Dessales-Régis

Résumé

Dessales-Régis Revue des Deux Mondes

Mon ami, j’attendais beaucoup de toi, reprit Julien, qui ne pouvait détacher ses yeux de la statue ; mais tu as dépassé mon attente, et, si haut que tu te fusses déjà élevé, tu t’es surpassé toi-même. Non, jamais je n’ai vu rien de si pur et de si hardi à la fois ; jamais la forme humaine n’a déployé une telle énergie et une telle perfection de contours. Albert, je le dis sans faste et dans toute la vérité de mon cœur, tu n’as plus de rivaux. Il faudra que la malveillance vienne se briser contre la magie de cette beauté toute-puissante.
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Cette vie si nouvelle avait frappé la mère de l’artiste, sans que toutefois elle s’en alarmât beaucoup. Julien, plus pénétrant, se montrait plus inquiet au sujet d’Albert. Il le savait homme à ne point se complaire par penchant dans un lâche loisir. Il savait que le chagrin n’avait pas assez de prise sur son ame pour en paralyser l’activité. Il l’avait vu naguère, sous le coup même de sa proscription, animé d’une plus grande ardeur à la tâche, trouver en lui assez d’élan pour enfanter un chef-d’œuvre en quelques mois.
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Pour qui l’eût vu ainsi, il eût été évident qu’une forte passion agitait l’ame de l’artiste, qu’un projet inaccoutumé fermentait dans son cerveau. Julien, qui avait seul droit de pénétrer dans l’atelier, s’étonnait de ce surcroît de zèle. Se méprenant sur la cause d’une telle ardeur, il félicitait Albert avec l’empressement de l’amitié.
— Allons, je savais bien, lui disait-il, que tu secouerais le poids du chagrin. Tu as l’ame stoïque ; tu aimes ton art, et l’art, élevé à une certaine puissance, a des remèdes magiques contre les maux de l’opinion.
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