“ Dix ans s’étaient écoulés depuis le jour où lady Russell adressait de Londres à son mari, alors à Stratton, ces pieuses paroles; lord Russell était à son tour en séjour passager à Londres, et sa femme lui écrivait de Stratton le 25 septembre 1682 : « Je ne sais rien de nouveau depuis que vous êtes parti; ce que je sais aussi certainement que je vis, c’est que j’ai été depuis douze ans une amante aussi passionnément éprise que jamais femme l’ait été, et j’espère l’être également pendant douze ans encore, toujours heureuse et entièrement à vous. » ”
Lady Russell
Définition et enjeux
Citations sur “Lady Russell”
Henriette de Witt,
Les femmes dans l'histoire (2e édition…
(1889)
“ RACHEL, LADY RUSSELL. mari mourut aussi et en 1667 elle était veuve, vivant avec sa sœur chérie, lady Élisabeth Noël, à Tichfield, dans ce château de leur père où s'était écoulée son enfance. Ce fut là qu'au commencement de l'année 1670, sans qu'on ait aucun détail sur leurs premières relations, elle épousa William Russell, fils cadet du comte de Bcdford, qui prit bientôt, à la mort de son frère aîné, le titre de lord Russell. Le monde n'a point de spectacle plus heureux que celui de la passion pure et heureuse. ”
“ Tant de vertu et de sagesse, les mêmes à travers les épreuves les plus contraires, au sein des faveurs comme sous les rigueurs du sort, valurent à lady Russell, parmi le peuple comme à la cour d’Angleterre, une considération et presque une autorité morale qu’ont rarement obtenue des femmes qui ont fait bien plus de bruit dans le monde. Après leur élévation au trône comme auparavant, le roi Guillaume et la reine Marie continuèrent à lui témoigner les mêmes égards et à tenir le même compte de ses désirs. ”
Henriette de Witt,
Les femmes dans l'histoire (2e édition…
(1889)
“ Lady Derby a plus agi, lady Russell a plus souffert, comme le comportait son caractère, plus profond et plus tendre que celui de la grande dame française. Je veux citer quelques pages de l'étude que mon père lui a consacrée sous le titre de VAmour dans le mariage, charmant et sublime tableau d'une vie aussi parfaite dans toutes les relations de la société que dans l'union incomparable à laquelle on a pris l'habitude de rattacher le souvenir de son nom. ”
Henriette de Witt,
Les femmes dans l'histoire (2e édition…
(1889)
“ Après ving-cinq ans de veuvage au sein de la défaite, lady Russell passa tout à coup au triomphe, avec le fardeau de sa douleur. Elle était à Woburn pendant les deux mois qui s'écoulèrent entre le débarquement du prince d'Orange en Angleterre et la fuite définitive du roi Jacques. Quand l'événement approcha de son terme, elle alla, avec le comte de Bedford, passer quelques jours à Londres et ce fut alors que, le roi Jacques demandant à lord Bedford son appui, le comte lui répondit : « Sire, j'avais un fils qui pourrait être aujourd'hui l'appui de Votre Majesté. » ”
“ Je n’ai pas le temps d’en écrire plus long, et je termine en assurant votre seigneurie que je suis, autant que personne le pût être, mylord, de votre seigneurie, le fils le plus affectionné et le plus humble serviteur, « WILLIAM RUSSELL. » La vie ne peut être longtemps désordonnée quand l’âme est si droite, si respectueuse et si tendre. Les mœurs de William Russell ne tardèrent pas à se relever au niveau de son âme. Lady Vaughan ne fut probablement pas étrangère à ce rétablissement de l’harmonie morale dans le noble jeune homme à qui elle devait se donner. ”
duchesse de Dorothée Dino, Chronique de 1831 à 1862, Tome 2…
“ Lord William Russell est toujours aussi taciturne qu'un Russell doit l'être; il prétend ne pas se déplaire ici; ce qui le sépare de lady William lui convient toujours. Quant à M. Bresson, il s'ennuie à cœur ouvert: les neuf ans passés ici ont absolument épuisé sa patience. Je crois qu'il redoute beaucoup, pour sa position personnelle, la mort prochaine du Roi; il se plaint de l'action du climat, enfin il est tout à fait battu de l'oiseau.Au milieu du dîner Bresson, la princesse Guillaume, belle-fille du Roi, m'a fait prier d'être à six heures et demie chez elle. ”
Antonin Lefèvre-Pontalis,
Les Élections de 1857 en Angleterre
“ Les femmes des candidats manquent rarement de venir s’associer à la bonne ou à la mauvaise fortune de leurs maris, et elles sont souvent saluées pour leur compte par les acclamations populaires : les hourras pour lady Palmerston ou pour lady Russell témoignaient des galanteries spontanées de la foule. Il n’y a pas jusqu’aux jeunes gens à peine sortis de l’enfance qui ne viennent parfois accompagner leurs pères sur les hustings ”
Auguste Laugel,
Lord Russel d’après ses mémoires et ses dépêches
“ Ce n’est pas sans tristesse que l’on mêle ces critiques au récit d’une vie qui à tant d’égards mérite d’inspirer le respect. Dédaigneux de la fortune, lord Russell a consacré toute sa vie, toutes ses forces aux affaires publiques, il a aimé son pays d’un amour peut-être trop jaloux, mais il a toujours vu dans la cause de l’Angleterre celle de la justice et de la liberté. ”
Auguste Laugel,
Lord Russel d’après ses mémoires et ses dépêches
“ Le second cabinet de lord Melbourne dura de 1835 jusqu’en août 1841 : les principales mesures que lord Russell fut appelé à défendre dans cet intervalle furent la commutation de la dîme, qui substituait l’abonnement au paiement en nature, l’introduction de l’état civil pour les naissances et les mariages, des lois sur les écoles en Angleterre et en Irlande. Le rôle de lord Russell dans la politique intérieure de son pays ne laisse que peu de place à la critique : il fut toute sa vie un réformateur, il ne fut jamais un révolutionnaire. ”
Auguste Laugel,
Lord Russel d’après ses mémoires et ses dépêches
“ C’est là, dans ce calme et ce grand silence, que lord Russell achève une vie qui a été tout entière consacrée aux affaires publiques ; l’été, le dimanche, son jardin devient une sorte de salon où le monde diplomatique est encore assidu. Le vieux lord, toujours vert et souriant, d’air à la fois aimable et un peu narquois, y parle volontiers politique ; les oiseaux l’accompagnent de leurs notes aiguës, les enfans jouent autour de lui sans troubler ses argumens, les dames causent, et l’insecte bourdonne. Tout respire une douce sérénité. ”
John Ruskin,
Sésame et les lys
(1865)
“ Ici cette conception « flatteuse pour l’amour-propre » du devoir social manque en réalité son but. Quand une femme désire être lady, elle ne se soucie pas de l’étymologie du mot, mais des privilèges mondains qui y sont attachés. Et si elle était une « lady » dans le sens que dit Ruskin, c’est-à-dire si elle souhaitait seulement être femme de bien, elle ne souhaiterait pas (ou, en elle, ce ne serait pas la même personne qui le souhaiterait) être appelée « lady ». ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Lord John Russell est condamné à ne jamais être fort que par ses défaites et à périr par ses triomphes. Plus tard, il aura peut-être sujet de se repentir de ses dernières imprudences, lorsque ses alliés d’aujourd’hui viendront lui rappeler ses promesses ; il s’est inféodé maintenant aux radicaux ”
Jane Austen,
Persuasion
(1816)
“ Il y a chez quelques personnes une pénétration naturelle que l’expérience ne peut égaler. Lady Russel avait été moins douée que sa jeune amie ; mais c’était une excellente femme, et si elle avait la prétention d’avoir un bon jugement, elle voulait, avant tout, le bonheur d’Anna. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ La Reine communique à lord John Russell une lettre de son oncle, le roi des Belges, qui lui montrera combien la mort de Madame Adélaïde est un coup terrible pour le roi des Français et la famille royale. La première pensée de la Reine fut d’écrire au Roi, ce qu’elle n’aurait pas fait sans en informer d’abord lord John ; mais après réflexion, elle pensa qu’il serait plus expéditif et mieux d’écrire de suite à sa cousine Clémentine, la princesse Auguste de Saxe-Cobourg, pour la prier d’exprimer en son nom au Roi sa sincère sympathie à l’occasion de ce triste événement. ”
Frédéric Harrison, John Ruskin
“ Ce n’est point d’ailleurs l’affaire du public de chercher à déchirer le voile dont ils ont voulu recouvrir la vie conjugale de Ruskin. Il est évident que cette union n’apporta de bonheur ni à l’un ni à l’autre, qu’elle n’eut du mariage que le nom, bien qu’aucune allusion n’ait jamais été faite à une rupture ou à un désaccord. Pendant toute sa durée, Ruskin ne cessa de poursuivre avec ardeur ses études d’architecture, de voyager, d’écrire et de réunir des matériaux. Londres et la société lui pesaient et l’irritaient, tandis qu’ils absorbaient sa femme. ”
Auguste Laugel,
Lord Russel d’après ses mémoires et ses dépêches
“ Sa main a touché à tout : aux États-Unis, à l’Italie, à la Pologne, au Danemark. Nous voudrions, dans les grands événemens de cette période, montrer autant que possible sa part personnelle, directe, saisir l’homme dans cette volumineuse et débordante correspondance, qui va de Downing-Street dans tous les coins du monde. Le peuple américain associera toujours le nom de lord Russell aux souvenirs douloureux de la guerre de sécession. Il avait compté sur les sympathies, sinon de toute l’Angleterre, au moins du parti libéral, qui avait prodigué les encouragemens aux abolitionistes. ”
Jane Austen,
La Famille Elliot
“ Ah ! oui, c’est bien cela, reprit Maria ; il aura le nez collé sur chaque page sans écouter ce qu’on lui dit, sans relever vos ciseaux ou vos gants s’ils tombent, sans avoir jamais un mot galant à vous adresser. Comment peut-on penser que lady Russel aimera un tel homme ? elle toujours si polie, et qui parle si bien ! ”
Saint-Marc Girardin,
Revue des Deux Mondes
“ Or elles ont compris que Rousseau les aimait, et que s’il censurait amèrement les femmes du monde, c’est qu’il avait dans le cœur l’image de la femme plus belle, plus pure et plus gracieuse mille fois que celles qu’il voyait. Elles lui ont su gré de cette image idéale que chacune a pu prendre pour son portrait. Peu importe donc que Rousseau, dans sa Lettre sur les spectacles, dise « que chez nous la femme la plus estimée est celle qui fait le plus de bruit, de qui l’on parle le plus, qu’on voit le plus dans le monde. » ”
Jane Austen,
La Famille Elliot
(1818)
“ Outre l’économie, lady Russel avait encore une excellente raison pour être charmée de ce changement de domicile ; Elisabeth avait depuis quelque temps formé une liaison qui déplaisait fort à lady Russel, et qu’elle désirait interrompre ; c’était une mistriss Clay, fille de sir Shepherd, qui, après un imprudent et malheureux mariage, ayant perdu son mari, était revenue vivre chez son père avec deux enfans, fruit de cet hymen. ”
Jane Austen,
Persuasion
(1816)
“ Je crois que lady Russel l’aimera, et que son esprit lui plaira tellement qu’elle ne trouvera aucun défaut à ses manières.– Je pense comme vous, dit Charles. Il a justement ce qu’il faut pour lady Russel. Donnez-lui un livre, et il lira toute la journée. ”
Auguste Laugel,
Lord Russel d’après ses mémoires et ses dépêches
“ Il n’entreprit pas même la défense de ces lois auxquelles il accordait son appui moral, et il ne se demanda pas ce qui arriverait si elles étaient appliquées en Irlande ou en Angleterre. Pas un homme politique de quelque poids ne s’associa à la croisade entreprise par lord Russell ”
Jane Austen,
La Famille Elliot
(1818)
“ Lady Russel était en effet la personne qui prenait l’intérêt le plus vif et le plus réel à cette affaire, et s’en occupait le plus sérieusement, mais elle avait plus de bon sens que d’esprit ; son jugement, si vanté par l’avocat Shepherd, était bon, mais très-lent, et dans cette occasion elle éprouvait une extrême difficulté à concilier ses principes et ses préjugés. D’un côté, son intégrité stricte, un sens délicat sur l’honneur, lui faisaient sentir l’urgente nécessité d’un sacrifice pour satisfaire les nombreux créanciers de sir Walter ”
Jane Austen,
La Famille Elliot
(1818)
“ On comprendra facilement que lady Russel, d’un âge et d’un caractère raisonnables, possédant déjà un titre, une belle fortune, n’avait pas eu même la pensée de se remarier. Une femme qui n’est plus jeune a souvent tort de reprendre les chaînes du mariage, et les reprendre avec sir Walter Elliot eût été une folie impardonnable ; lady Russel le connaissait trop bien pour en être tentée. ”
Auguste Laugel,
Lord Russel d’après ses mémoires et ses dépêches
“ La fameuse dépêche de lord John Russell à sir J. Hudson (27 octobre 1860) est le monument le plus curieux d’une littérature diplomatique tout à fait nouvelle. On voudrait la citer tout entière, comme lord Russell lui-même le fait dans ses mémoires. Lord Russell constate que l’empereur des Français, l’empereur de Russie, le prince-régent de Prusse, ont exprimé leur déplaisir en apprenant l’invasion du territoire pontifical et du territoire napolitain par l’armée du roi de Sardaigne. L’Angleterre à son tour donnera son avis. ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ Quand nous disons que la Reine, il y a quelques semaines, n’aurait pas été reçue à Londres comme aujourd’hui, cela ne signifie pas qu’elle ne l’aurait pas été avec le même attachement et le même respect ; mais les manifestations extérieures de ces sentimens auraient été différentes. La Reine est toujours la véritable représentation de la patrie, avec ce je ne sais quoi de plus touchant qui s’attache à une femme, surtout lorsque, par sa vie tout entière et par son âge, elle est digne de tous les hommages. La reine Victoria devait aller passer quelque temps à l’étranger ”
“ « Les mauvaises nouvelles que nous avons reçues de grand’maman Russell nous ont jetés dans un trouble extrême. Maman (la duchesse de Devonshire) nous a quittés aussitôt et est partie pour Londres... Elle aura probablement pris les lettres en route, car nous n’en avons aucune aujourd’hui, et nous restons dans une grande inquiétude... Je souhaite vivement que maman arrive en ville à temps pour la voir; ce serait une consolation pour toutes deux, et je sais que grand’maman l’a demandée. » Dieu accorda à la mère et à la fille cette dernière joie. ”
Jean-Jacques Rousseau,
Émile, ou De l’éducation
“ Il n’est pas question de lui rendre sa dépendance pénible, il suffit de la lui faire sentir. La ruse est un talent naturel au sexe ; et, persuadé que tous les penchants naturels sont bons et droits par eux-mêmes, je suis d’avis qu’on cultive celui-là comme les autres : il ne s’agit que d’en prévenir l’abus. Je m’en rapporte sur la vérité de cette remarque à tout observateur de bonne foi. Je ne veux point qu’on examine là-dessus les femmes mêmes : nos gênantes institutions peuvent les forcer d’aiguiser leur esprit. ”
comtesse de Louise-Eléonore-Charlotte-Adélaide d'Osmond Boigne, Récits d'une tante (Vol. 1 de 4…
“ D'autres ont cherché à imiter le talent de lady Hamilton; je ne crois pas qu'on y ait réussi. C'est une de ces choses où il n'y a qu'un pas du sublime au ridicule. D'ailleurs, pour égaler son succès, il faut commencer par être parfaitement belle de la tête aux pieds, et les sujets sont rares à trouver.Hors cet instinct pour les arts, rien n'était plus vulgaire et plus commun que lady Hamilton. Lorsqu'elle quittait la tunique antique pour porter le costume ordinaire, elle perdait toute distinction. Sa conversation était dépourvue d'intérêt, même d'intelligence. ”
Jane Austen,
La Famille Elliot
(1818)
“ Lady Russel avait peu de goût pour l’esprit et l’imagination, et une aversion prononcée pour tout ce qui s’écartait de la droite ligne de la prudence ; elle ne vit qu’une folie dans l’amour de ces jeunes gens, et travailla de tout son pouvoir à guérir au moins le cœur de sa fille adoptive : tout ce qu’elle dit dans ce but était si fort et paraissait si sensé, qu’Alice, sans être convaincue, ne trouvait rien à répondre. ”
Jane Austen,
Persuasion
(1818)
“ Lady Russel était très curieuse et très perplexe, et rétractait déjà ce qu’elle avait dit à Anna : « Un homme qu’elle n’avait aucun désir de voir. » Maintenant elle désirait vivement le voir ; s’il cherchait réellement à se réconcilier, il fallait lui pardonner de s’être écarté de la famille. Anna n’y mettait pas autant d’animation, mais elle préférait le revoir, et elle n’aurait pu en dire autant de bien d’autres à Bath. Elle descendit à Camben-Place, et lady Russel à son appartement, rue River. ”
Jane Austen,
Persuasion
(1818)
“ Cependant Anna et lady Russel pensaient qu’une femme intelligente aurait pu donner à son caractère plus de suite, à ses habitudes plus d’élégance, à ses occupations plus d’utilité et de sens pratique. ”
Jane Austen,
Persuasion
(1818)
“ Être réclamée comme une aide, quoique d’une manière peu aimable, vaut encore mieux que d’être repoussée. Anna, heureuse d’être utile et d’avoir un devoir à remplir, consentit aussitôt. Cette invitation soulagea lady Russel d’un grand embarras. Il fut convenu qu’Anna n’irait pas sans elle à Bath, et qu’elle partagerait son temps entre Uppercross-Cottage et Kellynch-Lodge. Tout était donc pour le mieux, mais lady Russel fut saisie d’étonnement en apprenant que Mme Clay allait à Bath avec Sir Walter et Élisabeth, qui la considéraient comme une compagne très utile pour leur installation. ”
