“ Monique, rêveuse, demande: «Alors en quoi c'est fait?» et tante Sylvestre, qui l'a prise sur ses genoux, explique en la câlinant: «La musique, c'est le chant qui sort de tout... de soi quand on est heureux... du vent quand il souffle sur la forêt et sur la mer... C'est aussi le concert des instruments, qui rappelle tout ça... Et l'ouverture, c'est comme celle d'une grande fenêtre sur le ciel, pour que la musique entre, et qu'on l'entende. Tu comprends?»Monique regarde tendrement tante Sylvestre et fait signe que oui. ”
V. Margueritte
Élements biographiques
V. Margueritte, auteur français du début du XXe siècle, s’illustre par une œuvre marquée par l’exploration des tensions entre aspiration individuelle et normes sociales. Son roman principal, La garçonne, dépeint avec acuité les enjeux de l’identité féminine, de l’amour et de la spiritualité, à travers la figure de Monique, une adolescente aux prises avec les dilemmes de l’âme et des relations humaines.
Les dialogues et réflexions, comme celui où tante Sylvestre évoque la musique comme « une grande fenêtre sur le ciel », ou l’affirmation de « la vraie filiation » basée sur « l’intelligence et le cœur », révèlent une préoccupation pour l’essence humaine et la recherche de sens, au cœur de ses textes.
Citations de V. Margueritte
“ Indignée, Lady Springfield frappait la table de son couteau, si vivement que le Cingalais accourut. — Ah ! l’esprit ! railla Monique. La table a parlé. Elle commanda, par contenance, une seconde bouteille de champagne : « — Nous la boirons bien, va ! » — Yes, continua la spirite, en souriant. Et comme cela, ensuite, la table tournera toute seule !... Non, je ne suis pas naïve au point de tout croire. Mais je pense, véritablement, que nos âmes ne meurent pas en même temps que le corps. Leur essence astrale est éparse dans l’infini jusqu’à ce qu’elle se réincarne, sous d’autres formes. ”
“ C’est vous, Monique... — Bien sûr. Pourquoi une femme, qui n’a ni mari, ni enfant, — qui n’a même pas de parents... car les miens ! — s’embarrasserait-elle de scrupules que les hommes n’ont pas ? Il faut vous résigner à ce fait, chère madame. Chacun sa vie ! Et puis la mort, pour tous !... Et surtout n’allez pas me plaindre, parce qu’en attendant je mène une vie de garçon ! Mme Ambrat esquissa un geste impuissant. Il y aurait eu trop à dire ! Elle avait embrassé Monique avec tendresse, car elle avait malgré tout foi en elle, puis était repartie, toujours courante. ”
