“Mefmemet il y en ade Merindól qui ne font condamnez qu'à quelque argent, defquels l'vn futmis feulement en garde fur les gâhres. Voilà toutes leurs condamnations : voilà Ies grands pe chez pour lefquels on a fait mourir tant de gens.”
“Et tou tes ces phantaifies que vous auez ouyes par le recit du proeés v.erbal des CommiiTaires, font couleurs pour pâlier îa faute : car il fautentendre, afin que vous ne croyez ce proccs verbalquc bien àpoint , que leRoy mandaaufdits Commiifaires,aprés que la Dame dc Cental fe fut plain ceàluy du bruilement &: des violences faites en fes ter res, qu'ils luy enuoyaifent leur procés verbal. Ie vous' laiife àpenfers'ilsy ont mis coutesherbespour s'excufer d'vn crimecapitaI,quiauoitdeiia heurté aux oreilles du Roy Sz contre eux, duquel le Roy commençoit à leur de mander compte.”
“Mais quand tout feroit vray , comme ils le couchent,il n'y-aq'ue rapportsverbauxde troisouqua tre perfonnes. L'vn de ce bon Seigneur de Genfon,fiianc deconfifcacionSjComme luy a dit Monfieur d'Oppede, qui nedemandoitque laruinede fes pauuresfuiecs com mevous auez ouy. L'autre le Curé de Cabrieres d'Ai gnez, puis le fieur de Buoux,& Antoine Angoux, auf. quels ils croyent fans iurer ne prendre ferment d'eux, fans fairc autre inquifition ny information ; falloit-il pas enuoyer vne troupe de gcns de bien, veoir qui eftoit à N iij 102.”
“Vn troiiiéme fe confeiFant aufïi heretique qui eft de Sauigny, dit qu'il fut envn fermonà Merindol, où il y auoit bienjo.per fonnes. Sur le dirc decelean Serrefeul, lesgens du Roy concluent à la prife de.corps, fur le diredes deuxSerre & Garbille la Cour decrcte, n'cft le lieu ne les habi tans en vniuerfel appellez ny ouïs : n'eft fait à l'Huiifier qui va adiourner les particuliers force, reiiftance, ne rcbellionî ains y eft obey par ceux qu'il trouue aulieu Gomme dans la falle du Palais.”
“L'autredic que quandon brufla Merindòl, il trouua vne troupe de gcns armez dc baftons, s'en àllant, difans qu'ils eftoienc Ifraëlites chaifez de leurs terres, efperant qu'ils les re couurcroient. Vncautré luy dit,nous fommcs Chrcfticns, qui ne demandons point de vengeance, nous Ia laiíTons à Dieu. Vn autre dit qu'il fut trouué chez Je Baile de la Roque vn papier, qui fut bailléà Moniieur d'Oppcde, ÔC qu'il a ouy dirc qu'ils baptifoient dcschiensauecde l'eau, endériiîon de Геаи benifte.”
“DEGAfiRtERÊS £T DE MERINDOL, 23 íe fait des autres, dic, qu*il aentendu des Lutheriens à Merindol , à Cabrieres, àLurmarin,qui deliberoienc de ne fe laiíTer prendre qu'il ne leur couftaft la vie , &: qu'ils fe metcroient en armcs, & à cette íín faifoienc amas d'armes & de poudre , laquelle faifoic.”
“Vos informations portcnt, ie clis cellcs qui font faites iiprés rexecution,queceuxdes terres de Cenral auoienc faic cnvn village vn fort dc farment devignc: Ou eil: voílre proccs verbal que vous ayez trouué aucun forc pour reiifteris'ily enauoic vn, que ne l'aucz-vous écrit aprcs l'auoir viiitc?Sc s'il n'y en auoit point,pourquoy mettez-vous dans vos procezverbaux,qu'on vousdifoic qu'ilyenauoic,puisque vous eftesiiprés des lieux pour en direla verité par vous-mefmes ?”
“Pauures gens imbelles, comme vous entendrez tantoft, qu'vn homme en em menoit vingc ou trente prifonniers, comme vne troupe de moutons deuantvn berger: mefmespar ledit procés verbal vous auez ouy que le Capitaine Vaujouine qui di foit auoirefté menacé d'eux,en pritiîx prifonniers,teI lement que fon fait &: fon rapport font contraires, au moinsces menaceurs n'eftoientgueres mauuais.”
“Vn'autre cémoin dit,que ledic de V-encllesparent, &Г Capitaine du Ghafteau dudit fieurd'Oppede auoit durant la gucrre des Lutheriens couru fur le païs de Prouence,accompagné de pluiieurs mauuais garçons,& qu'il auoitpillé à Gordes3àla Çofte,à Agoult, Ъс pris plufieurs mulets ,bæufs mou cons,bleds &: fourages qu'il menaauGhafteau dOppede; & que ledit de Venelles leua vne bande de gejis de guer rcqu'ilmenaverslaCofte, ou il fít pluiieurs pilleries de · bæufs , de cheurcs d'autre beftail.”
“Vn pauure vicil homme fut veu mort de faim en ; vn pré, qui auoit rongé l'herbe à Fentour dc luy, tant qu'il s'eftoit pû traifner commevnebefte,ainfiqu'ilap paroifloità la veuë de l'herbe qui eftoit rongée à l'en tourde iuy, Vn bceuf mourut dc faim àccpauurç peu ple,Jeque.I ils mangerentquafi toutcrud,lemettansen pieces auec les mainscomme les loups aiFamez. Leur beftail alloit criant &, brayant de faim, parce qu'ils ne Tofoient faire paiftre en aucun lieu, car de Tendurer, c'eufteftc crime capiral contrc ladefenfe. Lcs pauures gens mouroient çà&c là iur les fumiers.”
“J>rc- de Cabrieres et de MerindolÎ prepoftere, d'aiguifer les coufteaux deuanc que laCour ait ordonnétque Γοη sen aidera: Encorcn'eft-il dit par rArreft,que l'on prendra Tarmée de Polin, ne les vieilles Bandes, mais la force du Gouuerneur du pays, enquoy il y a grande difierence, comme nous dirons tantoft. Cet Arreft eft fígné de Monfíeur Maynier fieur d'Oppede, premier Prefident,& dc Moniîeur de la Fonds fecond Prefident, ce qui faut norer, duquel nous fommes ap pellans, qui eft noftretroifiéme appel : Car ilpeche (par~ Troiiîémc lant en reucrencc) en la matiere ètcn ia forme, depe-Appei.”
“Toutcsfois Porrieres ne pût tancfaire 5 que leRoyne mandaftauParlement de Prouence , qu'ils luy enuoyaf fent lé proces verbal de leurdite execution : A quoy la Gour refpondit que c'eftoit àfaire aux exccuteurs,autanc en répondMonfieurd'Oppede, &femec bien loin.de' la meilée,& ne parle poinc de rendre compte de rien par procés verbal. Ec ces lectresduRoyquidemandencledic procésverbaljfonc du io. Iuin.”
“Ledit témoin dit dc plus qu'audic licu dela Rocque, ily auoit: vn Prcfcheurqu'ils tenoiens à gage comrne il a ouy dirc,&: qu'vn iour deuant qu'on mift le feu à la Rocque il y alla & trouua que tous s'en cftoientalieza Merindol : or la Rocque ne fut bruiléeque le dix-feptiéme Auril par le procés verbal de Moniîeur de la Fonds,&: ce tcmoin dépofe dés lc i y. dudit brûlemec.”
“Queles voifins dudit lieu de Merindol. làns qu*ôn fift comreeuxaucune executio,fe mirent d'eux méfmes en armes & aux champs & en nombre de ttois mille hommeSjfe retirans auec ceux de Merindol pour leur donner faueur ayde contre la Iuftice & le com mandement du Roy, faifantsdes fortereftes efdits lieux.”
“Répond que ce n'eft àluy à répondre de'cc fait par les raifons fufdites, c'eft à dire qu'il ne faifoic^ qu'ejcecuter ròrdonnance defdits CommiiTaires : bien eftvray (dit-il) que lesfuietsdes villages d'Aignez, qui font les habitans de Cabrieres, de laMotte&ccircoii uoifîns,font Vaudoisôc naturels Heretiques,comme ils font notoirementreputezen Prouence^qu'ilsauoient efté dés l'an mil cinq cens quarante adiournez, pourfe voic condamner comme ceux de Merindol.”
“Voyezles л intcrrogatoiresdes prifonniers dcMerindol,vousdifcnt ils pas, Γνη qu'il eil bon Chrefticn, l'autrc qu'il ne croic que ceque l'Eglifc croit, l'autrc qu'on Iuy prcfche &:rc monitre autre chofe que ce que dit Pererij, qu'il n'efl: aheurté à fon opinion ny opiniaftrc? Comment a cflé fóuíFert ce Percrij deux ansà Merindol, à y gafter Ie pau ure peuple ignorant? A qui eilla principale faute finon à vous, Meflieurs lcs intimez δε àl'Euefque de Cauail lon i Vous dcuriezdire commc Dauid en fa penitence: lfte grcx quid commeruit ?”
“Aprés il dit que la Cour auroit fait deputer par coutes les Eglifesde.Prouence, bons Prefcheursèc Cacholiques , pour ediiîer le pcuple &:I'attirer àla fainte: foy de l'Eglife. Nous voyons bicn qu'il a eftc ordonnc aux Prelats d'ainfi Ie faire enMars dernier; mais nous ne voyons pas que celaah eilé executc, ne qu'il y ait eud'or dinaire vn bon Prefcheur à Merindol , ny.vn Curé qui euft les parties ncceÎTaircs àvnbonCurc·, Aprcs ditque lefdits .Vaudois n'auoient voulu enccndre aux bonnes predications, ny aux exhortations d'vfer de la grace du -Roy i & neantmoins nous trouuons force abiurations.”
“Chefsdefdices mai fons δε leur famille. Voila en fomme ce que nous trou uons.par Ies produ&ions des inthimez du tempsprece dent l'Arrcfl de Merindol, qui fut fur ce que vous aue^ ouy concIu"& arrefté en Óâobre, & prononcé en No ûembre cette année 1640. Orpour faire íidellerecolía tion,vousnevoyez que deux prifonniersqui feconfeífent auoir èfté Heretiques , dont l'vn qui cft Garbille dit qu'il croit que tous ceux de Merindol font Vauldois combien qu'il n'ait frequenté qu'en peu de maifons,'& nenommequecinqper&nnes.”
“Vne femmc dic qu'vn liomme ayant vn faye de vèlous noir quc l'on difoit cftre Monfieur d'Oppcdc, cntra dcdans r£glife où elles eftoient touces. Cc qui reftoit d'hommes aprés les prifonn-iers &: lcs cuez,eftoicnt en lafallc ducha fteauen bas &:attcndoitcepauure peuple la mifericordc de Dieu.Plufieurs témoins difent, quelqu'vn pour l'auoii: ouy, lesautrespourrauoirouydireàd'autres, quc Mon iieur d'Oppcde dit qu'il falloit tout tuer iufques aux chats.”
“Par ces lettres addreflees àla Cour de Parlement&au iieur de Grignan Gouuerneur deProuence eftnarré, que les habitans de Merindol Sc autres leurs conforts ^demeurans au pays & Comté de Prouence,ont expofé au R'oy qu'ils orit efté δε veulenc demeurerChreftiens, viuans en la loyde l'Euangile, &: Commandemens de fainte Eglife, paifiblemenc & fous fonobeïflance, fans cumulce,fcandale,ne fedicion,luy payans les tributs &: deuoirs, obeïflans aux Magiftrats, tanc feculiers qu'Eccleiiaftiques.”
“Or noiwne voyons pointque l'onaitexecutc lescond imnez parfîgure; nous nc voyons poinc que l'on aic ruinédes forts eftansés rochers d'alentout Merindol; ainfi Γοη obrnec à executer ce qui eft iugé, cependanc que Ton execuce cequi n'eftpas iugé. Or s'il n'y auoit point de forcs ny dc rochers à démolir, l'Arreft eftoic vainSC contenoit choiès non veritables.”
“Ccs pauures gens fuitifs & cgarez de quiles Biens eftoient pillez.j lcsfruics vendus,& les maifons bruilces, font me nez-fur lcs gaJeres par groifes troupes &c iufquesàdeux censSc onzepour vne feulefois/e rendants à Iuftice,fup plioiencqu'on s'enquift de leur vie8c qu'on pardonnaftà ceuxqui auoient failly. II n'eft pas poffible" de déduire tout icy par le menu. Mais nous auohs calcule, fur Ies -papiersôc regiftres des Capitaines des galeres & desregi ftresdelaCour&du procés verbal du GornmiiTairc en uoyépar'laCourpour vifiter lesdetenusfurles galeres.”
“Cars'il vouloic fimplemencdefendreles courfes &: les pilleries come il deuoic, il ne leur falloic pas .defendre courirlà non plusqu'ailleurs à cecce diftribu ciondecourfes s'adapce bien ce que vous auez cy-deilus ouy, qu'il defendoic d'aller fur les cerres du iîeur de Faul çon fon parenc encor qu'ils faiTenî hereciques. Quand Moniieurd'Oppede eftincerrogéfur cecce reincegracion d'arrnée, il dic queles gens du païs luy remonftrerenc le danger qui eftoic que les Yauldois ne fe retiolcaflenc5ce ^ qu'ils.pouuoienc facilemenc faire aprés l'armée de mer iorciedu païs.”
“Par les inftru£tios· attachées àladite requefte, il fe voidqu'ilyatcl des en fans adiournez qui n'a pas troisans,femmes enceintes, femmesvieilles&impotcntes, qu'aucuns des adiournez ne furentiamaisau monde; mefmes les grandsenfansde HugonPellene, lequel n'eut iamais enfans, vn Bertin Viam nefutoncconnu,GuillaumeleNormand n'a point efté veu à Merindol”
“Car p.our fairechoiè notoire trois qualitez font re quifes,1e lieu public &àdefcouuert,le temps.en plein iour,Å:nonen tencbres,&raiïiftance publiqué de tous ceux qui le veulcnt voir ; nulles defquellcs qualitez fe peuuent tirer de tout le procés fait iufques icy. S'en fuit donc quc fans notoricté, fans adiournement ne fom mation cft condamné par cet Arreft vn lieu vniuer fel,ôc congregation d'hommcs, pour le decretprefumé de dix-neuf perfonncs, lequel Iieu eftoit de 80. maifons ou enuiron, commc il eft trouué par lcs Gommiflaires que le Roy ya depuis enuoyez.”
“Golin PelJenejII leur répond qu'il ne fçaic, &: qu'à fon aduis ilsonc efté vendus huic vingcs efcus. Finalemenc Monfieur dc la Fonds leurdicquM n'eft plusbefoinqu'ilsdemeurenc fur les lieux, &: qu'ils s'en retournent à Aix. Ie croy.qu'il n'e ftoic plus'de befoin qu'ils fuífenc là pour i'honneur dc Meflieurs les Prefidents, car ils receuoienc les plainces qu'on'fûifoicconcrei'lesfoldats de Monfieurd'Oppede,6£ cóntrc les GommiiTairés deMonfieurde IaFonds, ilseï clairoiencdeprés les vendicions gracieufes quifefaifoicc des hcritages δ£ des fruits des Lutheriens.”
“Cecy faitànoter en paffant, que ce iieur d'Agoult accufc fes fuiets àtort : parce quc vous en tendrez tantoftquec'eftvn grand atcifeur de feu contra DEO A B RIER E 5 ET D E M B R ÏND o 'ff rcès pauurcs payfans, &commeiI eftcroyablejfriandde leurs confifcations. Delà Ioanniss'enva à ia Co (le,à Lur marin, à Lauris, a Merindol, où il ne trouué ny Bailleny Syndics, mais bien penfe (ce dit-il) à voir Iacontenance de ceuxà qui il parloit, qu'ils n'eftoientpasloin, ains ca chez en queJquemaiTon là prés.”
“Quaûc à deTributijSjil dic qu'il n'eftoic pas prefent, voyanc,ne confentant,δε que lors il eftoic en vnebaftide, & nommc îes cémoins dc fonalibu Ce iugemenc donc n'eftpoinc des croisCommiifaires,qui encores ne pouuoienc adiu ger laqueftion à vn homme, car ils n'eftoiencque trois, ileftdonc du Gouuerneur&: Lieucenancde Roy ainfî ledcpofenc cousceuxquien parlenc, lequelGouuerneuL* eftoic incompecenc, car il n'eftoic pas là pour iuger, mais fculement pour bailier mainforce aux CommiiTaires en cequi eftoicde l'execution. Dc cetce condamnation dc se Gabïuerês et de Merindo i.”
“E't en cas qu'ils ne puifienc eftre pris ne apprehendez, la Cour dés maintenant les bannic des Royaumes, terres &c Seigneuries du Roy, fur peine de la harc &: du feu,&c declaretous&c chacuns Ies biensdes deiTufdics condamnezSc bannis, leurs femmes&: enfans, feruiteurs &: famille eílre acquis &: confifquez au Royj defend à tous les fuiets du Roy de ne leur bailler aucunc faueur,aideouconforcen maniereque ceibitjfur peine à ceux qui feront le contraire de confifcation de leurs biens, &:aucres peines arbitraires”
“Cette vfurpation d'authoritc nc pburroit pas procederdezele,. fEnfinvoicy vne chofe fort contrairc au bonzcle :Nous auons ouy quelques tcmoins dcs butins amcnez à Oppe de_, nous auons ouy quclque chofe des vcnditions de fruits & d'heritagesdes prctendus Vaudois, faites à grad marché, &: dit quelquJvn ( ce quc nòus n'auons prispour chofe prouuée ) que les Prefidens s'en font fait riches.”
“Mais au lieude lefaire, ledit fieur de Cental &: autres fes voifins auroient entretenu lefdits herctiques tcnans publiquement des feftes en leurs terres, faifantplufîeurs voyes dc fàit, aiTemblées publiques, &: ports d'armes, fe vantans & diiâns publiquementqu'ils vouloient viure dorefnauant dans la mefme liberté que ceux dc Geneue, fansplus reconnoiftre le Roy pour leur fouuerain,nyrEglife. Voila vn mot qui feul ( s'/I eftoic vray, cequenousnecroyons point) pouuoit faire-trouucL· bonau Roy quelquegrandeexecution fur-eux.”