Emmeline Bodin

Résumé

Emmeline Bodin Le Livre rose

Ernest prit une coupe placée près de la malade, et, la soulevant avec précaution, il fit boire Emma. Un bonheur inexplicable, une sensation qu’on n’éprouve peut-être qu’une fois dans la vie, fit tressaillir son cœur d’une émotion à-la-fois si délicieuse et si sombre, qu’il se dit que jamais elle ne pourrait lui devenir indifférente, cette femme qui venait de lui faire éprouver un sentiment si nouveau et si profond.
Emma était encore dans ses bras, quand la porte s’ouvrit ; c’était madame de Servière.
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Emmeline Bodin Le Livre rose

« — Je ne pense guère à mon avenir, madame, répondit Ernest ; il est si difficile d’être heureux.
« — La difficulté vient peut-être de vous-même, » prononça Hortense d’une voix douce.
Elle s’attendait que les regards d’Ernest allaient lui répondre que son bonheur ne dépendait que d’elle ; mais il reprit avec découragement :
« — Quand on aurait devant soi une perspective assurée de bonheur, n’est-il pas affreux de voir le malheur d’une autre sans y pouvoir remédier ? Cette jeune Emma, par exemple, votre amie, madame, est-il donc vrai qu’il n’y a point de remède à sa maladie ? »
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Emmeline Bodin Le Livre rose

Demeurée seule et livrée à ses réflexions, madame de Servière maudit l’imprudent entraînement qui l’avait engagée à attirer madame de Verneuil chez elle. Hortense n’était point la seule femme qui se fût promptement repentie de s’être livrée à un premier mouvement, que les femmes décorent souvent du nom d’amitié, et qui naît presque toujours, chez elles, de l’oisiveté et de l’ennui.
Depuis l’instant où madame de Servière avait offert l’hospitalité à Emma, sa vie avait pris un intérêt qui l’empêchait de ressentir encore le vide qui l’avait ramenée aux souvenirs de sa première enfance.
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