“ Hélas ! mon cher lord Galway, écrivait quelques jours après lady Russell à son cousin Henri de Ruvigny, mon esprit n’est plus que désordre, confusion et stupeur; je me sens incapable de dire ou de faire ce que je devrais. Je ne connaissais pas, avant de le perdre, tout mon amour pour lui. Quand la nature, qui aujourd’hui ne veut rien entendre, se sera un peu calmée, alors, et seule aient alors, j’espère que celui dont la bonté n’a point de bornes, et dont la toute-puissance est irrésistible, viendra à mon aide par sa grâce, et m’apprendra à me soumettre aux décrets de sa providence. ”
Résumé
“Revue des Deux Mondes”, est une œuvre de Guizot. Des thèmes tels que lord Russell, Charles II ou Fitz-William y sont abordés.
Citations de Revue des Deux Mondes (Guizot)
“ Je n’ai pas le temps d’en écrire plus long, et je termine en assurant votre seigneurie que je suis, autant que personne le pût être, mylord, de votre seigneurie, le fils le plus affectionné et le plus humble serviteur, « WILLIAM RUSSELL. » La vie ne peut être longtemps désordonnée quand l’âme est si droite, si respectueuse et si tendre. Les mœurs de William Russell ne tardèrent pas à se relever au niveau de son âme. Lady Vaughan ne fut probablement pas étrangère à ce rétablissement de l’harmonie morale dans le noble jeune homme à qui elle devait se donner. ”
“ Parmi les raisons de cette faveur, ce n’est pas la moindre qu’il soit le père de lord Russell, l’ornement de ce temps; il ne suffit pas que les rares mérites d’un tel homme soient transmis à la postérité par l’histoire; le roi et la reine veulent les inscrire dans leurs présentes lettres, afin qu’elles restent dans sa famille comme un monument consacré à cette vertu accomplie, dont la mémoire doit subsister aussi longtemps que les hommes conserveront quelque estime pour la sainteté des mœurs, la grandeur de l’âme et l’amour de la patrie constant et invincible, même par la mort. ”
“ Dix ans s’étaient écoulés depuis le jour où lady Russell adressait de Londres à son mari, alors à Stratton, ces pieuses paroles; lord Russell était à son tour en séjour passager à Londres, et sa femme lui écrivait de Stratton le 25 septembre 1682 : « Je ne sais rien de nouveau depuis que vous êtes parti; ce que je sais aussi certainement que je vis, c’est que j’ai été depuis douze ans une amante aussi passionnément éprise que jamais femme l’ait été, et j’espère l’être également pendant douze ans encore, toujours heureuse et entièrement à vous. » ”
“ L’union de Rachel Wriothesley et de William Russell offre ce rare et ravissant caractère. Rachel ne nous a jusqu’ici apparu que tranquille, simple, vertueuse sans élan comme sans effort, et suivant modestement la route droite, mais ordinaire, de la vie. Maintenant l’amour passionné et le bonheur suprême sont entrés dans ce cœur si bien fait pour les ressentir, mais qui ne semblait pas les chercher : Rachel s’y livre et s’y développe avec pleine liberté et confiance; elle aime aussi ardemment qu’innocemment, et elle est parfaitement heureuse. ”
“ Le jour me déplaît quand il vient, et la nuit également. Quand je vois mes enfans, je me rappelle le plaisir qu’il prenait à les voir, et mon cœur se soulève!... Ah ! si je pouvais croire fermement, je ne serais pas abattue ! Que je laisserais là volontiers ce monde, ce monde qui m’importune et me lasse, et où je n’ai plus rien à faire que de purifier mon âme du péché, de supporter patiemment mon malheur et d’assurer, par la foi et la paix de la conscience, mon salut éternel! ”
“ La créature vivante, cette œuvre de Dieu, quand elle se montre sous ses traits divins, est plus belle que toutes les créations humaines, et de tous les poètes Dieu est le plus grand. En étudiant la révolution d’Angleterre, j’y ai rencontré deux histoires plus attachantes, à mon avis, qu’aucun roman : un roi cherchant un mariage d’amour, et l’amour dans le ménage d’un grand seigneur libéral et chrétien. C’est la vie privée avec ses plus charmans et ses plus douloureux secrets, sous les traits des plus grands personnages et au milieu des plus grands événemens de la vie publique. ”
“ Autant je respecte l’humanité dans son ensemble, autant j’admire et j’aime ces images glorifiées de l’humanité, qui personnifient et placent sur les hauteurs, sous des traits visibles et avec un nom propre, ce qu’elle a de plus noble et de plus pur. Lady Russell donne à l’âme cette belle et honnête joie. C’est une grande dame chrétienne. Elle n’est point pour moi une étrangère; ses sentimens me touchent, son sort me préoccupe, comme si elle était là, vivante et sous mes yeux ”
“ Elle était chrétienne, vraiment chrétienne d’esprit et de cœur, pleine de foi aux dogmes chrétiens, de soumission aux préceptes chrétiens, sans passion de secte, sans goût de dispute, animée, envers ceux qui ne pensaient pas exactement comme elle, d’une charité intelligente et haute. On verra tout à l’heure, quand Dieu l’aura frappée, avec quelle rare mesure et quelle belle harmonie se conciliaient en elle les sentimens chrétiens et les sentimens humains, la piété et l’amour. ”
“ J’ai pris un profond plaisir à raconter cette personne si pure dans la passion, si constante dans la douleur, toujours grande et toujours humble dans la grandeur, fidèle et dévouée avec la même ardeur à ses sentimens et à ses devoirs, dans la tristesse et dans la joie, dans l’adversité et dans le triomphe. Notre temps est atteint d’un mal déplorable : il ne croit à la passion qu’accompagnée du dérèglement; l’amour infini, le parfait dévouement, tous les sentimens ardens, exaltés, maîtres de l’âme, ne lui semblent possibles qu’en dehors des lois morales et des convenances sociales ”
“ Le 28 mai 1716, elle écrit à son cousin, lord Galway, atteint aussi dans ses plus chères affections : « Je prie Dieu qu’il soutienne votre courage dans vos épreuves jusqu’au jour où l’éternité recevra dans son sein tous nos troubles, toutes nos douleurs, tous nos mécomptes, tous les fardeaux de notre vie. Que la plus longue est courte auprès de l’éternité ! » En septembre 1723, lady Russell était seule à Londres, toujours dans cette demeure de Southampton-House où elle avait vécu avec son père, avec son mari, et depuis son veuvage. ”
“ « Ils l’auront, répéta lord Russell; le diable est déchaîné. » Je n’ai point dessein de raconter ici ce grand et célèbre procès; c’est uniquement la vie intime de lord et de lady Russell, leurs rapports personnels et leurs sentimens mutuels, dans leurs tristes comme dans leurs beaux jours, que j’ai à cœur de retracer. Dès qu’elle vit son mari arrêté, lady Russell se consacra, avec une ardeur aussi intelligente et aussi ferme que passionnée, aux démarches qui pouvaient le servir. ”
“ Là aussi on trouverait la vie humaine, la vie intime, avec ses scènes les plus variées et les plus dramatiques, le cœur humain avec ses passions les plus vives comme les plus douces, et de plus un charme souverain, le charme de la réalité. J’admire et je goûte autant que personne l’imagination, ce pouvoir créateur qui du néant tire des êtres, les anime, les colore, et les fait vivre devant nous, déployant toutes les richesses de l’âme à travers toutes les vicissitudes de la destinée ”
“ Tant de vertu et de sagesse, les mêmes à travers les épreuves les plus contraires, au sein des faveurs comme sous les rigueurs du sort, valurent à lady Russell, parmi le peuple comme à la cour d’Angleterre, une considération et presque une autorité morale qu’ont rarement obtenue des femmes qui ont fait bien plus de bruit dans le monde. Après leur élévation au trône comme auparavant, le roi Guillaume et la reine Marie continuèrent à lui témoigner les mêmes égards et à tenir le même compte de ses désirs. ”
“ De toutes les influences humaines, celle d’un amour vertueux est la plus puissante comme la plus douce. Aucun détail n’est resté sur leurs premières relations; on sait seulement, par une lettre de lady Percy, sœur consanguine de lady Vaughan, que, dès 1667, William Russell était épris de la belle veuve : « Il témoigne, dit-elle, comme tant d’autres avec lui, un ardent désir de gagner un cœur qui est pour tous une conquête si désirable. » Lady Vaughan, sans enfans de son premier mariage, était de plus une riche héritière. William Russell, fils cadet, n’avait ni fortune, ni titre à lui offrir. ”
“ Lady Russell vit de près les scènes décisives qui mirent Guillaume III sur le trône : « Les personnes qui ont vécu le plus longtemps et vu le plus de changemens, écrit-elle au docteur Fitz-William, ont peine à croire que ceci soit autre chose qu’un rêve. C’est pourtant bien réel, et une si merveilleuse miséricorde que nos cœurs devraient se fondre en actions de soumission et de grâces envers celui qui dispense comme il lui plaît ces grands coups de sa Providence. » Quoiqu’elle n’eût entretenu avec le prince d’Orange aucun rapport, ils n’étaient point inconnus ni indifférens l’un à l’autre ”
“ Elle portait à son beau-père, le comte de Bedford, une affection reconnaissante. Il perdit sa femme; elle renonça à ses projets de voyage et resta auprès de lui : « Je ne veux pas, dit-elle, quitter, au moment où un nouveau chagrin le frappe, un excellent homme qui a été et est toujours très tendre pour moi. » C’était à elle qu’on s’adressait dans toutes les circonstances importantes pour la famille, entre autres dans des projets de mariage pour son beau-frère, Edouard Russell, et pour une des filles de lord Gainsborough, beau-père de sa sœur Élizabeth. ”
“ Prions Dieu tous les jours qu’il en soit ainsi, et ne craignons rien; la mort est, il est vrai, le mal extrême et qui trouble le plus notre nature; surmontons notre peur immodérée de la mort, soit pour notre ami, soit pour nous-même; nous vivrons alors le cœur serein. ”
“ Du moins, ma chère vie, vous qui savez si bien aimer et charmer, rendez mon bonheur complet en croyant bien que mon cœur est rempli pour vous de toute la reconnaissance, de tout le respect, de toute l’affection passionnée qu’une créature peut devoir ou porter à une autre. ”
“ Mais ces élans d’une âme pieuse n’apaisent pas longtemps les vraies inquiétudes ni les vraies douleurs; la situation religieuse et politique de l’Angleterre devenait de jour en jour plus sombre, et lady Russell, passionnément attachée à ce spectacle, s’attristait et s’alarmait chaque jour davantage pour ses enfans, pour son pays et pour l’avenir de la cause pour laquelle lord Russell était mort. ”
“ Je ne crois pas qu’on puisse rencontrer une exhortation maternelle plus douce et plus grave, ni où la tendresse inquiète s’allie mieux à la piété fervente. Lady Russell avait raison de recueillir toute sa vertu; elle n’était pas au terme de ses épreuves. Dix ans après le jour où elle avait tenu à ses enfans ce pieux langage, elle était auprès du lit de son fils, devenu le duc de Bedford, et subitement atteint de la petite vérole; de peur de la contagion, on avait éloigné la jeune duchesse de Bedford et ses enfans ”
“ Quoique je me croie assez de courage pour me battre avec qui que ce soit sans désespérer de la victoire, je sais que l’issue de ces combats dépend de la fortune, et que la victoire n’appartient pas toujours à celui qui a le plus de courage et la meilleure cause, mais au plus heureux. Je veux donc laisser après moi ces lignes pour vous exprimer, si le sort m’est contraire, un peu de ma reconnaissance pour la bonté et l’amitié que votre seigneurie m’a témoignées, bien au-delà de mes mérites. ”
“ Elle a un ami, un confident intime, le docteur Fitz-William, jadis chapelain de son père, maintenant recteur de Cottenham et chanoine de Windsor, ecclésiastique profondément pieux, d’un cœur sympathique, d’un esprit élevé et abondant, qui porte à la noble fille de son ancien patron le plus tendre intérêt, et met tous ses soins à la soutenir, à la consoler, à la faire avancer, à travers ses épreuves, vers son Dieu et son salut éternel. C’est à lui que lady Russell ouvre son cœur ”
“ Quoiqu’il puisse être d’abord un peu pénible de s’imposer cette tâche, elle cesse bientôt de nous peser; notre esprit en devient à la fois plus attentif et plus tranquille, notre vie plus régulière sans effort, et nous avons moins de peine à pratiquer sérieusement les préceptes de notre foi... Mes enfans, croyez-en votre mère, rien dans ce monde ne saurait plus me toucher fortement, sinon ce qui vous touche, et quoique j’aime tendrement vos corps, cependant, si mon cœur ne me trompe pas, vos âmes me sont infiniment plus précieuses. ”
“ Je me répète souvent que les enfans du juste seront bénis; j’ai la confiance que leur père méritait ce nom. Si mon faible cœur ne faillit pas, je travaille à le mériter aussi, et j’en rends humblement grâces à Dieu. » Les arrangemens de fortune furent difficiles à conclure; les sentimens les plus élevés s’allient quelquefois avec des exigences mesquines et obstinées ; « J’ai affaire, dit lady Russell, à un lord d’un noble cœur, mais intraitable si les choses ne sont pas réglées comme il l’entend, et à son avantage. » ”
“ « Tout ce que vous me dites est vrai ; mais ce qui est vrai aussi, c’est que, si je ne prends pas sa vie, il aura bientôt la mienne. » On essaya de toucher à d’autres cordes qu’à celles du cœur : le comte de Bedford fit offrir à la duchesse de Portsmouth cinquante et même cent mille livres sterling pour avoir la grâce de son fils; Charles répondit : « Je ne rachèterai pas mon sang et celui de mes sujets à si bon marché. » Lady Russell pensa que son oncle, le marquis de Ruvigny, venant exprès de Paris, de l’aveu de Louis XIV, aurait peut-être auprès de Charles II quelque crédit [3] . ”
“ Mal d’autant plus grave que ce n’est pas un accès de fièvre, ni l’emportement d’une force exubérante : il a sa source dans des doctrines perverses, dans le rejet de toute loi, de toute foi, de toute existence surhumaine, dans l’idolâtrie de l’homme se prenant lui-même pour Dieu, lui-même et lui seul, son seul plaisir et sa seule volonté! ”
“ Quand la moitié peut-être du monde ne connaît pas Dieu, ni le nom de Christ notre sauveur, ni la beauté de la vertu que Christ nous commande, quelle destinée, pour un prince si grand et qui aspire si haut, que d’employer avec rage son pouvoir à l’extermination d’un peuple qui reconnaît l’Évangile pour sa foi et sa loi! ”
“ Croyez-moi, mylord, la foi chrétienne a seul, de quoi soulager l’âme accablée par un grand malheur ; il ne faut rien moins, pour nous satisfaire, que l’espoir de redevenir heureux, et je lui dois mille fois plus que je n’aurais pu devoir au monde entier, quand on m’aurait offert et mis à ma disposition toutes ses gloires. ”
“ Le parlement était devenu l’arène et l’instrument essentiel de la politique; le Long-Parlement royaliste poursuivait, en la maudissant, l’œuvre que le Long-Parlement révolutionnaire avait entreprise; la monarchie relevée triomphait par les mêmes armes qui l’avaient, abattue; le roi gouvernait le pays par le parlement, et le parlement par ses propres chefs devenus les conseillers de la couronne. ”
“ A l’époque du mariage de lord Southampton avec Mlle de Ruvigny, l’édit de Nantes était en pleine vigueur, et Richelieu, tout en détruisant les protestans comme parti politique, ne les troublait point dans leurs droits religieux, et employait même sans hésiter, dans les diverses carrières publiques, ceux qui se montraient dévoués aux intérêts de la couronne et aux siens propres. Mazarin fit comme Richelieu; aussi sage quant à la liberté religieuse des protestans, plus timide quant à leur admission dans les charges de l’état. ”
“ « Les mauvaises nouvelles que nous avons reçues de grand’maman Russell nous ont jetés dans un trouble extrême. Maman (la duchesse de Devonshire) nous a quittés aussitôt et est partie pour Londres... Elle aura probablement pris les lettres en route, car nous n’en avons aucune aujourd’hui, et nous restons dans une grande inquiétude... Je souhaite vivement que maman arrive en ville à temps pour la voir; ce serait une consolation pour toutes deux, et je sais que grand’maman l’a demandée. » Dieu accorda à la mère et à la fille cette dernière joie. ”
“ Il n’y a dans le monde, chère madame, lui écrivait un ami de son mari, point de charme comparable à celui de la bonté, et vous en êtes la meilleure preuve. Tous ceux qui vous connaissent se sentent forcés de vous honorer, et vous ne leur en devez aucune reconnaissance, car ils ne peuvent faire autrement. ”
“ C’est une veuve au désespoir, c’est la femme passionnément dévouée d’un conspirateur mort naguère sur l’échafaud pour maintenir le droit de résistance et les libertés de son pays, qui garde et témoigne si simplement ce profond respect monarchique, ce soin des convenances, cette susceptibilité si humble dans son langage, quoique au fond si fière. ”
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