des violons, m'apporte un motif populaire dansant et bien rhythmé.
L'heure s'avance, il est temps de songer au souper. Déjà les escaliers, couverts de tapis rouges, disparaissent sous le flot des dominos qui se retirent. Les pelisses de fourrures sont en majorité.
Source : Gallica

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