“ Il est impossible de ne pas louer et honorer les efforts de lard John Russell pour retenir dans des bornes libérales et modérées la politique anglaise, pour empêcher qu’elle ne tombe aux mains des partis extrêmes. S’il est vrai que lord John Russell ait fait des ouvertures au parti des radicaux libres échangistes, il a donné une preuve de haute intelligence. ”
John Russell, 1st Earl Russell
Définition et enjeux
Citations sur “John Russell, 1st Earl Russell”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Cette question a été bien des fois agitée depuis quelques mois dans le parlement anglais, et a même suscité plus d’un embarras au cabinet de Londres ; jamais elle ne s’est offerte sous un aspect plus imprévu que dans une discussion soulevée ces derniers jours par lord John Russell à l’occasion des affaires d’Italie. Lord John Russell joue en vérité un étrange rôle politique ; il ressemble encore plus à une âme en peine qu’à un homme d’état. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Lord John Russell est condamné à ne jamais être fort que par ses défaites et à périr par ses triomphes. Plus tard, il aura peut-être sujet de se repentir de ses dernières imprudences, lorsque ses alliés d’aujourd’hui viendront lui rappeler ses promesses ; il s’est inféodé maintenant aux radicaux ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Ce qu’il y a de plus remarquable et de plus excellent dans lord John Russell, c’est le caractère. En toutes choses, dans toutes les circonstances, il conserve une inflexible droiture. L’art de se plier aux nécessités du moment lui est inconnu. Le talent de tromper ses adversaires, de mystifier ses amis, que sir Robert Peel possède à un si haut degré, lui est étranger, et, le possédât-il, il rougirait de s’en servir. ”
P. Duvergier de Hauranne, Revue des Deux Mondes
“ Lord John Russell terminait en démontrant l’absurdité du rappel, même pour l’Irlande. Il était donc prêt à le repousser ; mais, pour le repousser honnêtement, efficacement, il fallait accorder à l’Irlande tout ce qui lui était dû. « Que le gouvernement ne s’arrête pas là, et qu’il sache bien désormais que, lorsqu’il s’agit de rendre justice à l’Irlande, ses adversaires « ordinaires sont tout prêts à l’aider. » La division eut lieu après le discours de lord John Russell, et 317 voix contre 184 se prononcèrent pour le bill. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ C’est là ce qui fait la grande importance de l’attitude que vient de prendre lord John Russell. La cause de l’abolition totale des corn-laws avait un chef et un parti dans le pays, elle a maintenant l’un et l’autre dans la législature ; la révolution était accomplie en principe, elle le sera bientôt en fait. Lord John Russell passe, et avec raison, pour l’homme de son pays qui se connaît le mieux en tactique parlementaire. Il a attendu tranquillement, dans ces derniers temps, que sir Robert Peel prît un parti ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ C’est lord John Russell qui a raison : non pas, certes, qu’il n’y ait encore beaucoup à faire, beaucoup à réformer, beaucoup à détruire ou à refondre en Angleterre ; mais le parlement, tel qu’il est constitué, suffit à la tâche, et pour apprécier les services qu’il peut rendre à la cause du progrès, de la justice et de l’égalité, il n’y a qu’à voir ceux qu’il lui a déjà rendus. ”
“ Faiblement défendu et froidement encouragé par les radicaux, lord John Russell doit s’attendre à être vivement attaqué par le parti tory tout entier, sans exception de nuance, par les protectionnistes aussi bien que par les peelites, dont la frêle sympathie pour le ministère a été entièrement éteinte par la mauvaise issue des négociations engagées entre lord John Russell et sir James Graham. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Ces paroles de lord John Russell sont autant la condamnation de la vie politique de sir Robert Peel que le meilleur éloge de sa propre carrière. Lord John Russell peut être regardé comme un véritable homme d’état. Il est tout à la fois l’honneur et l’orgueil de la cause libérale. En passant en revue les principaux traits de la vie de lord Grey et de lord Spencer, en montrant dans ces deux hommes de bien les partisans fermes et désintéressés des réformes politiques et religieuses, lord John Russell a en quelque sorte tracé son propre portrait. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Pour bien apprécier l’effet que la démonstration de lord John Russell est appelée à produire, il ne faut pas oublier qu’en Angleterre aucune question d’intérêt public ne se résout qu’à l’aide d’un parti. On y a souvent vu beaucoup de questions naître et grandir sans se rattacher directement à aucun des grands partis parlementaires ; mais, pour se réaliser, pour passer dans l’action, il a toujours fallu qu’elles prissent une couleur. ”
“ Les affaires ne pouvant cesser sans danger de rester entre les mains des whigs, et les whigs ne pouvant plus gouverner avec leurs seules forces, un rapprochement entre les libéraux de toutes les nuances devient absolument nécessaire. Pourquoi lord John Russell n’a-t-il pas, malgré ses hautes qualités et son noble caractère, la froide fermeté d’un Pitt ou la tactique inflexible et souple en même temps d’un Robert Peel ? ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Aussi tremblons-nous dès que nous voyons le moindre dérangement dans le jeu des institutions britanniques ; nous tremblons même d’autant plus que n’étant point Anglais et ne sachant pas jusqu’où le mât peut craquer sans se rompre, nous croyons plus promptement aux dangers. Or voici qu’à propos d’un vote de la chambre des lords nous entendons le premier ministre, lord John Russell, tenir un langage qui nous semble étrange dans l’aristocratique Angleterre. Lord Russell conteste à la chambre des lords le droit de changer par ses votes la direction des affaires publiques ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Quelque grand service qu’il rende à son pays, il faut reconnaître que l’honorable baronnet joue, depuis trois ans, une partie sans exemple vis-à-vis des siens et la situation du chef du parti whig devient d’autant meilleure, qu’il n’abuse jamais des embarras de son adversaire. Lord John Russell est désormais le seul homme qui puisse prétendre à la consistance politique, dans le sens bien connu que les Anglais attachent à cette expression. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 31 janvier 1856
“ Lord John Russell avait donc parfaitement le droit d’adopter à Vienne d’autres vues que celles qu’il avait en partant de Londres. Ce qui est moins explicable de la part d’un homme profondément versé dans les habitudes constitutionnelles, c’est que, n’ayant pu faire partager à ses collègues sa nouvelle manière de voir, il ait continué à siéger à côté d’eux, exposé tous les jours soit à s’entendre demander compte d’opinions qui n’étaient plus les siennes, soit à trahir quelque dissidence qui ne pouvait que nuire à la considération du gouvernement. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Les scrupules de droit constitutionnel sont toujours très puissans sur l’esprit anglais, et rien ne le flatte comme de donner beaucoup à penser de sa loyauté. Lord John Russell a touché cette double corde en homme qui connaît à la fois le parlement et le pays. Au fond, il ne veut pas, jusqu’à nouvel ordre, d’embarras extérieurs, et il fera beaucoup pour ne point en provoquer. L’appui que lui a prêté sir Robert Peel ne peut que l’encourager à garder vis-à-vis des puissances du Nord une attitude malheureusement trop équivoque dans l’intérêt général de l’Europe constitutionnelle. ”
Cucheval-Clarigny,
Revue des Deux Mondes
“ Lord John Russell ne se dissimule pas toute l’influence et tous les moyens d’action dont dispose la grande propriété en Angleterre ; il a vu le parti tory, complètement dissous après la réforme électorale de 1831, se reformer en moins de cinq ans et se changer peu à peu en une majorité considérable ; il sait qu’avec des forces aussi étroitement balancées qu’elles le sont aujourd’hui, un événement imprévu peut transférer facilement le pouvoir des whigs aux tories, et rien ne permet de prévoir quel serait en ce moment le résultat d’une élection générale. ”
Guizot,
Sir Robert Peel, troisième partie
“ Le 5 août, lord John Russell passa solennellement en revue les travaux et les résultats de la session qui finissait, sans conclure par aucune proposition importante et précise, uniquement pour atténuer les mérites du cabinet, faire ressortir ce qu’il y avait eu de défectueux ou d’incomplet dans ses actes, étaler ses embarras et mettre l’opposition en mesure de profiter des chances qui se laissaient entrevoir. L’Irlande et la loi des grains furent les deux points auxquels s’attacha particulièrement lord John, lourd fardeau qu’il s’appliqua à appesantir encore sur les épaules de son adversaire. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Vous conclurez avec moi, monsieur, que lord John Russell serait le plus insensé des hommes, s’il sacrifiait un aussi précieux lieutenant et ami aux clameurs d’une opinion égarée et au mécontentement de votre gouvernement. L’influence de lord Palmerston dans la société est au moins aussi considérable que l’influence qu’il exerce sur la chambre des communes. ”
“ Si les moyens de défense de l’Angleterre sont suffisans, si l’Angleterre peut mettre sur pied avec les élémens de force qu’elle a actuellement sous la main une armée de cent mille, ou même, comme l’a prétendu M. Rich, de deux cent mille hommes en quelques semaines, pourquoi lord John Russell avait-il présenté lui-même un bill sur la milice, et quel nom donner alors à la comédie qu’il a jouée ? La majorité formidable qui a voté la seconde lecture du bill a été la punition de lord John Russell. ”
“ Que lord John Russell regrette le pouvoir qui lui a échappé, cela se conçoit sans peine ; mais que l’homme qui n’a pu, pendant tout son gouvernement, parvenir à constituer une majorité homogène, se croie assez fort pour ressaisir le pouvoir, que le représentant qui n’est pas sûr de sa réélection se croie assez sûr de l’assentiment du pays pour chercher à renverser un gouvernement nécessaire et qu’on ne pourrait remplacer immédiatement, voilà ce qui est inexcusable chez un homme d’état qui n’est ni un tribun, ni un révolutionnaire. ”
Henry John Temple Palmerston, Lord Palmerston : sa correspondance intime pour servir à l'histoire diplomatique de l'Europe de 1830 à 1865… (1878-1879)
“ La vérité est que les whigs ne seraient pas fâchés de se débarrasser de John Russell et de m'avoir à sa place, si ce changement Pouvait s'accomplir. Mais une pareille substitution n'est pas aisée. Il est difficile de mettre à la seconde place un homme qui pendant bien des années a occupé la première aussi bien comme leader de l'opposition que comme chef du gouvernement ”
Auguste Laugel,
Lord Russel d’après ses mémoires et ses dépêches
“ La fameuse dépêche de lord John Russell à sir J. Hudson (27 octobre 1860) est le monument le plus curieux d’une littérature diplomatique tout à fait nouvelle. On voudrait la citer tout entière, comme lord Russell lui-même le fait dans ses mémoires. Lord Russell constate que l’empereur des Français, l’empereur de Russie, le prince-régent de Prusse, ont exprimé leur déplaisir en apprenant l’invasion du territoire pontifical et du territoire napolitain par l’armée du roi de Sardaigne. L’Angleterre à son tour donnera son avis. ”
“ Le nouveau bill de réforme, en effet, n’est pas une innovation électorale : c’est un appendice au bill de 1831 ; il n’y faut voir que les corrections toujours inévitables d’un auteur qui chérit ses ouvrages. Lord John Russell revoit et corrige avec soin les titres politiques de sa gloire passée. Ces jours derniers, on le lui a redit gaiement et sans amertume, car la réforme électorale laisse tout le monde fort indifférent ; la guerre des Cafres et la politique de l’Europe éveillent plus de passions aujourd’hui que les questions intérieures. ”
A. Audiganne, Revue des Deux Mondes
“ Tout l’éclat de la dernière administration de sir Robert Peel, malgré l’erreur partielle commise dans la constitution de la banque, vient au contraire de la hardiesse et de l’ampleur de ses plans financiers. C’est par là que ce ministre a surtout influé sur les destinées de son pays, c’est par là qu’il sera classé dans l’histoire. La tâche de lord John Russell paraît être aujourd’hui d’accomplir dans le régime de la circulation une réforme dictée par l’expérience et destinée à mitiger le principe de l’isolement. Telle est pour l’Angleterre la conclusion pratique à tirer de la crise de 1847. ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ Quant au bill qui a changé la situation du ministère anglais, il est en lui-même, et par ses modifications successives, un exemple frappant du progrès de l’esprit public en Angleterre. À la nouvelle de la révolte du Bas-Canada, le premier mouvement de lord John Russell, du cabinet et de tous les bancs ministériels du parlement, fut d’anéantir à la fois la rébellion et les rebelles au nom de cette vieille maxime, bonne en soi, qui veut qu’on ne transige pas avec des insurgés. L’opposition radicale eut son premier mouvement, non moins fougueux, dont elle n’est pas revenue, il est vrai. ”
“ Si la question d’Orient reste l’élément dominant dans les préoccupations universelles, si dans la plupart des pays l’attention se concentre dans cette pensée unique, ce qu’il faut néanmoins observer, c’est comment des pays tels que l’Angleterre parviennent en même temps à suffire à leurs intérêts les plus variés. Récemment à l’ouverture du parlement et lorsque la guerre était déjà plus qu’une possibilité, lord John Russell présentait un bill de réforme électorale, suivant l’engagement qu’il en avait pris l’an dernier. ”
“ Lord John Russell ira-t-il ainsi jusqu’aux élections générales ou sera-ce lord Stanley qui aura mission de les faire ? Plus cette situation équivoque se prolonge, moins on saurait en déterminer l’issue. L’issue est uniquement dans une manifestation solennelle des volontés du pays ; il faut qu’il se prononce, et encore à la condition qu’il parle très ferme, soit pour les réformes de sir Robert Peel, soit pour le retour au régime antérieur. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Le cabinet whig n’a pas heureusement à emprunter un concours si mal assorti, et il faut espérer que cette émulation qui pousse les illustres rivaux de réformes en réformes saura toujours être prudente. L’Irlande est d’ailleurs aujourd’hui l’objet de si bons sentimens, et tous les partis font si bien assaut de politesse à son endroit, que lord John Russell peut impunément oser beaucoup pour elle. Il ne trouvera guère de résistance que dans le vieux torisme irlandais, sur lequel tout le monde s’entend à rejeter les fautes passées, et ce sera lui qui paiera sans doute les frais de la guerre. ”
Cucheval-Clarigny,
Lord Beaconsfield et son temps
“ Personne n’a condamné avec plus de persévérance et de sévérité la constante habitude de lord Palmerston et de lord John Russell de transformer la diplomatie anglaise en un instrument de propagande politique, de nouer en tout pays des relations étroites avec un parti, et de mettre au service de ce parti l’influence de l’Angleterre, associant ainsi leur patrie aux mésaventures comme aux succès de ces alliés d’un jour. ”
“ Lord John Russell étant inévitablement très mal à l’aise pour dégager son avenir ministériel des suites de cette entreprise, ou n’a point voulu s’associer à sa restauration. Quant à recommencer sans Robert Peel un ministère peelite, il n’y fallait point penser ; c’était l’homme, on s’en souvient, qui était tout dans cette politique, parce qu’il n’avait point de parti (c’est lui qui a disloqué les anciens partis en Angleterre) , mais seulement ses idées et ses volontés. ”
“ Que peut gagner le gouvernement napolitain à manifester, ainsi qu’il le fait, ses sympathies pour la Russie et ses antipathies contre l’Autriche ? Les affaires générales de l’Europe, comme on le voit, font sentir partout leur influence et réagissent sur toutes les situations. Une de leurs conséquences les plus frappantes aujourd’hui est la crise ministérielle qui vient de s’ouvrir en Angleterre, qui a commencé par la démission de lord John Russell pour finir par la retraite du cabinet tout entier. Ce n’est pas que cette crise fût imprévue ”
